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altéré de sang, un monomane du meurtre. Je ne voudrais pas avoir l'air de réhabiliter une coutume exécrable. Mais, quoi qu'on en ait dit, il n'y a rien de commun entre le Nègre mangeur d'hommes et notre dégénéré criminel. L'womo delinquente est une monstruosité, un être hors nature. On craint pour sa vie dans les quartiers fréquentés par ces dégénérés; on est en sûreté chez les anthropophages avec lesquels on n'est point sur le pied de guerre. Il n'y a aucun rapprochement à faire entre ces deux types, placés l'un à la naissance, l'autre à la décadence des sociétés. Le premier relève de la pathologie sociale ; le second est un produit sain et normal.
Le cannibalisme n'est donc point un instinct; c'est une coutume. Il dépend, sans mauvaise plaisanterie, d'une conception particulière, barbare et sauvage à coup sûr, des rapports avec l'étranger et l'esclave. Gela n'empêche nullement celui qui le pratique d'être, dans la vie courante, un homme doux, gai, enjoué, de relations agréables, au moins pour ses amis. Ne voyez chez lui ni méchanceté, ni perversité systématiques. Hors de la tribu et, plus spécialement, hors de la famille, il n'existe pas d'humanité, ou, comme nous dirions, pas de « prochain ». Tout le reste est le (( barbare », au sens antique du mot. Ce barbare est l'être vil et méprisable, aux mœurs bizarres et ridicules, avec lequel on compose par nécessité, mais que l'on chasse, que l'on traque, dès qu'il se peut, et que l'on mange comme viande de boucherie de
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rOubanghi au Chinko et sur une grande étendue du Congo belge.
En dépit des dénégations de quelques personnes, j'ai maintes fois eu la preuve et constaté par moimême que certaines tribus ' font des prisonniers de guerre ou achètent des esclaves pour les conserver en réserve, puis les abattre et les manger au fur et à mesure des besoins. Il y a une vingtaine d'années, on trouvait dans les villaares riverains du moven Oubanghi la sellette où le patient était ligotté. Une perche flexible était fichée en terre à quelques pas en arrière. On la courbait et on en reliait l'extrémité par une liane à la tête du patient. De cette manière, après décollation, la perche, formant ressort, enlevait dans les airs le sanglant trophée, aux acclamations de la foule saluant la force et l'adresse de l'exécuteur. — Tout le monde a pu voir chez les Nzakaras, dans tous les villages et à l'entrée de la résidence de leur roi Bangassou, les arbres ovi pendaient, comme de sinistres fruits, les crânes des Boubous vaincus et mangés. — Il paraîtrait que, sur le Sankourou. on rompait les bras et les jambes du malheureux; puis on l'immergeait toute une nuit dans le courant d'un ruisseau pour en attendrir les chairs. Le désir de donner du piquant à leurs récits me rend suspects les raffinements de cruauté que des voyageurs ont imputés aux cannibales africains. C'est bien assez de
I. Nzakaras et ce groupe de populations improprement confondues sous le nom général de Bondjos.
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la simple réalité, sans l'empirer par des horreurs imaginaires. Il convient aussi de faire la part du grossissement qui résulte de la relation de faits isolés, comme on en trouve de regrettables exemples chez tous les peuples*. Par une illusion très naturelle, le lecteur est incité à généraliser des exceptions auxquelles l'isolement de l'ensemble donne un relief exagéré .
Le cannibalisme africain est en voie de disparition rapide. Au contact des autres tribus plus civilisées, l'anthropophage en éprouve de la honte et. bien vite, n'ose plus convenir qu'on mange encore de la chair humaine dans son village.
I. Voir mon étade sur la Psychologie de l'Européen, aux pays chauds dans la Revue générale des Sciences pures et appliquées, lyoG.