MOBILITÉ DU CAIL\CTÈRE
vraiment extraordinaire. En voici un exemple caractéristique.
Sur le Bas-Oubanghi vivent des populations adonnées à l'anthropophagie. J'ai dit plus haut comment on y conserve du gibier humain pour les besoins de la consommation journalière. Ces victimes désignées jouissent d'une liberté relative pendant ces jours d'attente: elles ne manquent d'aucune des douceurs qui peuvent embellir l'existence d'un JNègre : paresse, bon souper, bon gîte et le reste. Le capitaine d'un de nos vapeurs, ayant relâché dans un de ces villages pour y acheter des vivres et du bois, reconnut, parmi la foule accourue sur la rive, un homme étranger à ce pays et qui naguère avait servi comme timonier à l3ord de son bateau. Interrogé sur ce qu'il faisait là, cet homme répondit qu'il était captif dans ce village et, en cette qualité, destiné, un jour ou l'autre, à la marmite de ses maîtres. Notre capitaine lui proposa de l'enlever. Le coup était facile : il lui suffisait de sauter sur le pont du bateau, tandis que l'équipage tiendrait le village en respect avec les fusils et qu'on s'éloignerait à toute vapeur. Il refusa, parce qu il avait pour le moment toutes les jouissances de la vie. L'attente du couteau ne put l'ébranler. Le bateau partit sans lui.