RUE LAFAYETTE
PRÉFACE
M. Léon Kahn a entrepris d’écrire, dans une suite de monographies, l’histoire de la Communauté Israélite de Paris depuis qu’elle s’est reconstituée dans la dernière moitié du dix-huitième siècle. Il a eu raison de ne pas remonter plus haut, il n’y a aucun lien entre cette communauté et celle du moyen âge, un fossé de plus de quatre siècles les sépare. L histoire de l’ancienne communauté juive de Paris ne nous est connue que par fragments : une page remarquable du temps du roi Chilpéric, due à la plume d’^un grand évêque, la relation de cette célèbre controverse sur le Talmud à la cour de Saint-Louis, une liste de pauvres gens écrasés d’impôts vers la fin du treizième siècle, quelques pierres tumulaires mutilées et le souvenir d’un miracle encore récemment célébré dans les églises, voilà à peu près tout ce que nous connaissons ou possédons des anciens juifs de Paris. En
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généralj nous ne savons prosc^uo lion sui les destinées des communautés juives du Nord et de F Est de la France; Troyes, Ramerupt, Provins, Goucy, Orléans, Pontoise, Etampesy Corbeil, Melun, sont des noms célèbres dans la littérature juive, c’est à peine si l’iiistoirc juive les connaît. Les documents ont disparu au milieu des expulsions répétées. Grâce à M. Kahn, la nouvelle communauté juive de Paris peut espérer de laisser déplus nombreux et peut-etre aussi profonds souvenirs.
Tous ceux qui aiment cette communauté pour ses qualités brillantes et aimables, pour ses belles institutions, pour l’esprit de bienfaisance et de charité qui l’anime, pour les hommes remarquables qu’elle possède, saliront gréa M. Kahn d’avoir commencé cette œuvre et en suivront le progrès avec une vive sympathie. Déjà M. Kahn nous a donne trois ouvrages de la série : l’Histoire des Ecoles Israélites, celle des Œuvres d’apprentissage, celle des Institutions de Rienfaisance. Ils sont remplis de faits intéressants. M. Kahn est allé à la meilleure source de renseignements, les Archives du Consistoire. Il a dépouillé les dossiers qui s’y accumulent depuis
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un siècle environ, et il s’en est servi avec la modération qui convient à un véritable écrivain. Quand son œuvre sera achevée, nous aurons une excellente encyclopédie histo-^ rique et statistique de la Communauté Israélite de Paris.
De toutes les institutions de cette commu» nauté, il n’y en a pas de plus intéressantes, à mon avis, que les Sociétés Israélites. Il y a longtemps que je souhaite qu’elles trouvent un historien, le sujet m’a tenté plus d’une fois, mais il appartenait de droit à M. Kahn, la place de nos Sociétés était marquée d’avance dans sa collection.
L’origine des sociétés juives remonte à une haute antiquité. Sans parler de la singulière société des Esséniens, il y avait, en Palestine, à l’époque du second temple, de nombreuses confrèriesjuives, etil estprobable qu’il s’en trouvait dans chaque communauté. Le haber (sociétaire) s’engageait à observer avec plus de rigueur que les gens du peuple certaines pratiques religieuses, il se réunissait avec ses confrères pour prendre en commun des repas rigoureusement préparés suivant les rites et sanctifiés par un profond sentiment de piété.
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Ces confréries ont servi de modèle à ces petites sociétés chrétiennes des premiers temps où se donnaient les agapes, et dont les historiens chrétiens ne parlent jamais sans attendrissement. Dans ces réunions intimes, autour d’une table frugale, l’ancien haber/]VL\î ou chrétien, goûtait des joies pures et des ravissements d’enfants. Les confréries juives de ce genre, fondées sur des pratiques religieuses spéciales à la Terre-Sainte, ne pouvaient pas exister en dehors de la Palestine, mais on ne saurait douter que l’institution ne se soit maintenue sous d’autres formes chez tous les juifs dispersés dans l’empire romain.
La hébra eut alors spécialement pour but d’organiser des conférences pieuses, d’exercer la bienfaisance, de rendre aux sociétaires les derniers devoirs; après avoir été une sorte de cercle à l’usage des clercs et de la haute bourgeoisie des villes, elle devint une association ouverte à tous, le refuge et la consolation des petites gens. Le haber^ qui l’avait pris autrefois de haut avec le pauvre monde, et se donnait volontiers des airs distingués, se sentit mal à l’aise dans ces réunions populaires, il s’en sépara et Ton eut
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( )rénavant des héhrot sans haber et des ha~ ü'.r qui n’avaient rien de commun avec la hcbra. Le haber devint peu à peu, au moins U moyen âge, une espèce de savant, un ^lomme versé dans la littérature religieuse, associé, dans un rang inférieur, aux honneurs du rabbinat, et nous avons tous connu, dans notre jeunesse, des personnes qui portaient encore avec dignité ce nom modeste. La hébra sut très bien se passer de lui, elle fut probablement déjà prospère dans l’empire romain. Des sociétés analogues existaient, S( us le nom de collèges, parmi les païens, surtv ut dans les classes inférieures et parmi les fc ^claves, leur principal souci était d’assurer benterrement de leurs membres. Ce trait est [. appant, il se retrouve chez la plupart de nos sociétés juives.
L’histoire de la hébra au moyen âge est en- ' ore peu connue, mais son importance saute x ix yeux lorsque l’on considère la vitalité de institution et sa durée à travers les siècles, a hébra kadischa a été partout le noyau des ommunautés. Celle de Paris a fondé notre Communauté au dernier siècle, groupé les juifs de la grande ville, conçu et élaboré les projets nécessaires à l’organisation du culte.
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créé les synagogues. Son histoire, dans les premières années, est Thistoire même de la communauté juive de Paris, et son vrai successeur, jusqu’à un certain point, ce ne sont pas nos sociétés actuelles, c’est le Consistoire.
Il faut se féliciter que l’unité de la primitive héhra kadischa de Paris ait été brisée et que nous ayons autant de types de sociétés qu’il y a, dans le judaïsme parisien, de besoins variés. Ces sociétés sont, à côté de l’administration officielle, des centres secondaires où la communauté parisienne commence à prendre conscience d’elle-même et où s’élaborent les éléments nécessaires à son existence. Il y a des villes où l’on pourrait, à la rigueur, se passer de ces sociétés; à Paris elles sont indispensables. Sans elles, nous serions comme perdus dans la vaste capitale, isolés, dispersés, réduits en poussière. Ce sont les Sociétés qui nous donnent, en grande partie, la cohésion et qui font, pour le compte de la communauté, le premier travail d’agrégation et d’assimilation. Elles ne pourraient être suppléées, dans cette fonction, par l’administration supérieure, que gênent la solennité de la tenue et les rigueurs de l’étiquette. Dans ces asso-
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ciations fraternelles, au contraire, tout est liberté, mouvement; Finitiative personnelle et l’inspiration populaire y ont libre carrière. Que d’imagination, de poésie, de piété tendre et naïve rien que dans les titres de nos Sociétés et les souvenirs qu’ils rappellent ! Elles ont des noms qui sont doux comme une prière ou qui sonnent comme une fanfare. Ces petites républiques ont résolu le problème, si vivement discuté ailleurs, de l’unité dans la variété et de l’autonomie conciliée avec le principe d’autorité. C’est chez elles que bat le cœur de la communauté Israélite de Paris.
Isidore Loeb.
JÆS HÉBROTH
ou
n peut supposer qu’il y eut de tout temps à Paris des Hébroth ou Sociétés de secours mutuels aélites. Les coutumes d’une part, et de l’autre .^istence connue de synagogues et de cime- . ères (1), en font foi. Repoussés de tous côtés, s Juifs ont dû se replier sur eux-mêmes et chercher dans leur sein un appui qui leur manquait ailleurs. Cependant, aucun vestige n’esl resté d r le organisation de ce genre aux différentes ép 4ues où les Juifs furent tolérés à Paris et il faiii. arriver à la seconde moitié du xviii® siècle, où i: commencent à vivre en nombre dans la Gapiti , pour en découvrir la trace.
Ils étaient, en effet, cinq cents environ au morne t de la Révolution; les uns étaient répandus dans les différents quartiers de la ville, les autres,
(1) Voir notre Histoire du Comité de bienfaisance (Durlacher, leSfi). chapitre des Cimetières,
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en quantité plus considérablG, « afin de rendre « leur réunion entre eux plus facile et se dédom- « mager ainsi de Tisolement oü ils étaient des « autres hommes, s’étaient affectionnés à des « quartiers particuliers » (1).
Cet isolement, produit autant par les lois de l’Etat que par les sentiments hostiles dont les Juifs étaient l’objet, était pour eux particulièrement pénible ; isolés, ils n’étaient rien et ne pouvaient rien; la vie commune seule, en confondant leurs intérêts et en les rendant solidaires les uns des autres, pouvait leur permettre de s’unir dans la prière, de lutter avantageusement contre la maladie ou la misère et d’atténuer chez leurs frères malheureux les fâcheux effets de l’inégalité des destinées. Du reste, les lois traditionnelles du judaïsme, qui se distingua dans tous les temps par le soin de ses pauvres et par le sentiment très vif de la charité fraternelle, devaient les encouragera grouper leurs forces; leur situation précaire leur en faisait un devoir.
C’est ainsi que les Confréries Israélites furent créées. à Paris.
Il y en avait sept lorsque le Consistoire voulut, en 1809, organiser une Société de bienfaisance chargée de secourir indistinctement tous les Israélites indigents de Paris. Elles n’avaient pas alors de titre distinctif et elles n’étaient connues que par le nom de leurs chefs. Elles étaient dirigées par MM. Isaac Berthe, Bronswick, Schou-
(1) Adresse de l’Assemblée des représentants de la Commune de I aris à 1 Assemblée Nationale sur l’admission d©.s Juifs allemands à l’Etat Civil, 24 février 1790.
bach, Michel Lévy, Jacob Triefous, Isaac David et Elie Gahen (1).
Estimant que ces Sociétés renfermaient leur mission de charité dans des limites exclusives et trop étroites, le Consistoire, afin de « concentrer leurs moyens », en avait ordonné la réduction à trois par délibération du 4 septembre 1809 (2) ; puis, les mêmes vices d’organisation subsistant dans leur nouvelle Constitution, il supprima entièrement ces Comités par décision en date du 24 novembre de la même année, pour créer une Société unique de secours.
Le Grand-Rabbin Seligman (Michel), chargé d’opérer la fusion, constatait dans son procèsverbal, d’après des informations « attestées par
(1) Lès noms de plusieurs administrateurs de ces Sociétés ne sont pas les mêmes dans tous les documents relatifs à la formation de la Société de secours.
Les noms de MM. Isaac Berthe, Schoubach, Michel Lévy, Bronswick, Jacob Triefous, David Isaac et Elie Gahen, que nous avons cités plus haut, figurent dans le procès-verbal de fusion.
Les délibérations prises par les Sociétés pour la formation d’un Comité (délibérations annulées le 4 septembre par le Consistoire) portent les noms suivants : David Rurnswiller, Gumpel Teriniriach, Schoubach, Berthe, Jacob Manheimer, Helmer et Goudchauæ Halphen.
La lettre écrite par le Consistoire le 4 septembre 1809 et communiquant l’arrêté pris pour l’organisation des Sociétés de bienfaisance, est adressée à MM. Schoubach, Bronswick, Manheimer, Elie Chain, Simon Berthe et Michel Lévy.
La lettre des Sociétés en réponse au Consistoire est signée : Marix Bronschwick, Michel Lévy, David, Schoubach, Elie Chan, Jacob Mannheim et Berthe.
Enfin dans sa séance du 21 octobre, à laquelle le Consistoire les convoqua, le procès-verbal mentionne : MM. Berthe, Schoubach, Michel Lévy, David, Goudehaux Halphen, Triefous, Bronschwick et Baruch Weill.
(2) Voir à l’Appendice les procès-verbaux de fusion.
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écrit» et prises de personnes «recommandables », que les Sociétés les plus anciennes étaient celles de MM. Berthe, Michel Lévy, Brunswick et Schoubach (1). Le Comité de M. Berthe paraît avoir été le premier en date (2). Il résulte, en effet, d’une note communiquée au Consistoire (3) en 1809 que cette Société comptait à cette époque trente-deux années d’existence. Elle avait dû, par conséquent, être fondée vers 1777. Aucun élément d information ne permet d indiquer, même approximativement (4), la date de la formation des autres Hébroth, ni de dire, sauf pour la Société d’Isaac David, si elles se sont continuées jusqu'à nos jours.
(1) Les ^ Sociétés Bronswick et Schoubach, séparées à cette époque, n en formaient qu’une originairement.
(2) Il s’opposa d’abord à la fusion des Comités et il motiva son refus « sur ce que son Comité étant un des plus anciens de I ans, il devait servir de noyau et obtenir la préférence sur tous les autres ».
(3) Voici cette note ; « Les Comités de bienfaisance de la ville de Pans ont annuellement autant de dépense que de recette. La preuve en est qu’aucun Comité n’a pas cinq cents francs actuellement en caisse. Le Comité où M. Berthe est administrateur, existant depuis trente-deux ans, a amassé dans cet intervalle dix-sept cents francs, desquels il reste maintenant au plus en caisse quatre cents francs, ayant employé 1 autr© pour des objets du culte; mais quand bien même la recette serait encore plus forte, il se présente malheureusement que trop d occasions pour l’employer, chaque administrateur donnant toujours suivant la faculté du Comité.
« Les dépenses ordinaires sont 9 fr. par semaine cà un malade membre du Comité, 9 fr. par semaine de deuil pour les héritiers d’un des décédés du Comité. Ainsi pour les dépenses ordinaires et extraordinaires, il faut toujours que l’administrateur ait quelque argent en caisse en cas de besoin. »
(4) Voir toutefois La Loi sacrée et la Bienfaisance réunies page 3i-.
Ces sept Comités comptaient 212 membres ou souscripteurs. Celui de M. Berthe était le plus nombreux. Bien qu’il prétendît que sa Confrérie comptait 83 membres, elle n’en avait en réalité que 47 (1); celle de M. Shoubach, 26; celle de M. Lévy, 27; celle de M. David, 27; celle de M. Goudchaux Halphen, 30 ; celle de M. Triéfous, 27 ("2); et celle de M. Bronschwick, 28.
Tous ces renseignements figurent sur une minute du Consistoire. Cette meme note constatait l’existence d’une « Confrairie » composée de 360 membres et administrée par M. Baruch Weill. Le Consistoire fait, à n’en pas douter, allusion à la Société du cimetière de Montrouge (3).
Cette Association était sans doute la même que celle créée en l’an 1800 et qui fut placée sous la gestion d’une sorte de syndicat composé de 24 membres, choisis parmi les administrateurs des Temples, à raison de six membres par synagogue. Ce fut là certainement le premier essai d’union et de centralisation des Israélites de Paris; il est à remarquer que c’est dans un but d’assistance mu-
(1) Le Consistoire avait informe les Sociétés qu’elles auraient à verser au Comité de bienfaisance les fonds qu’elles avaient en caisse. M- Berthe s’y était refusé, alléguant que ces fonds appartenaient à 83 membres composant sa Confrérie et que « la pluralité des voix » s’opposait à ce versement. Cependant le chiffre 47 doit être le véritable. L’addition du nombre des membres de toutes les Sociétés indiqué par le Consistoire, donne un total de 212. Ce chiffre est également donné par les Sociétés dans une lettre en date du 4 septembre 1809 où, au sujet de la fusion des Sociétés par la voie du sort, ils disent « qu’il s’agit icLde satisfaire la volonté de 210 individus ».
(2) Le procès-verbal de fusion n’en mentionne que 23.
(3) Voir notre histoire du Comité (chapitre : cimetières et inhumations, page 116).
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tuelle et de prévoyance qu’il fut tenté. Hommes et femmes étaient indistinctement admis dans cette Société qui prenait le titre de Hebra Kadischa de Gemülat Hasadim ou Société sainte de bienfaisance (1). Elle avait pour objet essentiel d’assurer rinhumation à ses adhérents, mais aussi de leur accorder les soins du chirurgien et les médicaments. Le nombre considérable de ses membres permet de supposer que la grande majorité des Israélites de Paris en faisait partie (2).
Elle dut disparaître quand le cimetière de Montrouge fut fermé.
Ce fut un des Comités, mentionnés également par le Consistoire, qui en 1805 se réunit pour « fonder une maison de Dieu et un petit sanctuaire pour adorer Dieu de tout cœur » (3). La synagogue dont il s’agit était située rue Geoffroy-Langevin (4).
Un nombre relativement aussi considérable d’adhérents devait inspirer à ces associations un sentiment exagéré de leurs forces et le désir de se soustraire à l’autorité toute nouvelle du Consistoire. Elles cherchèrent, en effet, à entraver « le grand ouvrage » qu’il avait entrepris, et elles ne négligèrent pas les « intrigues » soit dans leurs
(1) Nous publions à l’Appendice les trois procès-verbaux de la fondation de cette Société.
(2) Nous en donnons la liste à l’Appendice. Sa publication au point de vue de la composition de la Communauté à c«tte époque paraît particulièrement intéressante.
(3) Le règlement de cette fondation est en hébreu.
(4) Les archives du Consistoire contiennent des listes de noms relatives à cette Société. La première date de 1805 et la dernière de 1809. Nous les avons réunies en une seule que nous publions également à l’Appendice.
synagogues, soit dans leurs réunions particulières, pour résister à sa volonté. Mais il n’était pas disposé à laisser amoindrir son pouvoir, et il le leur fît comprendre dans un discours qu’il leur adressa le 30 octobre 1809. Nous le publions en entier, car il constitue, à divers titres, un des documents les
plus curieux de cette époque : « . Les con-
frairies qui existaient ne peuvent plus être tolérées. Notre culte a été organisé par S. M. l’Empereur et Roi : nous avons été nommés pour en surveiller l’exercice et pour faire le bien de tout Israël. Pensez-vous, messieurs, que nous quittions nos affaires et consacrions toutes nos veilles pour ne pas atteindre le but vers lequel il nous est ordonné de marcher? Pour la dernière fois, messieurs, nous vous faisons appeler et nous voulons bien vous dire de vive voix de dissoudre toutes vos confrairies qui blessent toutes les convenances ; vos confrairies ne peuvent plus exister, et si nous apprenons que quelqu’un de vous persiste à les maintenir, nous en informerons l’autorité supérieure. Nous sommes les seuls légitimes administrateurs de tout ce qui concerne les Israélites. Toute réunion qui n’est pas autorisée par nous est illégale et s’expose à subir la rigueur des lois. Étouffez donc les germes de dissenssion qui se sont manifestés parmi vous, et ne cessez plus de méconnaître les décisions d’une autorité qui n^a été instituée que pour votre bonheur. »
Leur existence jusqu’à cette époque est demeurée complètement ignorée. Une allusion y fut faite par Jacob Rodrigues Péreire en 1778, lorsqu’il
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commença à s’occuper de l’achat d’un terrain pom servir de cimetière aux Israélites de Paris (1). Il informa, en effet, les diverses confréries qu’il viendrait, à l’heure de la prière, leur donner connaissance de son projet. Mais dans la minute de sa lettre-circulaire il n’est fait mention ni des noms, ni du nombre de ces confréries.
Seule une note manuscrite émanant du Consistoire en 1809, et dont nous avons parlé plus haut, permet de fixer quelques détails pécuniaires les concernant. C’est ainsi que nous savons que . la cotisation était de 10 sols dans deux de ces Comités et de 12 sols dans les autres. On comptait que le produit annuel pour chaque membre pouvait être de 7 livres 10 sols ou de 10 livres 4 sols, selon la contribution mensuelle. Cependant le produit individuel dans la Société Goudchaux Halphen était estimé à 15 livres par membre. Cette évaluation permet de supposer que la Confrérie dont il s’agit comptait des adhérents dans une situation de fortune relativement plus prospère que les autres. Enfin un calcul établi par le Consistoire portait à 2,000 livres environ le revenu annuel des sept congrégations.
L’objet de ces Sociétés n’était autre que celui des Hébroth qui se sont fondées dans la suite à Paris. La délibération du Consistoire pour la création d’un Comité de bienfaisance (24 novembre 1809) constate dans le préambule qui précède son arrêté « qu’elles avaient pour objet d assister ceux de leurs membres qui venaient à tomber
(1) Voir notre Histoire du Comité de iDienîaisance (chap. des Cimetières et inhumations, page 103).
malades, et que les membres seuls de ces Sociétés avaient di'oit à recevoir des secours. »
Nous n’avons, pour être à peu près fixés sur le régime de ces associations, que le projet de règlement élaboré le 27 septembre 1809 par les trois- Comités provisoirement subsistants et qui fut repoussé par le Consistoire. Loin de répondre, en effet, aux vues qu’il avait exprimées sur la généralisation des secours aux indigents, les auteurs du document semblent avoir servilement suivi les traditions qui régissaient sans doute les Hébroth pour organiser le Comité qu’il s’agissait de fonder. On peut donc, sans crainte de se tromper, attribuer à ces confréries le mode de constitution qu’elles se proposaient d’établir pour la Société de bienfaisance.
Ce règlement, comprenant quarante et un articles, était divisé en trois chapitres.
Le premier concernait les Revenus du Comité et les Devoirs imposés aux membres. Ces revenus se composaient; d’une manière fixe : l'^ de la cotisation obligatoire fixée à 15 sols par mois ; 2° du droit d’admission, dont le minimum était fixé à 24 francs et dont le taux variait suivant qu’il s’agissait d’une personne fortunée, du fils d’un membre, etc., etc.; 3° de l’offrande s’élevant à trois sols, qu’était tenu de payer chaque membre appelé à la synagogue à l’honneur de lire dans le livre de la loi; et 4° de la vente à l’enchère des honneurs religieux et particulièrement de celui qui, consistait à avoir « tous les samedis, l’as- « semblée de prières et la prédication dans sa « maison ». Les amendes formaient également un
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revenu assez important. Elles étaient infligées à celui qui négligeait d’assister à la prédication (2 sols) ; à celui qui manquait d’avertir qu’il ne pouvait assister aux prières qui avaient lieu « à « la fête de Schewoth dès que Eaube commence à poindre » (18 sols) ; à celui qui refusait d’être parrain d’un enfant pour lequel le père, membre du Comité^ n’en aurait pu trouver (six francs); à celui qui, désigné pour assister aux prières dans une famille en deuil^ aurait fait défaut (6 sols); à celui qui n’assisterait pas à l’explication du livre moral qui y était faite par le prédicateur (2 sols)^ etc., etc.
Le Comité nommait à l’élection un prédicateur, deux administrateurs en chef, trois inspecteurs et deux desservants. Le prédicateur était élu pour une année et rééligible.
Le deuxième chapitre traitait du Soulagement des malades. Les membres du Comité devaient veiller les malades et les morts, confectionner les cercueils, suivre les convois, en nombre déterminé, jusqu’au cimetière où le prédicateur prononçait une oraison funèbre, et assister aux prières dans les familles en deuil. Des secours pécuniaires n’étaient accordés aux malades qu’ « en cas de nécessité » : neuf francs par semaine pendant la durée de la maladie. La môme allocation était accordée en cas de décès d’un membre du Comité : on plaçait dans un tronc neuf francs, mis à la disposition de ses « héritiers » pour subvenir à leurs dépenses « pendant les sept jours d’Abel » (1).
(1) La veille du premier du mois d’Elul, tous les membres
Le chapitre troisième déterminait les fonctions des administrai PAIT s et inspecteurs. L’un des administrateurs était désigné sous le nom ôüadministratenr d'ordre^ chargé, comme ce nom l’indique, de maintenir l’ordre dans la prière et dans la comptabilité. Le second administrateur contrôlait le premier. Les inspecteurs, de service tous les deux mois alternativement, étaient chargés des « soulagements ».
Les derniers articles étaient consacrés à la reddition des comptes, au maintien de l’ordre, aux conditions de moralité que tout candidat devait réunir pour être admis dans le Comité, etc., etc.
On comprend de quelle utilité ces associations durent être pour les Israélites à la fin du XVIII® siècle. Contraints à se cacher pour célébrer leur culte, placés dans cette situation pénible de laisser sans appui ceux d’entre eux que le sort traitait défavorablement, privés des secours matériels en cas de maladie, d’infirmités ou de vieillesse, privés également des secours de la religion^ les Juifs devaient trouver dans leur union le mode le plus sûr de se prémunir contre toute éventualité.
La Société de secours et d’encouragement que le Consistoire devait bientôt organiser était des-
du Comité étaient tenus de se rendre au Cimetière pour y faire les prières usitées et y entendre le sermon du Prédicateur.
Le lendemain, un banquet devait avoir lieu et les membres étaient obligés d’y assister. Les frais en étaient payés par de* offrandes déposées dans des troncs, et, en cas d’insuffisance, la différence était prise des fonds du Comité. Le prédicateur y f&iiait un iermon qui lui calait douze franc*.
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tinée, il est vrai, à combattre et à atténuer la misère; mais la bienfaisance proprement dite ne sert qu’à soulager le mal présent; elle est souvent impuissante pour prévenir le mal futur : seule l’association, organisée en vue de pourvoir en même temps aux besoins du présent et à ceux de l’avenir, peut améliorer une situation d’une manière permanente.
Rien n’empêchait donc qu’à côté de la Société consistoriale de secours, chargée de venir en aide à ceux qui ne pouvaient faire partie des Sociétés de secours mutuels, on laissât subsister les Confréries. Elles auraient, au contraire, grandement allégé le Comité de bienfaisance. C’est sans doute à une connaissance imparfaite des besoins de la Communauté et à la nécessité indispensable où l’on était alors de la dominer tout entière qu’il faut attribuer l’obligation où fut placé le Consistoire d’interdire les Congrégations existantes.
Le Comité de bienfaisance fut constitué et les Sociétés furent définitivement dissoutes le 24 novembre 1809.
Les Sociétés composées de femmes Israélites subsistèrent seules. On en voit deux, en 1810, qui « depuis longtemps se sont cotisées volontaire- « ment afin de soulager entre elles les indigentes « et les malades de leur sexe », demander au Comité de bienfaisance de prendre un arrêté qui enjoigne aux Dames de Paris « de veiller chacune
« à leur tour auprès des femmes indigentes malades ». Le 10 décembre 1811, le Comité demandait la dissolution d’une de ces Sociétés dont, paraît-il, la conduite était contraire « à la religion, « à la décence et aux droits sociaux », et il prenait un arrêté ayant pour objet d’organiser « une c( Société de piété parmi les Dames Israélites à « l’effet de veiller les femmes malades et de s’occ( cuper exclusivement de ce qui tient à l’inhuma- « tion des personnes israélites du sexe féminin ». Le Consistoire considéra la création de cette Société comme entièrement superflue, et il n’entrava pas la marche des Sociétés féminines existantes, bien que, le 24 décembre 1811, le Comité se plaignît à lui qu’illaissât subsister des Sociétés de femmes qui, « à la différence du sexe près », étaient les mêmes Confréries que celles qu’il avait abolies.
Cependant les Sociétés d’hommes s’étaient maintenues malgré, la dissolution dont le Consistoire les avait frappées; d’autres s’étaient établies sans son assentiment et prétendaient, sans toutefois pouvoir en justifier, être légalement autorisées. Or ces Associations, qui se livraient toutes à des exercices religieux les samedis et autres jours de fêtes, rentraient à ce titre dans la catégorie des réunions visées })ar l’article 12, § 2 du règlement de 1806, portant que l’une des fonctions du Consistoire était de veiller à ce que, pour cause ou sous prétexte de religion, il ne se formât, sans une autorisation expresse, aucune assemblée de prières. Cette précaution était dictée non seulement dans l’intérêt des revenus des Temples
LES HEBROTH
auxquels ces réunions eussent porté un notable préjudice, mais aussi — disait le Consistoire — dans l’intérêt de l’ordre public.
Sur les réclamations du Consistoire, les prescriptions du règlement avaient reçu tout d’abord une complète exécution, et le ministre de l’intérieur, pour mieux en assurer l’observation, avait adressé, en 1812, une circulaire aux maires de Paris pour leur recommander de ne délivrer aucune autorisation de cette nature sans prendre au préalable l’avis de l’administration consistoriale. Mais peu à peu ces instructions furent négligées, et le Consistoire ne fut plus consulté.
En 1816, apprenant que plusieurs Israélites s’étaient adressés au maire du VIP arrondissement pour obtenir l’autorisation «de se réunir de temps en temps chez le sieur Nathan Aaron, cul-de-sac Berthaud, n°l », sous le prétexte de « s’accorder sur les bienfaits qu’ils désirent répandre sur les indigents de cet arrondissement», le Consistoire renouvela ses plaintes d’une manière pressante et demanda instamment la dissolution de ces assemblées illégales (1).
(1) Le Consistoire central transmit, en 1816, au Consistoire de Paris une circulaire du ministre de l’Intérieur qui déclarait aux municipalités de Paris qu’elles n’étaient autorisées à accorder de permission de cette nature que sur la demande des Consistoires départementaux.
Le Consistoire central invitait en outre le Consistoire de Paris à ne demander de permission que pour un délai déterminé, un mois au maximum. La permission à demander devait être personnelle au propriétaire ou locataire de la maison où se tenait la réunion; il fallait déterminer, suivant le cas, le nombre des personnes dont la réunion pouvait se former; le maître de la maison ne devait sous sa responsabilité, admettre
En signalant ces Sociétés à l’attention du ministre (le l’intérieur, le Consistoire ne cherchait pas à porter atteinte à celles dont le but, uniquement philanthropique, méritait d’être soutenu et encouragé. Quelques-unes aidaient le Comité dans sa mission de charité, et le Comité demandait pour elles l’autorisation de se réunir « à Min’ha » le samedi. Il ajoutait que les membres, heureux d’être ce jour-là appelés «àSepher», faisaient des offrandes en faveur de la Société de secours. D’autres souscrivaient à la quête des Azymes, comme la Hebrade Mena’hem-Bar-Sach, pour une somme de 14fr. 35; celles d’Abraham de Dürmenach, 60 francs ; d’Abraham Cahn, 100 francs; de Jacob Ber, 82 fr. 45, et de Salomon Roulingen, 47 francs. D’autres enfin, dirigées par Jacob, Mayer, Joseph, contribuaient aux dépenses pour les habillements mortuaires et la fabrication des cercueils (1).
Le Consistoire autorisait les réunions, le samedi aune heure, pour entendre « les lectures de piété ou des discours sur des points de morale ou de religion », mais il s’opposait énergiquement à ce qu’elles possédassent des oratoires. Il entreprit une lutte impitoyable contre celles qui se trouvaient
à la réunion que ceux qui lui « exhiberont un billet d’entrée » signé par le Consistoire ou son délégué; enfin le Consistoire fut invité à fixer d’avance, comme condition sine qua non de l’autorisation, l’indemnité qu’en devait recevoir le Temple, « comme équivalent des achats d’honneurs religieux et offrandes « qu’y auraient pu faire les fidèles qui fréquentent la réunion « particulière. » (Lettre-Circulaire du Consistoire central en date du 7 novembre 1816.)
(1) Procès-verbal du Comité de bienfaisance, 24 février 1817* Voir ce sujet notre Histoire du Comité de Bienfaisance.
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dans ce cas, et depuis 1823 jusqu’en 1838, il n^y eut presque pas d’année qu’il ne réclamât la fermeture de quelques-uns d’entre eux (1).
M. Sauphar, instituteur (2), donnait particulièrement à faire à l’administration consistoriale, avec laquelle il s’était mis en « hostilité ouverte». Il avait établi dans une des classes de son institution, rue du Plat, n° 11, un oratoire où, tous les ans, Paffluence devenait plus grande. M. Sauphar, prétendant qu’il n’y réunissait que ses élèves, ne fut d’abord pas trop inquiété; mais dès que le Temple de la rue Notre-Dame-de-Nazareth fut construit, la réunion de la rue du Plat ayant pris, une importance considérable, le Consistoire s’efforça de la faire dissoudre. M. Sauphar, fort de l’appui de deux Grands-Rabbins du Consistoire
(1) Voici quelques-uns des oratoires qui furent fermés sur la demande du Consistoire:
En 1825 : Olmer, rue Vieille-du-Temple, 11 ; Isaac
Lazard, rue Maubuée, 25; Ephraïm Jacob, rue Vieille-du- Temple, 11; Abraham, rue de Braque, 7.
En 1826 : Alkan et Kulmann, rue des Deux Portes Saint- Jean, 5.
En 1828 : Théodore, rue des Ménétriers, 21; Lazard, rue des Rosiers, 30; Simon Weil, rue Geoffroy Langevin ; Moïse Ephraïm, rue Vieille-dii-Temple; Groçlwol, rue Beaubourg, 64.
En 1829 : Dorville, rue des Blancs-Manteaux, 29; Lazare, rue Cloche-Perche, 11 ; Samuel, rue des Ecouffes, 19 ; Jacob, rue du Roi de Sicile, 56.
En 1834 : Benjamin, rue Saint-Avoye, 28 ; Aron, Impasse Berthaut, 1; Lazare, rue Maubuée, 25; Lyon, rue Geoffroyl.angevin, 20; Créange, rue de Braque, 7; Mayer, rue Geoffroy- Langevin, 28; Guerson (Garçon ou Gerson) Dennery, rue des Ménétriers, 20.
Et, en outre, il convient de citer l’oratoire tenu par M. Sauphar, que le Consistoire faisait fermer tous les ans, et qui tous les ans se rouvrait.
(2) Voir notre Histoire des Ecol^ (Pans 1884. Durlacher)
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central, MM. de Gologna et Deutz, qui faisaient partie de cette réunion, trouva pendant longtemps le moyen d’éluder l’autorisation nécessaire (1).
Le Consistoire devait finir por triompher de toutes ces résistances. En effet, k la suite de nouvelles et très vives instances(1835-1838), le ministre décida que dorénavant « aucune association de secours mutuels ne pourrait avoir de caractère mixte, comportant tout à la fois des intérêts pécuniaires et des exercices de religion». Il refusait, en conséquence, d’autoriser légalement les Sociétés^ composées d’Israélites dont les statuts, « contrairement à l’esprit des décrets organiques », s’occupaient d’exercices religieux en même temps qu’ils traitaient de secours mutuels (2).
Ce fut d’abord un coup très grave porté à l’existence des Hebroth, dont la grande majorité se réunissait en assemblées de prières (3). Un syndicat,
(1) Il était parvenu à réunir une centaine de personnes dans son local où il exerçait les fonctions de ministre-officiant, payant un « bedeau », louant des places et vendant des honneurs religieux.
Cette lutte dura jusqu’en 1838 où M. Sauphar abandonna la direction de son établissement et lut nommé par le Consistoire correcteur des Pentateuques.
(2) Douze Sociétés avaient alors un oratoire, c’étaient : Les Amis de l’humanité-, le Mont-Sinaï; les Enfants de Salomon; la Société de Moïse; la Paix; les Lois Rabbiniques; les Enfants de Sion -, les Enfants d’Israël; la Maison d’Aron-
les Amis de l Union; le Patriarche Abraham; les Patriarches.
(3j Voici, d’après l’état transmis au Consistoire par la Préfecture de Police le 10 janvier 1838, qu’elles étaient alors les Sociétés autorisées : Amis de l’Union; Bienfaisance Israélite [Moïse) ; Bienfaisante des Israélites de' Paris; Bienfaits mutuels; Union Israélite [Loi des douse Tables); Accord Israélite; Assistances mutuelles (Renaissance); Loi sacrée
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composé de MM. Créhange, Jaffa, Lion, Tedesco et J. Mayer, délégués par les Sociétés, se constitua en 1839 pour défendre auprès du Consistoire leurs droits et leur existence menacés. Dans une pétition en date du 10 juillet 1839, ce syndicat demandait à l’administration consistoriale d éclairer le ministre de l’intérieur, dont la decision allait «réduire 150 à 200 malheureux, presque tous pères de famille, aune situation déplorable ». Leur unique ressource allait être le Comité, « et leur perspective, rhôpital. »
Mais à ce moment déjà, le Consistoire n’était plus maître d’enrayer les mesures générales prises par le ministre pour la réorganisation de ces Sociétés^ et invitées à se mettre de nouveau en instance à la préfecture pour obtenir une autorisation régulière en lui transmettant d’autres statuts dont les dispositions seraient purement philanthropiques, elles n’eurent d’autre alternative que de se conformer aux instructions ministérielles ou de se dissoudre : elles s’empressèrent de régulariser leur situation et reprirent bientôt leur fonctionnement normal (1).
Toutefois, le Consistoire continua pendant de longues années d’intervenir pour ce qui concernait leurs réunions de prières; mais il se montra facile
Réunion de la maison d*Aron; Amis de V Humanité-, Israélites de Paris {Patriarche Abraham); Réunion de Bienfaisance des Israélites de Paris {Enfants de Salomon). ^
(1) Douze Sociétés étaient autorisées en 1838. Vingt se firent enregistrer en 1839 à la Préfecture. Voici les noms des huit Sociétés qui ne figurent pas sur l’état de l’année 1838 -. Lois Rabhiniques ; Inséparables Israélites ; Patriarches israélites ; Amis des enfants d'Israël; Mont-Sinaï; Mont-Moria; Enfants du Roi David; Enfants de Sion.
à ce sujet, et il accorda son consentement à toute Société qui contribuait aux charges du Comité de bienfaisance. Il exigea uniquement de ces associations qu’elles renouveleraient chaque année leur demande d’autorisation.
Les Sociétés dont nous avons constaté l’existence en 1809 s’étaient constituées librement, c’està-dire qu’elles n’étaient liées aux lois par aucune attache légale et définie. Par l’esprit qui les animait, elles tenaient des communautés dont parle le Talmud, de ces Hebroth Kadischim dont l’origine remonte bien haut dans l’histoire juive. Leur formation tenait plus particulièrement peut-être des confréries religieuses, auxquelles elles empruntèrent cetle dénomination, qui existaient depuis le Moyen âge en France côte à côte avec les corporations, et dont les devoirs exclusivement religieux se bornaient, d’une part, à l'accomplissement de certaines pratiques de religion, et, de l'autre, à l’exercice de certaines œuvres de^harité.
La loi du 14 juinl791 supprima les corporations, et les confréries religieuses disparurent — momentanément du moins — dans la tourmente révolutionnaire. Que devinrent pendant ce temps les confréries israélites ? Il est assez malaisé de le connaître. Nous avons cité déjà (1) ce carieux épi-
(1) Voir les Professions manuelles et les Institutions de patronage, page 16. (Pans 1885. Lib. Durlacher.)
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sodé d’une assemblée générale de la section des Amis de la Patrie, tenue le 20 Brumaire an II (1794), oii « le citoyen Salomon Hesse, Juif, » déposa comme don patriotique, « l’étoffe et gallons tissus d’argent de ses ornements judaïques », qu’il appelait des « hochets superstitieux ». Ces ornements, qui n’étaient autres sans doute que les broderies de valeur d’un manteau de Sepher^ appartenaient probablement à une confrérie juive.
Certaines corporations se reconstituèrent, quelques années après leur dissolution, sous la forme
Sociétés de secours [i). Peu à peu elles furent amenées à reconnaître que si la charité aide le malheureux à supporter sa condition, elle ne l’excite pas à en sortir. Il convenait de chercher le moyen d'améliorer sa situation d’une manière permanente : la mutualité fut créée; c’est donc de cette époque que datent les premières Sociétés de secours mutuels. Aucune disposition particulière ne fut établie par le gouvernement de l’Empire pour la surveillance de ces sortes de Sociétés qui, pendant de longues années, furent placées sous le régime des lois relatives aux réunions et associations.
On voit comment les confréries juives, exclusivement religieuses en principe, furent amenées à revêtir une forme civile et à prendre place parmi les Sociétés de secours mutuels. Ni la reconnaissance de leurs droits de citoyens actifs en 1791 qui, en faisant rentrer tous les Juifs dans la
(1) Rapport présenté à la Chambre des députés par la Commission chargée d’examiner le projet de loi sur les Sociétés de Secours mutuels. (Séance du 21 novembre 1882.)
grande famille française, mettait fin à un douloureux isolement; ni l’organisation du culte Israélite en France qui, en plaçant les Israélites sous la protection de l’Etat, devait, aux yeux du gouvernement, être le signal de la disparition des confréries, n’empêchait ces associations de subsister et de se développer. Cependant, sept elles étaient on 1809, et sept elles restèrent jusqu’en 1830. A compter de cette époque, elles deviennent plus nombreuses : on en comptait douze en 1838, vingt en 1839, et dix-huit en 1841, comptant 095 membres participants.
La Révolution de 1848 donna une très grande impulsion à la création des Sociétés. Elles eurent le droit de se former sans l’autorisation préalable du gouvernement et sans soumettre leurs statuts à fexamen du ministre de l’intérieur. « La base première, indispensable des Sociétés de secours mutuels, disait en 1849 M. Benoit d*Azy, rapporteur de la Commission des Sociétés mutuelles et des Caisses de retraites, c’est la liberté tout entière » (1). Une déclaration pure et simple des jours de réunion suffisait jusqu’au moment où la loi du 15 juillet 1850 fut promulguée. Elle accorda aux Sociétés de précieux avantages que le décret du 26 mars 1852 confirma et étendit; mais, contrairement aux principes admis quatre ans auparavant, il les soumit toutes au régime de l’autorisation préalable et à la surveillance la plus étroite.
Il résultait de ce décret qu’il pouvait exis-
(1) Rapport fait à l’Assemblée législative on 1849,
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ter trois classes de Sociétés : V les Sociétés reconnues comme établissements d’utilité publique; 2*" les Sociétés approuvées; et 3° les Sociétés privées existant en vertu d une simple autorisation de police.
La Communauté israélite de Paris comptait à cette époque vingt-trois Sociétés (1) rentrant toutes dans cette dernière catégorie. En 1865, il y avait vingt-six Sociétés d’hommes et treize Sociétés de dames. Deux, parmi les premières, étaient alors approuvées : la Bienfaisante israélite (1854), et la Terre promise (1864).
L'objet principal des Confréries demeura pendant de longues années celui des Sociétés de secours mutuels qui suivirent. Elles eurent pour but :
!<> D’assurer à leurs membres participants des secours en cas de maladie ou d’infirmité;
2® De leur accorder les secours de la religion en cas de décès, et les frais funéraires;
3° D’allouer des secours pécuniaires à la veuve ou aux orphelins de leurs sociétaires;
4° De se reunir en assemblées de prières,
La mission de ces confréries, à la fin du siècle dernier, et les besoins auxquels elles répondaient,
' (1) M. Emile Laurent, clans son étude sur les Sociétés de prévoyance ou de secours mutuels (Paris 1856), dit.* « Il existe un grand nombre de Sociétés israélites. Paris seulement compte, sur une population de 8 à 10,000 âmes environ, vingt Sociétés reliées au Consistoire central et portant toutes des dénominations bibliques. » Il est à peine besoin de dire qu’il y a là une erreur et que les sociétés privées n’étaient ni ne sont reliées au Consistoire Central.
étaient si manifestement utiles que, quand le Consistoire créa la Société de secours, il dut introduire dans son règlement les dispositions qui régissaient les Confréries sur les assemblées de prières, sur les veillées des malades et sur les soins relatifs à l’inhumation (1). Mais lorsque les Sociétés eurent une existence légale, le Comité de bienfaisance supprima de ses règlements toute cette partie religieuse empruntée aux premières congrégations et qui rentra dans les attributions des nouvelles Sociétés.
A ces avantages, les Hébroth, auxquelles l’augmentation du nombre de leurs membres imposait de nouveaux devoirs et qu’une sorte de concurrence engageait à imaginer de nouveaux bienfaits, en joignirent d’autres dont les décrets de 1850, 1852 et 1858 favorisèrent en partie l’adoption (2) :
(1) Voir notre Histoire du Comité do bienfaisance.
(2) Le décret de 1852 a placé les sociétés approuvées sous régime suivant :
lo L’approbation leur est accordée par le ministre de l’Intérieur;
2° Elles jouissent d’une subvention annuelle allouée par l’Etat;
3° Elles peuvent prendre des immeubles à bail, posséder des objets mobiliers et faire tous les actes relatifs à ces droits. Elles peuvent recevoir, avec l’autorisation du préfet, des dons et des legs mobiliers dont la valeur n’excéde pas 5,000 francs. Au delà de cette somme, un décret est nécessaire.
.4° La loi de 1850 interdisait formellement aux sociétés de promettre des pensions de retraites. Le décret du 26 mars 1852 modifia cette prescription, mais il exigea que, pour promettre des pensions de retraites, les sociétés comptassent « un nombre « suffisant de membres honoraires. » Le décret du 26 avril 1856 réalisa un progrès plus sérieux en autorisant les sociétés approuvées à constituer un fonds de retraite à la Caisse des dépôts et
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ainsi des pensions de retraites qui ont été le plus grand mérite des Sociétés et le plus juste souci des membres participants. Il fut bien peu d’associations qui ne promirent des pensions aux infirmes et aux vieillards, les unes prises sur un fonds créé à cet effet; les autres, comme la Bien-
consignations sans qu’elles eussent à justifier du nombre de leurs membres honoraires. Il stipula, de plus, qu’aucune pension ne pourrait dépasser le décuple de la cotisation.
Les privilèges dont jouissent les sociétés approuvées devraient engager toutes les associations à se placer sous le régime de l’approbation. Certaines personnes, nous le savons, sont opposées à ce principe; mais leur hostilité est évidemment le résultat d’une fausse appréciation.
liCs sociétés approuvées ne sont pas plus liées envers l’État que celles simplement autorisées ne le sont envers la préfecture de police, et elles profitent, en plus, d’avantages considérables et réels. A ne citer que les subventions accordées par l’Etat, il est certain que ce concours sert de la façon la plus heureuse la création ou le développement d’œuvres très intéressantes.
On a constaté, par exemple, que la dotation nationale, affectée il y a trente ans aux sociétés de secours mutuels, a favorisé dans de larges proportions le développement de la mutualité et permis de donner un grand nombre de pensions de retraites.
Au surplus, aux avantages déjà accordés, d’autres viendront bientôt s’ajouter si le projet soumis aux Chambres est adopté.
1» Les sociétés approuvées auraient le droit d’ester en justice, d employer les sommes provenant des cotisations;
2° Elles pourraient recevoir des dons et legs dont la valeur s’élèverait à 1 0,000 francs; au-delà de ce chiffre, un décret serai nécessaire ;
3° Une dotation de vingt millions serait affectée à ces associa bons;
4° Le maximum de pension de retraite serait augmenté;
5° La nécessité d’avoir un nombre maximum ou minimum tle membres; l’admission en principe de membres honoraires, etc., etc., seraient rayées des noureaux statuts; et le
faisante Israélite , conformément à la loi du 26 mars 1852.
Les plus prospères d’entre elles, sortant des limites de ' la mutualité proprement dite, objet principal et premier de leur organisation, créèrent des caisses spéciales destinées, les lines, à doter les jeunes filles (comme firent le Mo7it Sbiaï et les Filles de Zorobabel); les autres (comme la Bienfaisante Israélite^ la Loi Sacrée, V Union Scolaire), à encourager la bonne éducation et le travail des enfants par des récompenses ; celle-ci, comme la Terre promise , est constituée en vue d’accorder, par la participation, une concession perpétuelle à ses membres qui n’ont pas de ressources suffisantes pour s’assurer une sépulture ; celle-là, comme le Repos éterneU a eu pour objet, en associant à son œuvre des membres honoraires, d’arrr ver à la suppression de la fosse commune; combien, enfin, suivant l’exemple des Enfants de Japhei, ont donné à la mutualité la plus large et la plus libérale extension!
Toutes, du moins, exercent l’assistance mutuelle et pratiquent la bienfaisance dans la mesure de leurs ressources.
Il n’y a rien là sans doute qu’on ne soit à même de constater dans toute association de ce genre ; mais ce qui distingue assurément les Sociétés
bénéfice de l’approbation serait subordonné à la situation financière des associations.
On peut consulter à ce sujet, outre les rapports et projets de lois soumis à la Chambre des députés et au Sénat (1882-1884), un livre de M. Hte Maze, ancien député de Seme-et-Oise : La lutte contre la misère, où la question est exposée tout au long. (Paris, lib. Léopold Cerf, 1883.)
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juives, c’est l’esprit religieux qui les anime et qui demeure en elles comme une des plus pures et des plus pieuses traditions du Judaïsme. Toute la force qui en découle élève encore le principe de la mutualité, et cette assistance, qui se traduit en manifestations sympathiques, en consolations fraternelles, en aides amicales, fortifie et soulage ceux que le malheur ou la maladie vient atteindre.
Les sentiments de charité qui animent ces Sociétés se donnent particulièrement carrière au profit du Comité de bienfaisance : elles lui apportèrent, de tout temps et avec une fidélité constante, un concours précieux. L’exemple donné au commencement de ce siècle par les premières Hébroth fut toujours suivi avec un généreux empressement : c’est à elles que la Société de secours s’adressa chaque fois qu’elle chercha à s’attacher des auxiliaires dévoués; c’est elles qui les premières répondirent à son appel pour la création de la Maison de secours, pour THopital de la rue Picpus, pour l’organisation de son service d’orphelins et pour l’Orphelinat de la rue des Rosiers; elles enfin qui, gardiennes vigilantes des traditions juives, ont contribué pendant de longues années à maintenir la cohésion et l’union dans la Communauté Israélite de Paris.
Aujourd’hui, au nombre de trente^deux Sociétés d’hommes et de neuf Sociétés de dames, elles sont — les premières — composées de plus de sept mille membres possédant un actif dépassant cinq cent mille francs, et les secondes, composées
de onze cents membres ayant un capital qui s’élève à trente-huit mille francs environ.
Le projet de loi sur les Sociétés de secours mutuels, soumis actuellement au Parlement, ne contribuera pas peu à leur essor. Les encouragements dont elles sont l’objet en favoriseront le développement. « En le faisant, dit le Rapport soumis à la Chambre des députés, nous allégerons les charges toujours croissantes qu’imposent les établissements de pure bienfaisance; nous contribuerons aussi à relever le sentiment de la dignité humaine en facilitant la conclusion et la durée de contrats qui basent le secours sur l’épargne dans et par l’association; nous fortifierons également le sentiment de la famille, car nous laissons chez lui le malade ou le vieillard au lieu de l’envoyer à l’hospice...; mais c’est surtout l’hygiène morale qui y gagnera... On ne sait pas assez et il faut redire sans cesse quelle salutaire influence exercent sur leurs membres nos Sociétés de secours mutuels... » (1).
Cette appréciation n’est que juste; mais avec quel orgueil nous constatons que là encore les Juifs ont devancé le progrès ! Qu’il s’agisse d’enseignement, de patronage, de bienfaisance ou de mutualité , l’union — qui a fait uniquement leur force — leur a permis de servir et de modèle et d’exemple à leurs concitoyens.
(1) Chambre des députés. Troisième législature. Session extraordinaire de 1882. Rappoia fait au nom do la commission chargée d’examiner la proposition de la loi relative aux sociétés de secours mutuels, no 14-24. Dépôt des lois, place Dauphine.
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L’historique que nous allons faire des Sociétés de secours mutuels Israélites (1) témoignera bien plus sûrement encore du sentiment fraternel qui inspire les Juifs et de l’esprit libéral et bienfaisant qui les anime.
(1) Nous procéderons, pour ce travail par ordre clironologi" que. La première partie sera consacrée aux sociétés d’hommes et la seconde aux sociétés de dames.
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