‹ Les sociétés primitives de l'Afrique équatorialeChapitre 121 sur 122 · ORGANISATIONS SOCIALES SUPERIEURES AU VILLAGE ^OQ · texte numérisé non relu

ORGANISATIONS SOCIALES SUPERIEURES AU VILLAGE ^OQ

de pêche. Souvent l'infertilité du sol et la rareté des vivres rendent impossible l'accumulation de trop de bouches dans un seul canton. Ce groupement fictif se forme de la même manière que les groupements compacts des troisième et quatrième degrés, sauf que les villages simples qui le constituent se dispersent à des kilomètres les uns des autres, en continuant de reconnaître la suprématie de l'un d'eux sur tous. On comprend que c'est par figure et pour mieux marquer la continuité du développement que je donne encore à cette organisation sociale éparpillée le nom de village. La gradation de l'autorité, qui n'avait fait que se dessiner dans le stade antérieur, s'accuse plus nettement. Chaque village simple conserve son chef particulier. L'ensemble de la confédération reconnaît l'autorité d'un chef des chefs ou prince. Je crois devoir épargner au lecteur les appellations indigènes de ces échelons de la hiérarchie. Ce serait sans intérêt; et d'ailleurs les noms changent avec les peuplades et les dialectes. — Cette organisation n'implique nullement pour le prince l'attribution d'un territoire déterminé. Le sol continue à être neutre. Les villages appartenant à des confédérations différentes peuvent se trouver emmêlés, au moins en partie.

Septième degré. — Il n'y a pas de raison pour que les villages de la principauté conservent leur simplicité primitive. Le mode de formation du troisième degré leur est applicable. Certains d'entre eux aussi devicn-

nent villages multiples pour des motifs d'heureux emplacement et d'intérêts économiques. Un troisième grade s'ajoute à la hiérarchie et nous comptons : dans chaque village multiple des chefs de quartier et un bourgmestre; à la tête de la confédération, le prince.

Huitième degré. — Réunissons enfin plusieurs de ces principautés et donnons leur un chef suprême. Nous approchons de l'Etat constitué. Nous avons dès lors quatre étages dans la hiérarchie : le chef de quartier, le bourgmestre ou chef du village multiple, le prince et le roi*. Le chef suprême, en raison de son poste élevé, est revêtu d'une sorte de caractère sacré marqué par une considération particulière et des interdictions. Pour éviter les confusions de pouvoirs et surtout pour ménager l'amour-propre et les prérogatives de chacun, il devient nécessaire de sanctionner la suJjordination des difTércnts grades au moyen d'insignes spéciaux, d'un cérémonial, d'un décorum de plus en plus pompeux à mesure qu'on atteint un rang plus élevé. Une nouvelle institution enfin s'inaugure : l'impôt ou tribut irrégulièrement payé au roi par la population. Ce que j'ai dit en lieu opportun de la richesse indigène et de ses signes fait immédiatement comprendre que cet impôt n'est point une contribution aux dépenses communes du pays. Ce que

1. C'est ce roi que l'on appelle le Mokoko chez les Atyo ou Batéké du Congo.

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nous savons des conceptions économiques et financières de ces peuples et de leur organisation du travail montre que la remise entre les mains du roi de quelques ballots d'étoffe et charges de fil de laiton est de nulle valeur pour la défense contre l'ennemi, pour les travaux d'intérêt général et le développement du commerce, questions trop vastes, au reste, pour ces petits esprits et dont personne ne se soucie. Le tribut n'est qu'un hommage des sujets au chef suprême, une liste civile qui lui permet de tenir dignement son rang et de dominer par cette richesse qui est le premier attribut du pouvoir.

Qu'on ne se laisse pourtant pas illusionner par ces apparences d'organisation. Le royaume du Mokoko n'est toujours qu'un grand village. Le souverain n'y a point une autorité plus effective que le dernier de ses chefs. Quoique issu, comme les autres, d'un obscur suffrage universel, il ne dispose pas de la force publique, il n a aucun pouvoir de faire exécuter les arrêts qu'il lui plairait de rendre. Il n'est qu'un symbole. Il représente l'autoiilé comme l'idole est l'image du dieu. La machine sociale continue à fonctionner en vertu de la force mystérieuse engendrée par les moteurs subliminaux de l'âme des foules. Ainsi, dans un glacier, les aspérités, les fissures, les bouleversements de la surface ne sont que des accidents imperceptibles au regard de la progression irrésistible et majestueuse qui fait lentement couler ce fleuve dur comme le roc. docile comme fonde, patient comme

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l'éternité. Mais, si le cours du glacier lui est dicté par le dépôt des neiges sur les sommets, par la pesanteur, par la pente des déclivités, par le contour des vallées, quel génie concevra jamais les lois inaccessibles qui régissent la marche séculaire des sociétés humaines?

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