‹ Les sociétés primitives de l'Afrique équatorialeChapitre 54 sur 122 · EVOLUTION DE LA FAMILLE NEGRE · texte numérisé non relu

EVOLUTION DE LA FAMILLE NEGRE

chronique, qui la rend indisponible et qui a résisté aux meilleurs remèdes du maître-mire de l'endroit, elle porte un préjudice pécuniaire à son propriétaire. Nous retrouvons toujours le même souci de capital compromis et ne rendant pas intérêts. C'était affaire aux beaux-parents de pourvoir leur fille d'une constitution robuste. Bien plus encore, et confirmation nouvelle du caractère économique et financier attribué à l'épouse. Si plusieurs grossesses successives ont eu une issue malheureuse, ou que plusieurs enfants consécutifs soient morts en bas âse, le mari est encore frustré : plus de garçons pour agrandir son village et développer son influence; plus de filles à revendre dans l'avenir contre belles et bonnes marchandises.

De toutes manières, la femme, restant passive et en dehors des affaires, c'est à son père et à ses oncles que remonte la revendication du mari lésé. Celui-ci a évidemment payé trop cher un objet sans valeur. Il appartient au vendeur de le reprendre et de le remplacer par un autre qui donne toute satisfaction; faute de quoi, le prix d'achat sera restitué. On pense bien que la procédure n'est pas des plus aisées. L'ère des chicanes est ouverte. Les griefs réciproques sont débattus. Si, par improbable, le principe en est admis, on entame la discussion des bases du dédommagement à accorder au mari. Les beaux-parents consentent avec peine à reprendre une femme dépréciée, dont le placement sera désormais presque impossible. D ailleurs trouvera-t-on une autre épouse dont la valeur corres-

ponde exactement au prix versé pour la première? L'un ou l'autre des deux partis sera mécontent. Si l'on ne se met pas d'accord sur la question de suppléance, comment restituer les marchandises reçues? Il y a beau temps que tout est dépensé, distribué, usé, gaspillé.

D'autres fois, les torts sont du côté du mari. L'épouse infortunée court en pleurant exposer ses doléances à sa famille. Son mari l'a trop battue : un peu passe encore; mais, vraiment, celui-ci exagère. Ou encore, c'est l'éternel grief féminin, la jalousie : la pauvre délaissée est frustrée des faveurs de son époux au profit exclusif d'une autre femme, une vile esclave, une étrangère, une fille de rien. — Les beaux-parents arrangent l'affaire. Songcz-donc : il faudrait rendre les marchandises!

Les différends entre époux aboutissent rarement au divorce. La perspective des difficultés presque insurmontables, dont celui-ci est entouré, les querelles quelquefois graves, qu'il entraîne, ne sont sans doute pas les modérateurs les moins puissants pour les conjoints d humeur inconstante, ni les garanties les moins sûres pour la stabilité des familles.

Le seul cas irrémédiable de dissolution de l'union est le décès d'un des époux.

Le mari considère comme une perte douloureuse — pécuniairement parlant, s'entend — le trépas de sa moitié. Si ce fâcheux accident ne survient pas trop

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