I. Fang
dans la zone périéquatoriale. l'arc horaire, à peu près perpendiculaire à l'horizon, est sensiblement proportionnel au temps et le même en toutes saisons.
Dans le Bas-Congo, il existe une sorte de semaine de quatre jours \ A chacune de ces dates correspond la tenue d'un marché dans une localité déterminée.
On a rarement occasion de compter par lunes. On ne fait pas de projet à échéance aussi longue.
Le retour des saisons sèche et pluvieuse, les crues périodiques des grands cours d'eau règlent le moment favorable des cultures, l'époque des voyages par terre ou par eau, les expéditions de chasse ou de pèche. Notre mot « année » a sa traduction dans les idiomes de la côte. Mais, si le vocable qui le désigne a la forme indigène, il n'y a nul doute, à mon avis, que 1 idée n'en soit d'importation européenne. Ce qui le prouverait bien, c'est l'inhabileté de nos engagés, surtout dans les débuts de notre occupation, pour évaluer la durée de leurs services accomplis^.
Je ne crois pas utile de développer longuement les raisons de l'indifTérence du Nègre en matière de temps. Infériorité intellectuelle, obtusion du sens de l'observation : sans doute. Plaidons cependant les circonstances atténuantes. Le ciel est masqué par les fron-
I. Les jours de cette semaine sont désignés par les noms suivants : chez les Bak.imba : nipika, nkoy, bouhondzo, boudotika; — chez les Bakougiii : scno, nknyo, boukondzo, boudou.',ti; — chez les Bayaka du Congo belge, d'après Torday et Joyce : pmtm^ou, ^otiiiy ick, buuyunka.
3. D'après M. Dusselje, directeur de la Société « rAlimaïcnne », les Batéké de l'Alima auraient un' notion exacte de l'année, qu'ils diviseraient en quatre saisons.
LE VILLAGE, ÊTRE VIVANT S/iQ
daisons dans les pays boisés. L'immense région fluviale est ensevelie sous des brumes éternelles qui, se condensant en nuages dès la tombée de la nuit, tendent sur le ciel un voile impénétrable, pendant la plus grande partie de l'année. A travers tant d'obstacles, comment eût-on pu découvrir les variations du mouvement du Soleil, d'ailleurs minimes sous ces basses latitudes .i^ Comment repérer sur la voûte céleste la course des astres à marche sensible ? Comment apercevoir la coïncidence entre les phénomènes astronomiques et les grands phénomènes terrestres, saisons et crues? Remarquons en outre que le feuillage des arbres est toujours vert, qu'il n'y a point d'oiseaux à migrations annuelles. D'autres préoccupations très prosaïques font tort à la contemplation des cieux : c'est le froid, c'est la faim, c'est la lutte incessante contre une nature animale et végétale hostile à l homme. Le culte d'Uranie. qui a enseigné aux hommes la mesure du temps, exigeait des contrées sèches, au ciel limpide, des saisons bien tranchées dont la constatation s'imposait aux sens par des impressions alternées de froid et de chaud, les loisirs de la vie pastorale, une température moyenne et clémente; la vie quotidienne assurée par la toison, le lait et la chair des troupeaux. — Le famélique n'est point contemplateur.
B. — Hygiène.
J'ai déjà traité précédemment ' l'importante question de la propreté corporelle. Ce que j'ai dit de l'individu suffit à faire entrevoir ce qu'est l'hygiène publique. Ce n'est pas que l'on ignore l'usage du balai. Cet ustensile domestique est simplement tiré d'une branche feuillue ou d'une fronde de palmier. Le milieu du village, les places, l'allée médiane sont débarrassées des herbes et balayées presque journellement. Chacun nettoie le devant de sa case. Les immondices sont rejetées derrière les huttes, sur le pourtour du village, oii règne une zone innommable de noyaux de palme, d'ossements, d'épluchures en putréfaction, d'excréments animaux et humains : fumier très profitable, à coup sûr, à la prospérité du jardin de bananiers, mais foyer de pestilence et séjour paradisiaque pour des nuages de mouches de toutes tailles et de toutes couleurs.
Il n'existe point d'endroit consacré comme lieux d'aisances-. C'est encore le même jardin qui reçoit le superllu de la nutrition, ainsi que la poignée de feuilles ou la baguette qui a servi à conclure l'opération. Il n'y a pas grand inconvénient à cela, au temps des grandes pluies de la saison chaude, qui entraînent tout dans leur torrent; mais, durant la période de sécheresse,