‹ Les sociétés primitives de l'Afrique équatorialeChapitre 120 sur 122 · ORGANISATIONS SOCIALES SUPÉRIEURES AU VILLAGE · texte numérisé non relu

ORGANISATIONS SOCIALES SUPÉRIEURES AU VILLAGE

Le Village était le point culminant de cette étude, parce qu'il est l'élément essentiel des sociétés africaines, parce qu'il est, si l'on veut, le tout de ces sociétés. Je pourrais donc, avec les dernières lignes que je viens d'écrire, considérer ma tâche comme terminée : caries complications ultérieures, importantes en apparence, ne sont que de surface et ne comportent aucune modification fondamentale dans l'administration, la politique et les institutions de ces peuplades. Il ne me reste qu'à dire en quelques lignes comment les principes qui président à la genèse, à l'organisation et au fonctionnement du village se sont adaptés par un simple effet de continuité à des organisations plus étendues. Parcourons rapidement, en recommençant par le premier, les divers degrés de complication qui nous conduiront enfin au stade le plus élevé que l'on rencontre dans l'Afrique équatorialc. J'ai d'ailleurs

été, au cours des chapitres précédents, amené à déborder les limites du plan que j'avais adopté. Le peu qu'il me reste à dire s'en trouvera simplifié.

Premier degré. — Reprenons la cellule sociale à son noyau familial originel : père, femmes, enfants selon la nature.

Deuxième degré. — La famille s'accroît des enfants artificiels, esclaves et clients avec leurs femmes et leur suite. Le groupement ainsi constitué forme une entité complète et relativement homogène. Je l'appellerai le village simple.

Troisième degré. — Les motifs tout intéressés qui groupent les individus en villages simples gardent leur valeur pour ces groupements eux-mêmes. Plusieurs villages simples sentent le besoin de se rapprocher soit parce que l'adjonction de membres artificiels ne les a pas assez renforcés en présence des dangers ou des difficultés qui les entourent, soit parce que la contrée n'offre à l'habitation de l'homme que des emplacements rares et étroits, soit enfin parce que certaines localités sont favorisées d'avantages exceptionnels : source, confluent de rivières, jonction de plusieurs bassins, convergence de routes naturelles. La similitude des intérêts amène donc plusieurs villages simples à se juxtaposer. Parfois la juxtaposition va jusqu'à la fusion complète, comme cela se voit

ORGANISATIONS SOCIALES SUPERIEURES AU VILLAGE dedans le Haut-Oubanghi. Plus souvent — et c'est le cas des Bantou — les villages se juxtaposent sans se confondre. On obtient ainsi une agglomération de villages simples construits les uns à côté des autres selon l'un des ordres linéaire ou dispersé. Malgré le rapprochement, chacun d'eux reste chez soi, a son organisation distincte, son chef particulier. Bien mieux, on en voit dont la séparation d'intérêts va jusqu'à l'inimitié déclarée.

Quatrième degré. — On conçoit que la vie porte à porte, côte à côte n'aille pas sans des influences réciproques. On ne peut pas ne pas composer avec le voisin coudoyé à chaque heure du jour dans le sentier commun. Que l'on soit irrité de ses goûts, de ses allures, de ses habitudes, ou qu'on les partage, quelque chose de sa vie s'impose à vous. La fréquentation des mêmes lieux, la similitude des occupations amènent à des arrangements nécessaires, à des compromis. Dans tout contact, l'égalité parfaite de l'action et de la réaction est impossible. Il arrive toujours qu'un des groupements tend à prévaloir sur les autres. Le chef de ce groupement est à la fois l'initiateur et le bénéficiaire de cette prépondérance : il est le plus riche, il a le don des palabres, ses avis sont sages et ingénieux; il est remuant, intrigant, abondant en promesses magnifiques. Nous n'en sommes encore qu'à un elTet d'influence. Rien n'est changé à l'organisation intérieure des villages groupés. On sent toute-

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fois germer l'idée d'une solidarité qui dépasse le lien familial pour devenir plus largement humaine.

Cinquième degré. — Un pas de plus, et nous voyons apparaître le premier essai de hiérarchie dans l'autorité. Nous aurons dans le village multiple deux grades superposés, que nous pourrions dénommer, pour le grade inférieur, « chefs de quartier », pour le grade supérieur, le « bourgmestre )).

Sixième degré. — Aux conditions naturelles qui ont nécessité la condensation d'un certain nombre de villages simples en centres compacts, substituons un milieu plus largement hospitalier : populations de mœurs paisibles, plaines ou monticules riches en emplacements habitables, sol présentant des conditions uniformes dans toute son étendue, soit comme richesse, soit comme stérilité. La population n'est plus contrainte de se tasser en îlots restreints. Elle a toute liberté de s'étaler. Le principe du soutien mutuel n'en subsiste pas moins, mais sous un autre aspect. L'alliance économique, l'association d'intérêts deviennent les mobiles prédominants. Le rapprochement n'est plus une réalité matérielle; c'est un rapprochement virtuel, une alliance politique, une connexion d'affaires à distance, qui n'exige plus le tassement sur des espaces resserrés comme font la crainte toujours pendante d'une surprise ennemie, la surveillance d'un débouché commercial ou l'occupation d'un territoire

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