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Les sociétés secrètes

Depuis un siècle et demi, Thistoire présente le spectacle d'un mouvement continu, qui emporte, tantôt dans des secousses violentes, tantôt par une action plus lente, les gouvernements nationaux, les institutions sociales des peuples et les croyances religieuses elles-mêmes.

Ce travail de destruction s'accomplit au nom des trois mots de Liberté y à' Egalité ^ de Fraternité. Ces mots sont vieux comme le Christianisme; mais ils exercent sur les hommes de notre temps un empire inconnu auparavant et ils prennent un sens tout particulier dans la bouche des novateurs.

Liberté veut dire pour eux affranchissement de toute «utorité civile et surtout religieuse ; c'est en son qoxn qu'on

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livre à Fomnipolence de FEtat toutes les libertés de conscience, de famille et d'éducation.

UEffcUitéf c'est l'indépendance absolue de tous les hommes ; c'est le gouvernement de la société par les classes inférieures, ou plutôt par les hommes qui ont l'habileté de se f atre passer pour leurs représentants ; ce sont des révolutions sans cesse renouvelées en vertu du principe de la Souveraineté du peuple,

La Fraternité moderne aboutit à son tour à l'abolition de tous les liens qui unissaient les hommes dans la patrie, dans la commune et dans l'atelier, et qui en faisaient comme des extensions de la famille.

L'Eglise catholique est la première attaquée ; parfois son culte est proscrit et ses ministres tombent sous la fusillade ou l'échafaud ; toujours elle est dépouillée des biens qui en ses mains sont le patrimoine des pauvres, et elle est privée de sa légitime influence sociale. En même temps disparaissent la stabilité dans l'Etat et l'harmonie dans l'atelier de travail, biens précieux qui avaient, malgré les maux mhérents à la condition humaine, donné ia paix aux peuples pendant de longues générations et dont on sent surtout le prix quand on les a perdus!

CE QU^EST LA RévOLTITrON 7

Le travail humain devient une marchandise comme une autre, dont le prix se débat par la dure loi de l'offre et de la demande; et un isolement, une hostilité absolumeiU inconnus autrefois, séparent rou^rier fier de son égalité et le patron avide de sa libérée.

Ce mouvement à la fois religieux, politique et social, mais un dans son essence, c'est la Révolution, et il est absolument distinct des révolutions accidentelles que Ton rencontre dans les histoires passées.

La Révolution, depuis le milieu du siècle dernier, n'a pas cessé de marcher et de progresser : elle est devenue universelle ; elle se fait sentir en Amérique comme en Europe, et son contre-coup ébranle même les peuples de Textrôme Orient. Jusqu'à présent tous les efforts dirigés contre elle ont paru impuissants. Un temps d'arrêt lui est à peine imposé, qu'elle reprend avec plus de puissance son essor destructeur 1

Ce lie sont pas seulement les masses déshéritées des avantages de la fortune qui se laissentséduire, malgré l'expérience déjà fait# par deux générations des maux qu'entraîne la Révolution ; on voit encore ceux qu'elle doit atteindre plus immédiatement, les classes supérieure!^ les ministres des rois, les rois eux-mêmes, s'abandonner à elle, accomplir «on œuvre

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et quelquefois l'imposer violemment aux peuples,' qu'un secret instinct met en garde contre ses promesses décevantes.

Devant un phénomène aussi étrange et à première vue inexplicable^ Tesprit se déconcerte. Beaucoup, subissant la fascination du succès, s'en voni répétant que la Révolution est une forcefatale. D'autres expriment la même pensée en disant qu'elle est providentielle, qu'elle est la loi historique du développement de l'humanité, qu elle est dans l'ordre social la conséquence nécessaire des prodigieux changements apportés au monde moderne par les grandes découvertes physiques de notre temps et les progrès de l'industrie.

Toutes ces idées habilement répandues augmentent la force de la Révolution.

Elles sont cependant radicalement fausses.

Non, la Révolution n'est ni fatale ni providentielle ! Eimemie avant tout et par son essence de l'Eglise cathohque, elle ne peut pas être voulue par Dieu. Elle ne peut pas davantage être la conséquence néces* saire des découvertes, des progrès matériels qui sont des dons de sa bonté faits aux hommes. Ces dons augmentent leurs forces pour le bien comme pour le mal, et il dépend uniquement de leur libre arbitre pe contre-balancer les effets amollissants de

CE qu'est la révolution 9

la prospérité matérielle par une recherche plus grande de la vertu morale.

La Révolution n'est pas davantage, comme Fa prétendu un écrivain célèbre, le résultat forcé d'une longue et lente volution sociale, le fruit naturel de Tancï^n régime parvex^ à son dernier développe-^ ment. Cette thèse est fausse dans le fond, en ce qu'elle place au premier ranç des causes tout à fait secondaires et nie les causes principales, celles qui furent vraiment agissantes. Sans, doute, les abus de Y ancien régime en décadence avaient grandement affaibli les institutions, qui sont comme la défense naturelle des sociétés, et ils ont ainsi facilité Faction de la Ré- Tolution. Mais ce n'est pas à ces abus qu'elle s'attaquait ;' elle les a partout ou conservés ou remplacés par des oppressions qu'elle dissimule en les généralisant et les systématisant, tandis que celles du passé étaient appelées d'un nom qui témoignait au moins du droit violé et appelait la réforme.

D'ailleurs l'état social aes peuples n'influe que d'une façon accidentelle sur la marche de la Révolution. Les républiques sont atteintes comme les monarchies. La Russie, avec sa population agricole clair-semée sur un immense territoire, subit son assaut, comme les agglomérations industrielles des nations de 1 Occident. Les Etats-Unis

de la libre Amérique ont leurs radicaux semblables aux nôtres. Les royaumes protestants sont minés par ses manœuvres souterraines, comme les pays catholiques ; il n'y a de différence que dans Fheure et les moyens de Tattaque.

L'idée de fatalité doit .être bannie de l'histoire, sous quelque forme plus ou moins spécieuse qu'elle soit présentée.

Tous les hommes pris individuellement sont libres dans leurs déterminations, sollicités d'un côté parleurs passions, de l'autre par la raison et la grâce divine. Comment la fatalité dans l'humanité sortirait-elle de cette réunion de libertés?

Disons donc que les événements historiques, sans exception, n'ont pour cause que 1 usage bon ou mauvais fait par les hommes de leur liberté. La Révolution, elle aussi, eût pu ne pas avoir lieu. Pour être réparties sur un grand nombre d'individus et dans des proportions très-inégales, les responsabilités ne disparaissent pas.

Où est donc la cause agissante de la Révolution, cause universelle et étendue comme elle?

C'est s'égarer à dessein que de la chercher en dehors des sociétés secrètes, qui !

depuis un siècle et demi couvrent l'Europe et le monde. Leur action extérieure a commencé précisément avec le second tiers

CE qu'est la révolution 11

du xviii® siècle, et, après cinquante ans de préparation, l'explosion de 1789 a eu lieu.

La Franc-Maçonnerie, qui est la source et comme la mère de toutes les sociétés secrètes(l),es*t essentiellement cosmopolite. Contrefaçon de PEglise catholique, elle aspire à régir Thumanité entière, et elle est identiquement la même sur tous les points du globe. Au milieu de tous les bouleversements des temps modernes, elle n'a jamais cessé de fonctionner, poursuivant le même but, recrutant des adeptes de plus en plus nombreux.

Plus de douze mille loges sont répandues dans le monde entier, comprenant plusieurs millions d'adhérents pris dans les classes élevées et moyennes ; au-dessous d'elles, de nombreuses sociétés, qui ne sont que des formes populaires de la Maçonnerie, enrégimentent sous leur direction des masses considérables.

Une pareille puissance, avec des forces doublées par le secret dont elle s'entoure, est parfaitement capable de mener le monde à la fois par ses intrigues et par

(1) « Toutes les sociétés secrètes, à la fin, ont porté leurs eaux troubles et fangeuses dans le marécage de la Maçonnerie. » (Discours prononcé par S. S. le pape Pie IX le SJ9 mai 1876.) Déjà, dans son Encyclique du 21 novembre 1873, le Saint- Père avait signalé la Maçonnerie comme l'agent de la persécution presque universelle qui sévit eontre l'Eglise depuis la Prusse jusqu'au Brésil.

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Vopinion publique, qu'elle dirige à son gré.

Cette démonstration sera complète pour tout lecteur de bonne foi quand il aura étudié ridentité des doctrines de la Maçonnerie avec les principes proclamés par la Révolution et la façon dont elle agit au milieu des nations modernes.

Des témoignages historiques nombreux et irréfutables révéleront la trace de son action prépondérante dans tous les bouleversements qui se sont produits depuis 1789 jusqu'à nos jours. Les aveux échappés à ses propres membres, et des projets déjà en cours d'exécution, indiqueront Je sort qu'elle réserverait à Thumanité si elle n'était pas arrêtée dans ses desseins.

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