EVOLUTION DE LA FAMILLE NEGRE I
dette intégralement payée. Vous croyez peut-être que l'époux, enfin libéré, va jouir d'un bien si chèrement acquis. Point du tout. La mauvaise foi passe dès lors du côté du créancier désintéressé.
La phase où nous entrons n'est pas particulière aux Fangs; elle est commune à la plupart des Bantou. Dans la personne de ses beaux-parents, l'époux infortuné s'est attaché des sangsues, dont la voracité est insatiable. Cette famille se découvre plus de membres que la famille d'Abraham. Et ce sont d'incessantes exigences sous les prétextes les plus bizarres : premières menstrues de la fiancée, première cohabitation conjugale, premiers signes de grossesse, accouchement; que sais-je encore .^^ L'ingéniosité déployée dans cette sorte de mendicité rapace est vraiment admirable : « Nous t'avons — dit le quémandeur — vendu notre fille, sœur, nièce ou cousine; tu as, il est vrai, payé tout le prix convenu. Reconnais que c'était bien peu pour le trésor que nous t'avons donné. Aurais-tu pu trouver autre part femme de pareil rapport.^ Quelle robuste travailleuse! Et voici un nouvel enfant, une fille, qu'elle vient de mettre au monde. Tu me dois bien pour cela un petit cadeau. Et, même ensuite, tu resteras notre obligé. C'est un trésor inestimable, te dis-je. » Au résumé, exploitation en règle, à laquelle le pauvre diable ne peut se soustraire sous peine de conflit, voire même d'hostilité à main armée.
Il se dédommagera jjIus tard en tirant représailles
à son tour de ses gendres futurs. Et Ion aperçoit maintenant l'un des plus importants secrets de la politique financière du Nègre congolais ; on comprend pourquoi le père de famille attache tant de prix à la naissance d'enfants du sexe féminin. Les gains et profits escomptés pour l'avenir émeuvent doucement son amour paternel.