‹ Les sociétés primitives de l'Afrique équatorialeChapitre 47 sur 122 · EVOLUTION DE LA FAMILLE NEGRE I II · texte numérisé non relu

EVOLUTION DE LA FAMILLE NEGRE I II

endroits, on irait jusqu'à tolérer l'union d'enfants d'un même père, mais de mères différentes'.

Le futur apprécie naturellement de bonnes références sur la docilité, la souplesse, l'aménité d'humeur de la promise. Mais cette considération est d'ordre secondaire pour qui dispose de moyens coercitifs propres à inculquer toutes ces vertus conjugales aux caractères les plus rebelles.

L'âge importe peu en soi. Il n'a guère d'influence que sur le prix de l'objet.

Quant à l'idéal plastique du Congolais, j'avoue me trouver dans un grand embarras pour en donner la note précise. Le Congolais conçoit-il un idéal de beauté.^ J'en douterais volontiers, tant le type qu'il recherche diffère de notre conception européenne — ce qui n'est pas une raison suffisante, j'en conviens. Je vais essayer néanmoins d'esquisser de la femme nègre, épouse et mère, ce qu'on a appelé, il y a quelques années le (( portrait composite », laissant au lecteur pleine liberté d'apprécier selon son goût personnel l'idéal esthétique de ces peuplades.

Le soupirant tient pour rien ce qui représente à nos yeux le charme de la féminité à tous les âges : ni grâce, ni sveltesse, ni démarche ondoyante, ni enjouement, ni manières délicates et mignardes . Parlez-moi. au contraire, d'une plantureuse commère : bel embonpoint ; abdomen aux flancs larges et

I. Tordaj et Jojce, Les Dayaha {Bullctui de l'Institut antliropotogique d'Angleterre], analysé par le Mouixment géograpliiqiie, ai" année, n° 17).

flasques: formes épaisses : traits fatigués par le travail et la maternité; nuque musculeuse; seins aux larges aréoles et tombant jusqu'au ventre en poches tantôt ridées, tantôt démesurément gonflées; fesses adipeuses ; lombes profondément ensellées ; cuisses massives; pieds rentrants aux gros orteils déjetés en dedans. En résumé, une forte bête pour le labeur et la reproduction; une grosse jument bonne au trait, bonne au fardeau, toujours en gestation ou en allaitement. La question des seins attire particulièrement l'attention. On estime, en effet, que le sein ferme et droit est contraire à tout espoir de maternité. Pour éviter pareille infortune, la jeune fdle prend soin de les abaisser de très bonne heure au moyen d'un cordon fortement serré autour de la poitrine. Au cœur de la brousse africaine, la femme est encore convaincue que sa condition et sa fin sont de mettre des enfants au monde, de les nourrir et de les élever : vertu tout instinctive et naturelle, que la perversion des mœurs a presque fait disparaître dans les régions soumises depuis longtemps à l'influence européenne et où la femme a cessé d'être la génitrice, pour devenir un instrument de plaisir.

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