‹ Les sociétés primitives de l'Afrique équatorialeChapitre 76 sur 122 · I. — Édifices · texte numérisé non relu

I. — Édifices

A. — Architecture.

Les deux styles de l'architecture nègre. — L'architecture des habitations humaines reflète la mentalité et les mœurs des habitants, comme la coquille du mollusque est adaptée à l'animal qu'elle contient. Il ne s'ensuit pas que ce soit tâche aisée d'établir exactement la relation entre le contenant et le contenu. Les primitifs africains sont incapables de guider notre recherche. Pourquoi leurs constructions se partagentelles entre deux types nettement distincts, la forme circulaire conique et la forme quadrangulaire? Pourquoi la classification, établie sur cette base, apparaîtelle comme incontestablement naturelle, en ce sens qu'elle caractérise du même coup deux masses ethniques totalement différciites et peuplant des régions absolument distinctes? Vous êtes dans la

grande région fluviale et forestière du Congo, au milieu de l'immense territoire des races comprises avec plus ou moins de raison sous la dénomination générale de bantou. C'est la contrée des terres humides

et des larges vallées noyées sous les inondations annuelles, étouffées sous des buées chaudes et lourdes. Le type humain a les traits grossiers, les lèvres épaisses, le nez largement épaté, la couleur marron, virant, dans le sous-bois, au rouge brique et jusqu'à l'albinisme; tous mangeurs de pâtes de bananes, de dika et surtout de manioc; gens le plus souvent sauvages, d'humeur concentrée, de caractère soupçonneux et méfiant. Là règne l'architecture quadrano-ulaire. — Vous montez vers le Nord; tout d'un coup, sans transition, vous trouvez les villages aux huttes coniques. Et, en même temps, changement complet dans le climat et les populations. Nous sommes dans les plaines prédésertiques, dans les steppes soudaniens qui s'étendent, en large bande irrcgulière, de l'Est à l'Ouest de l'Afrique entre les 4* et lÔ" parallèles Nord. Sol et atmosphère plus secs, avec extrêmes de froid et de chaud; populations à traits plus fins, plus délicats, de teint à la fois plus mat et plus foncé; mangeurs de graines, mil, maïs, sésame; de caractère plus exubérant, plus gai, plus sociable.

Dans cette double série de faits, quels sont ceux qui suffisent à expliquer la difi^érence des arcliitectures ronde et quadrangulairc? Celle qui vient d'abord à

l'esprit est le climat. Mais ni l'une ni l'autre forme ne protègent mieux de la chaleur, ici plus sèche, là plus humide, ni ne met mieux à labri des pluies, plus ou moins prolongées selon les contrées, mais torrentielles partout au cours des forts orages. — Voici, pour l'un et l'autre type, les interprétations qui me paraissent les plus probables.

i) Génération et évolution da type conique. — Notons d'abord que les populations qui ont adopté le type conique tirent vraisemblablement leur origine du Nord-Est, pays oij la végétation est rare en des plaines licrbeuses, souvent complètement arides. Là, peu ou pas d'abris naturels contre les ardeurs d'un soleil, que ne tempère aucun voile de brume; pluies toujours plus rares à mesure qu'on remonte vers le Nord. L'homme dut suppléer à la nature au moyen de la tente, composée essentiellement d'un poteau central et de peaux de bêtes grossièrement cousues. Ces peaux s'appuient par leur milieu sur le poteau central; leur bord libre est écarté circulairement et maintenu sur le sol par de lourdes pierres ou par des piquets. Lorsque la tente est grande, on en soutient les parois soit avec d'autres poteaux verticaux, soit avec des pièces de bois qui épousent leur obliquité.

La case circulaire n'est, selon moi, qu'une imitation de la tente primitive. Le poteau central a rarement subsisté. Il n'en reste, comme vestige, que l'extrémité supérieure qui continue la toiture sous

rwts II JIAIUTATIONS

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forme de proioiigeinciit élevé, comme témoin de la ligature qui, dans le type originel, retenait les peaux sur l'appui central. Déplus, par suite de la substitution de matériaux discontinus aux dépouilles animales, les pièces de bois latérales sont nombreuses, reliées toutes à leur extrémité supérieure soit entre elles, soit sur une tige commune, ainsi que je viens de le dire, et s'écartant vers le bas, comme les génératrices d'un cône. Des lattes ilexibles, disposées en travers, assurent l'écartemcnt des chevrons et rendent le système indéformable. Ces diverses pièces sont assemblées au moyen de lianes ou d'herbes fibreuses. Sur le tout on jette des poignées de paille en commençant par le bas; on les attache à la carcasse et l'on poursuit l'opération en remontant vers le sommet, de façon que les couches successives se recouvrent des deux tiers ou des trois quarts. Le sommet de la toiture s'effile en ce prolongement plus ou moins élevé, dont j'ai parlé tout à l'heure; il s'épanouit enfin en ornements variés, qui n'ont pas seulement un but esthétique, mais remplissent ce double office utilitaire d'être le point de jonction des herbes de la dernière rangée et d'éviter la pénétration des pluies. La pente de la toiture sur l'horizontale est de 5o à 60 degrés en moyenne. Cette forte inclinaison est pour beaucoup dans l'élanchéité remarquable de ces couvertures sommaires. Tous ceux qui ont voyagé dans ces pays ont constaté, non sans surprise, que telle case, dont la toiture laissait, durant le jour,

pénétrer la lumière par maintes lacunes, réalisait pourtant un abri parfait contre les pluies les plus diluviennes.

Il existe quelques variétés du type conique : toiture très aiguë, toiture surbaissée; forme arrondie, forme en cloche. Ce sont là divergences insignifiantes. Le principe de construction et, je crois, le mode de génération restent toujours les mêmes.

Rarement la toiture repose immédiatement sur le sol. On la surélève généralement sur un bas mur circulaire en argile de o m. 80 à i mètre de hauteur, dans lequel une brèche est ménagée pour servir de porte. Des poteaux bien enfoncés en terre sont compris dans l'épaisseur de cette muraille. D'autres fois, on dispose une autre rangée circulaire de poteaux à l'extérieur du mur, sous le rebord du toit. Si la case est très grande, on en met encore une autre rangée à l'intérieur.

La charpente de la toiture conique est construite à part, et de dimensions correspondant à celles du mur circulaire. Lorsqu'elle est complètement terminée, une équipe d'hommes la soulève avec ensemble, la transporte et la juche sur la crètc du mur, ovi elle est solidement reliée aux poteaux verticaux par des lianes ou autres ligaments. Ensuite, des travailleurs, grimpés dans la charpente, y attachent en rangées continues les javelles d'herbes qui leur sont jetées d'en bas par d'autres travailleurs.

2) Généralion et évolution du type quadrilalère. — La génération et l'évolution du type quadrilatère me paraissent aussi faciles à expliquer que celles du tvpe conique. Souvenons-nous d'abord que ce type est spécial aux peuplades des régions boisées et marécageuses. En forêt, l'abri naturel de tout être vivant contre la pluie, c'est la frondaison des arbres. Mais on fait mieux que la nature en arrachant aux arbres des branches feuillues, puis les accotant obliquement en tas contre un obstacle, un tronc d arbre, par exemple. Il n'est point de personne ayant longtemps voyagé en Afrique qui, surprise par une pluie inopinée, n'ait eu l'occasion d'utiliser ces abris extemporanés construits à la hâte par les hommes de leur suite.

Un perfectionne- ^ '■

ment notable consiste à prendre comme support une branche basse et à peu près horizontale d'un arbre sur pied. Cette disposition est supérieure à la précédente, parce qu'elle permet à l'homme de substituer l'attitude couchée à l'attitude accroupie. On est mieux défendu encore contre les tourbillons de la rafale, si l'on dispose les feuillages coupés en deux pentes de chaque côté de la branche horizontale. On conçoit que ces aigris sommaires sont rien moins qu'étanches. Tout va à peu près

Fig. 3. — Abri improvisé.

bien pendant les premiers moments de Forage. Mais la pluie ne larde pas à percer la masse feuillue. On n'est peut-être pas aussi mouillé que dehors; mais il ne s'en faut pas de beaucoup. — Quand la branche horizontale, qui sert de faîtière à la toiture improvisée, est trop faible et fléchit sous le poids, on étaye son extrémité libre sur une perche fourchue fichée verticalement en terre. De là à l'emploi d'une traverse reposant par ses extrémités sur deux poteaux et supportant les deux plans inclinés de la toiture, il n'y a qu'un pas.

Les peuplades sylvestres ont vite découvert qu'elles avaient tout avantage à disposer régulièrement et à plat les feuilles larges et parcheminées de certaines plantes herbacées abondantes dans le sous-bois. Ces feuilles sont épingiécs par rangées sur des baguettes minces à l'aide d'échardes ou d'épines. Dans la suite,

on a suppléé ù ces feuilles, vite fanées et pourries, par les folioles latérales des r^ frondes de palmier ou par de la paille dans les pays de plaines.

En définitive, à cette étape de 1 architecture indigène, l'habitation consiste en une sorte de hangar béant aux deux bouts, comme un livre reposant

Fig. 4. — Hutte primitive en feuilles.

ouvert sur sa Iranche. Le type pur en existe encore en quelques endroits ' •

L'intérieur de cet édifice primitif est accessible aux remous de vent et de pluie. Il n'est logeable que dans sa partie médiane, à cause de l'angle que forment ses parois latérales avec le sol. Ces inconvénients ont conduit les constructeurs à deux perfectionnements nouveaux. D'abord ils ont fermé les deux extrémités ouvertes. Puis ils ont exhaussé cette toiture sur des poteaux, dont l'intervalle a été tantôt laissé libre,

Fig. 5. — Construction de la case rectangulaire,

tantôt, et plus souvent, rempli avec les mômes matériaux que la toiture, c'est-à-dire avec des feuilles ou delà paille. Plus tard, on a appris à soulever l'écorce de certaines essences forestières et à en faire des panneaux par compression et dcssiccalion sous de grosses pierres '.

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