RAPPORTS ET CONDITION DES EPOUX
diverses fonctions de la physiologie sociale ; tandis que. chez les Nègres africains, où la nation se réduit essentiellement au couple bisexuel, ce sont ces deux éléments primordiaux du groupement familial qui se partagent tout le fonctionnement, d'ailleurs très restreint des services de la vie privée et publique. A l'homme les affaires étrangères, les cultes, l'intérieur, le commerce, la guerre, la marine, les finances, la justice; à la femme, les travaux publics, l'industrie, l'agriculture et un autre ministère qu'on n'a pas encore pensé à créer chez nous, celui de la repopulation, lequel est aussi, comme on a vu, un service d'ordre économique.
Le groupement familial nègre, — j'y insiste à dessein — est en quelque sorte la réduction anticipée d'un état constitué, où la commune préoccupation défensive et économique étouffe presque complètement le côté purement affectif et moral de lunion. Si ce n'était en dehors de notre sujet, il serait intéressant d'étudier le développement du sentiment familial comme une des formes de la division du travail, en ce sens que, au cours de l'histoire, lorsque, par l'association, le couple primitif s'est senti de plus en plus rassuré sur la sécurité et l'entretien de son existence, une place de plus en plus grande s'est trouvée libre pour une sentimentalité plus raffinée. Quoi qu'il en soit, sous les dominantes d'ordre social et économique, essayons de découvrir ce qui poind déjà d'intimité et de tendresse entre les époux congolais. Or nous
sommes obligés de constater que, si le flambeau de l'amour conjugal n'est pas tout à fait éteint, au moins n'est-il pas très ardent. Déjà l'on a vu que l'union est affaire d'intérêt et point du tout d'inclination. J'ai quelque raison de penser que les élans de réelle passion sont, presque sans exception, extra-conjugaux. Le mari est le seigneur, le propriétaire; la femme est un meuble utile, et, même sous le point de vue sexuel, son utilité, d'ordre plutôt physique, ne se teinte pas du moindre platonisme.
De Kl résulte que la fidélité entre époux n'est une obligation ni sentimentale, ni morale. Comme en l'abbaye de Thélème, les deux conjoints font ce qu'ils veulent, ou, du moins, ce qu'ils peuvent : car ici comme partout, la liberté de chacun est limitée par le droit des autres. Le mari, jamais tout à fait content des tendresses de ses femmes, ou lassé de leur soumission, espère liors de la natte conjugale des bonheurs inconnus; il grapille dans les plantations d'autrui. Quand il ne s'agit que d'une femme célibataire, le plus grand risque encouru par l'infidèle est une scène de jalousie de la part de ses propres épouses. Quand c'est la femme du voisin, je frémis d'envisager les querelles que pourra susciter cette criminelle intrusion, si l'époux volage ne paie pas à l'époux lésé un honnête dédommagement.
La vertu de l'épouse est exposée à bien des périls. L'institution de la polygamie et le tarif élevé du conjungo condamnent beaucoup de jeunes gens au