EVOLUTION DE LA FAMILLE NEGRE IO
A l'égard de la femme, les exigences sont plus sévères. C'est naturellement le postulant qui les dicte, puisqu'il est acheteur et que, comme tel, il tient à acquérir aux meilleures conditions possibles l'article sur lequel il croit pouvoir fonder les plus profitables espérances. Que cherche-t-il dans l'union, ccthomme.^ Bonne cuisine, ménage bien ordonné et le reste. Et ce reste est plus compliqué qu'on ne croirait. Il ne se compose pas seulement de la complaisance de son épouse, d'une vie facile et oisive dans un home confortable et paisible. Sur cette femme le mari échafaude bien des rêves ambitieux : accroître sa prospérité matérielle, son influence politique, devenir grand chef. L'épouse doit pouvoir lui donner tout cela. Dans cet embryon de société, elle est toute l'agriculture et presque toute l'industrie. Les affaires intérieures lui incombent. Enfin, par sa fonction naturelle elle est faiseuse de citoyens et de citoyennes. Elle est donc l'ouvrière de la prospérité future du mari; elle est le fondement essentiel et primordial de toute l'économie politique nègre. D'après cela on voit immédiatement les qualités exigées de la future épousée.
Pour assurer au chef de la famille une nombreuse postérité, la femme doit être pubère et féconde. Ce n'est pas que l'union ne puisse être projetée et môme prononcée longtemps avant la nubilité de l'un et de l'autre conjoints. On peut être promis et lié dès l'âge de sept ou huit ans. Le cas est surtout fréquent chez
IIO LA FAMILLE
les Fangs. Dans la moyenne Sanga on exigerait même la virginité de la future; et le mariage ne serait pas consommé avant la vingtième époque menstruelle, soit un an et demi environ. Cette assertion m'est suspecte; le Nègre n'a point tant de scrupules. Tout au contraire, chez la plupart des tribus, on marque de la préférence pour la femme qui aura donné des preuves patentes de fécondité avant le mariage.
Il paraît certain que l'inceste est partout formellement réprouvé. Instinct sans doute, plutôt que crainte raisonnée de dégénération de la race. Chez quelques peuples, notamment les Fangs, cette répulsion fait l'objet d'une interdiction à forme sacramentelle. En d'autres endroits, on pousse la précaution jusqu'à éviter les unions entre individus d'un même village. Car la vertu des femmes est chose si fragile et si instable qu on n'est jamais sûr de ne pas épouser mère, sœur ou fille; il est plus prudent de chercher femme à distance raisonnable. Toutefois la femme de condition libre ne saurait être prise qu'au sein de la tribu. La raison en est, comme on l'a vu plus haut, dans l'éloignement que le Nègre a pour l'étranger, pour le « barbare », au sens romain du mot.
Nulle part on n'assimile à l'inceste les unions entre parents par alliance. Un lils épouse très bien les femmes de son père, à l'exccplion de sa propre mère; ou encore les femmes de son frère. En quelques