CE QUI SE DIT ET CE QUI SE FAIT DANS LES LOGES MAÇONNIQUES
Malgré tous les anathèmes dont l'Eglise les a frappés, les francs-maçons prétendent ne former qu'une association inoffensive consacrée uniquement à des œuvres de philanthropie et laissant chacun de ses membres pratiquer sa religion en toute liberté. A l'appui de leur dire, ils apportent leurs statuts, qui reconnaissent l'existence d'un Dieu, grandarchitecte de l'univers, ainsi que l'immortalité de l'âme, et ils déclarent que TOrdre se désintéresse de toute question politique.
Mais les statuts de la Maçonnerie ne sont qu'un trompe-l'œil, destiné à attirer les honnêtes gens peu perspicaces et à dérouter les gouvernements qui ne sont pas déjà ses complices.
Son véritable esprit se révèle dans ses rituels ou tuileurs propres aux différents grades. La connaissance en est, en principe, cachée aux profanes, et, à chaque nouveau pas dans l'ordre, l'initié fait le serment de n'en rien révéler, même aux maçons des grades inférieurs.
Or, dès le grade d'apprenti, les rituels dévoilent toute limpiété de la Maçonnerie.
« Croyez- vous à un Etre suprême ? » demande le Vénérable, ou Président de la loge, au récipiendaire. La réponse du candidat est ordmaireraent affirmative, et alors le Vénérable pourra répliquer : « Cette réponse vous a fait honneur. Si nous admettons des pcr- « sonnes de toute croyance, c'est parce que « nous ne scrutons pas les consciences. Nous « croyons que l'encens de la vertu est agréa- « ble à la Divinité dans quelque forme qu'il « lui soit offert. » Mais si le candidat, dans sa réponse, dit qu'il ne croit pas en Dieu, le Vénérable dira : « L'athéisme est incompré- « hensible, La seule divergence possible « entre des hommes de bonne foi est sur la « question de savoir si la cause première « est esprit ou matière. Mais un maté- « rialiste n'est pas un athée ! »
On lit encore un peu plus loin dans le rituel :
« Qu'est-ce que le déisme? » demande le Président. Ayant entendu la réponse, il ajoutera : a Le déisme est la croyance en Dieu sans révé^ « lation ni culte. C'est la religion de l'avenir, « destinée à supplanter tous les autres sys- « tèmes dans le monde (1). »
(1 Rituali maêsonici del primo e del trenteêimo grado. detti de aprendUta e di cavalière kadosh, per la prima volta puhlicati e commentati Roma,lQli. Les rituel s -sont plus ou moins explicites selon les pays et selon les temps, mais le fond en est toujours le môme. Ils sont complétés par les discours des
ip
C'est à bon âroit que le Monde maçonnique dit, en parlant de cette reconnaissance de Dieu, contre laquelle proteste à chaque révision des statuts la partie la plus remuante et la plus avancée des loges :
« Nos devanciers ont adopté deux formules avec lesquelles tous les hommes de bonne volonté peuvent s'entendre : Dieu, le grand architecte de l'unioers, dénomination générique que, depuis Platon, tout le monde peut accepter pour le Dieu qu'il révère, môme ceux qui ne croient pas en Dieu (t. IV, p. 697). »
Et la Rlvista délia Massonneria du l«r août 1874:
« Tout le monde sait que cette formule d'un commun consentement n'a aucune signification exclusive, encore moins une signification religieuse. C'est une formule qui s'adapte à tous les goûts, môme à celui d'un atliéd. »
Il en est de même de Vimmortalité de
vénérables et des orateurs des loges, qui s'inspir<*nt d'ouvrages publiés avec Tapprobation expresse du Grand Orient. Nous indiquerons seulement ici : le Tableau, historique, philosophique et moral de la Franc-Maçonnerie en France, par le frère Bazot, 1836: le Manuel général de la Maçonnerie par le frère Teissier, inspect. général,18S6 ; les Etudes historiques et philosophiques sur les trois grades de la Maçonnerie symboliquey, par le frère Rédarès ; l'Histoire pittoresque de la Maçonnerie, par frère Clavel ; le Cours interprétatif des initiations anciennes et modernes, par le frère Ragon. Tout ce qui est dit sur la Maçonnerie dans le présent opuscule est tiré de ces auteurs et par conséquent a la valeur d'aveux émanés des intéresses.
rame proclamée par les statuts, mais qui, d'après les rituels, peut s'entendre, selon la volonté des maçons, de la perpétuité de l'être, sinon individuel, dumoins collectifs c'est-à-dire de la me future de nos descendants:
Comme on le voit, Dieu n'est plus qu'un bon petit vieux mot, dont il faut, par convenance, se servir encore quelque temps, ainsi que l'a dit M. Renan.
La Maçonnerie agit d'abord sur l'esprit de ses membres par les rites et par les enseignements dont elle les entoure. C'est à cela que servent les cérémonies de toute sorte auxquelles s'emploie le temps des loges, particulièrement dans les réceptions.
Un vaste temple à construire ; des apprentis, des compagnons et des maîtres, qui y travaillent; Hiram, un de ces maîtres, le chef des travaux, assassiné par i trois des compagnons pour lui arracher j le mot de passe ou la parole de maître; le corps de ce maître enfoui dans la terre à retrouver ; sa mort à venger ; la construction de ce temple reprise à achever : voilà la légende apocryphe et ridicule qui sert de base à tous les rites maçonniques, et sur laquelle des hommes prétendus graves discourent et exécutent, avec le tablier de peau à la ceinture et des bijoux au cou, des cérémonies toujours renouvelées 1 Ce I
CE QUr SE PAS^ DANS LES LOGES 17
serait puéril si à la longue une action réelle ne s'exerçait sur l'esprit des adeptes* Pt tous ces rites, tous ces enseignements aboutissent à un panthéisme à peine déguisé et à Fexaltation de tous les penchants, voire même de tous les appétits de la nature humaine. Le dogme chrétien contre lequel le plus grand effort est dirigé est celui du péché originel; or, en le niant, c'est non-seulement l'économie du christianisme» mais l'ordre social entier que Ton ébranle. Selon la Maçonnerie, 1 homme naît naturellement bon; seules les institutions religieuses et civiles l'ont corrompu. C'est absolument la thèse de Rousseau dans le Contrat soeiaL La conséquence est qu'il faut détruire toutes ces institutions, y compris le Christianisme, oui n'est plus qu'une mystification, ce point de départ étant admis.
On va s'en convaincre par l'analyse des rites employés pour la réception aux trois premiers grades, ceux auxquels arrivent tous les maçons. Nous l'empruntons à un des auteurs qui ont le mieux pénétré l'esprit de la Franc-Maçonnerie (1).
« Au grade d'apprenti le franc-maçon représente V homme de la nature; il est
(1) Feu le P. Deschamt>9, les Sociétés secrètes et la Société, ou philosophie de l histoire contemporaine. Avignon, Segun; Paris, Baltenweck, 1874-76. 3 voL in-8.
dépouillé de ses vêtements et de ses métaux, argent, monnaie, pour lui apprendre que le vrai maçon ne doit rien posséder en propre et que le luxe, celui môme des vêtements, enfante tous les vices. On lui donne cependant un tablier, parce que la civilisation ne permet pas l'entière nudité, et pour lui indiquer Vohligation du travail. Comment et par qui se trouve-t-il ainsi fait ? par la Nature. La Maçonnerie ne s'occupe pas du comment.
Libre à lui de choisir son créateur et ses ancêtres parmi les singes. On lui apprend seulement que le temple à élever sous la conduite du maître à qui il doit aveuglément obéir, est celui de la Nature, et qu'il consiste à eifacer parmi les hommes les distinctions de couleur, de rang, de croyances, d'opinions, de patrie, et à anéantir le fanatisme, la superstition et les haines nationales. C'est un premier travail de déblai, déjà indiqué par le dépouillement des habits et aes métaux.
« L'apprenti, instruit de la nature et du but du travail auquel il vient de se vouer par ua horrible serment (voir chapitre m), passe au grade de compagnon. — Là, on lui fait connaître et on lui remet les outils nécessaires au travail qu'il va entreprendre, toujours sous la conduite du maître. C'est d'abord le maillet et le ciseau, qui aident à renverser
Nous avons surtout puisé nos documents dans cet ouvrage, le plus important qui ait été publié sur ce sujet. On consultera également avec beaucoup de fruit la Franc-Maçonnerie et la Réoolutipn^ par le P. Gautrelet (Lyon, Briday. 1872, 1 vol.in-8).
les ob^acles, à surmonter les difficultés et à rendre l'homme indépendant; c'est ensuite Yéquerre et la règle, qui représentent fidèlement Vénalité que l'auteur de toutes choses a .établie entre tous les hommes. On lui apprend ce que signifient les emblèmes de la loge et la loge elle-même. — La loge est l'image du monde. L'étoile flamboxjante, insigne du Vénérable, personnification lui»
môme du grand prêtre aeJéhoviah, est l'image de cet Ôrus fils d'Isis, cette matière première, source intarissable de me, étincelle du feu incréé, semence universelle de tous les êtres, feu inné des corps, feu de la nature, auteur de la lumière, cause efficace de toute génération. Sans lui point de mouvement, point d'existence; il est immense, indivisible, impérissable et présent partout. Voilà la première divinité de tous tes hommes, dont l'éclat brillant, jaillissant du sein du chaos, en fit sortir l'homme et tout Vuni^ vers : voilà le dieu Bel des Chaldécns, l'Oromase des Persans. La pierre brute, c'est lui-même, qu'il doit travailler en corrigeant ses défauts et effaçant ses préjugés. Au milieu de l'étoile paraît la lettre G, cette lettre qui par sa forme semble, dit-on, être l'emblème de l'union de la matière à V esprit, et forme la première lettre du nom de Dieu dans un grand- nombre de langues, et qui vient d'un ancien mot zende, signifiant luimême,
« Pendant qu'apprentis et compa déblayent ainsi le terrain de l'obstac
„ugés et élèvent le temple de la nmture au ieu-feu, qui est Isis ou la nature elle-même, sous la conduite infaillible des maîtres, et par l'obéissance à tous leurs ordres, trois des compagnons assassinent le maître conducteur, Hiram, pour lui arracher le mot secret de passe, dont ils n'avaient encore que les premiers éléments. — Ces assassins du maître, représenté dans ce grade par le récipiendaire ou le compagnon fidèle élu pour le remplacer, ont pour noms, dans les grades templiers, Philippe le Bel, Clément V et Noffodei; pour les. au très, ce sont les emblèmes de la royauté, de la papauté et de la fidélité qui les sert; chez tous, de l'ambition, de la superstition et de l'ignorance qui croit et se dévoue à l'une et à 1 autre.
« La marche du maçon en ce grade en indique l'esprit. On y reconnaît celle du philosophe que n'arrêtent pas les préjugés de son époque. Ses enjambements montrent qu'il sait tout franchir et que pour lui la mort même n'est pas un obstacle. Il arrive ainsi à la connaiî^sance entière du Dieu maçonnique, « qui se complète et prend conscience dans « r homme ff » Ce Dieu se présente au maître maçon sous la forme du delta grec ou du triangle consacré et dont les côtés figurent les trois règnes de la nature ou Dieu. Au milieu est l'fod hébraïque, esprit animateur ou le feu, principe générateur, représenté au compagnon par ta lettre G, dans l'étoile'flambojrante, et qui signifie aussi géométrie et génération. Le premier côté du triangle offert à
l'étude de l'apprenti est le règne minéral,sy mbolysé par le mot de passe Tubalcaïn, Le deuxième confié au compagnon est le règne végétal, signifié aussi par le mot de passe Schebboleth, qui veut dire épi. Le troisième côté, réservé aux études du Maître, est le règne animal ; ce qu'enseiffne encore le mot de passe Mac- Èénae, la chair quitte les os, ou mieux, fils de la putréfaction. C'est là le Dieu de la Maçonnerie tout entier, et ainsi complété il se nomme Pan, Isis, Nature. Il est à lui-même son temple, et ses trois mystères sont : 1°. Tout est formé par la génération; 2° La destruction suit la génération dans toutes ses œuvres; 3° La régénération rétablit sous d'autres formes les effets de la destruction. Et partout dominent les deux colonnes^ les deux principes soutiens du monde maçonniaue et de toutes les loges, le bien et le mal, Osiris et Tjjphon, OrmusetAhrimanc,jpB.nihéismQ et athéisme, solidarisme et fatalité!
« Les habiles ont donc raison de dire que dans les trois premiers grades se trouve la Maçonnerie tout entière, avec le fond de ses derniers et plus impies mystères (1). »
Mais la pensée essentiellement antichrétienne et destructive de Tordre social, ébauchée dans les trois premiers grades, dits grades symboliques^ s'accuse dans les grades suivants, dits grades philoso-
<1) Toutes les phrases imprimées en italiques sont extraites textaellement de Bazot, Ragon, Ciavel et autres auteurs maçonniques autorisés.
phiquesy et particulièrement dans ceux de rose-croix et de chevalier kadosh.
Le grade • de rosc-croia? est une parodie de la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et l'on affecte de le conférer le vendredi saint. Toutesles cérémonies de la réception , selon les explications mêmes des rituels, ont pour but de représenter le drame du Calvaire comme une allégorie de la destruction et de la génération qui s'opèrent perpétuellement dans la nature. La croix qui y figure n'est plus qu'unjpAaWas redoublé ; toutes les interprétations des symboles 'du grade sont d'une obscénité révoltante. En réalité^ c'est une abominable apostasie de la foi chrétienne. Elle est ainsi célébrée par le frère Ragon, l'interprète officiel du Grand Orient (1) :
« Le grade de rose-croix, consacré au triomphe éclatant de la vérité sur le mensonge, de la liberté sur l'esclavaffe, de la lumière sur les ténèbres ou delà vie sur lai mort, sous le voile du culte évangélique dé ve-j loppe, couronne et sanctifie tout. Le travail | maçonnique est complet et s'arrête ici. »
(Dans le rite français.)
Aussi tous les blasphémateurs de la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ sont particulièrement chers à la Maçonnerie. Après la publication de la Vie de
(1) Court interprétatif det initiationê,^^. 307 et s.
CE QUI SE PASSE DAiNS LES LOGES 23
Jésus par Renan, une souscription fut faite dans toutes les loges belges pour ofTpir une plume d'^r à Fauteur I Tout récemment, quand son prédécesseur TAlIemand Strauss est mort, le Bauhûtte, journal maçonnique de Leipzig, célébrait ainsi sa mémoire :
« Il a accompli son grand œuvre ! Salut à lui! Un franc-maçon doit se sentir obligé en conscience de tirer des méditations de «et héroïque iîluminateur des résolutions fécondes pour ractivité des loges. Des milliers et des millions de frères sympathisaient de cœur avec ce puissant destructeur, qui s'aidait à déblayer le plan sur. lequel doit s'élever le temple de l'humanité de l'avenir! »
Et, comme récrivait encore dans le même recueil le F. Conrad :
« Notre adversaire est l'Eglise romano-.
catholique, papale, infaillible avec son organisation compacte et universelle. C'est là notre ennemi héréditaire et implacable. Si nous voulons être de vrais et honnêtes francsmaçons, si nous désirons faire avancer notre société, nous devons dire tout haut avec Strauss : Nous ^ sommes francs-maçons et rien autre. Les amateurs francs-maçons n'ont point d'avantage pour l'humanité. Ce sont des non-valeurs pour notre société. Chrétiens ou francs-maçons, faites votre choix ! »
Voilà comment la Maçonnerie entend l'article de ses statuts selon lequel « elle
24 LES SOClÉTÉff SECRÈTES
f; « ne s'occupe ni des diverses religions
« répandues dans le monde, ni des cons- « titutions des États; dans la sphère élec( vée où elle se place, elle respecte la foi « religieuse et les sympathies politiques « de chacun de ses membres. »
Le chevalier kadosh est au poi^t de vue politique ce qu'est le rose-croix au point de vue religieux. Ce grade, placé au sommet de réchelle (30°*® degré, les trois autres degrés sont purement administratifs), a été préparé par une série de grades qui respirent tous la guerre et le meurtre, il s'agit dé venger non plus la mort d'Hiram, mais celle du grand maître des Templiers, Jacques Molay, condamné par le pape et par le roi (1) I Arrivé au moment de la réception, une mise en scène, comme en savent monter les loges, est employée pour frapper l'esprit de l'initié et lui faire comprendre qu'il touche aux plus hauts mystères.
« Les emblèmes de ce grade, disent les rituels, sont une croix et un serpent à trois têtes. Le serpent désigne le mauvais principe ; ses trois têtes seront l'emblème des abus ou
(1) Dans un de ces grades, celui de chevalier d'Orient ou de cheoalier de l'épée, on voit figurer sur la décoration ces trois lettres : L. P. D., qui s'interprètent ; Lilia pedibut destrue, « Foulez les lis aux pieds.» Ainsi-'s'accuse la haine plus particuUèi« que les sociétés secrètes ont vouée aux Bourbons entre toutes les dynasties royales.
IP
du mal qui s'introduit Tian$ les trois hautes classes de la société, La iéïQ du serpent qui porte la couronne indique les souverains; celle qui porte une tiare ou une clef indique les papes ; celle qui porte un glaive indique Varmée. Le grand initié qui occupe des positions civiles doit veiller, dans l'intérêt ae sa patrie et de la philosophie, à la répression de ces abus. Comme gage de ses enoagbmbivts,