RAPPORTS ET CONDITION DES EPOUX
célibat. La conséquence toute naturelle est l'obligation pour eux de chercher en dehors de l'acquisition régulière d'une femme la satisfaction de passions aiguillonnées par le climat. Cela, je l'ai déjà dit, n'est imputé pour le plus petit péché à l'un ni à l'autre sexe. C'est, au contraire, la continence qui paraîtrait anormale. Il n'y a donc, en princijDC, pas plus de faute pour la femme en puissance d'époux que pour celle qui n'a pas encore convolé en justes noces, à se livrer à qui lui plaît. Mais il ne faut pas oublier qu'elle est un bien, une propriété, un capital. A seul droit d'en user celui qui en est détenteur par voie d'achat en bonne et due forme. De ces diverses considérations il résulte que l'adultère n'est point une faute contre un principe moral, d'ailleurs inconnu. C'est quelque chose de plus grave : c'est un vol, un détournement prémédité au préjudice du propriétaire légitime. Tout est permis, si l'on s'est assuré le consentement du mari, et surtout si on lui remet exactement le prix du service que ledit mari a rendu en prêtant un objet de valeur. Un Fang de bonne éducation croirait manquer aux lois de l'hospitalité s'il n'offrait à son hôte une de ses propres femmes. Courtoisie intéressée. Que l'hôte n'oublie pas, le lendemain, en prenant congé, de reconnaître la gracieuseté de son amphitryon par des cadeaux qui ne seront jamais assez riches ni assez nombreux; sinon, il risque fort de se faire vertement rappeler à la juste observation des règles de l'étiquette pahouine.
L'adultère commis à linsu du mari est partout l'objet de peines en rapport avec la rudesse ou la douceur des mœurs de la tribu. L'épouse convaincue d'infidélité sans autorisation formelle de son seigneur et maître, s'expose à des mutilations diverses : balafres sur le visage, la poitrine, le dos, section des oreilles. Son complice y risque quelquefois la vie, s'il n'apaise le mari lésé par des dommages-intérêts suffisants. Ciiez les Zandés, le téméraire, qui attente à l'honneur d'un grand chef, encourt l'essorillement et la castration ; et il n'a pas même la ressource de se racheter.
Cette conception particulière de la fidélité — ou, si l'on préfère, de l'infidélité — conjugale n'empêche pas une certaine intimité de s'établir à la longue entre les conjoints. Que ce ne soit pas chaude affection, ardent amour, il en faut bien convenir. Au moins y supplée-t-on par une conformité d'humeur, une confiance réciproque, issues de l'habitude, du contact incessant, de l'accumulation des jours et des nuits vécus côte à côte dans la même hutte étroite, dans la même crasse, dans la même atmosphère nauséabonde et enfumée.