L.'. L'Ecole mutuelle^ Paris
F.'. Eng. Ténot, ancien rédac- LJembre de la L.'. La Renaissance teur du Siècle, directeur de la Or.\ de Paris. Gironde, de Bordeaux.
F.*. Jules Troubat, publiciste, Reçoit, an nom de la famille Raspail, ancien secrétaire de Sainte- le 27 janvier 1878, au Père- La- Beave. chaise, les membres de la L.*. Les
Amis bienfaisants et les Imitateurs d'Osiris réunis^ Or.-, de Paris.
P.*. Louis Ulbach, homme de Fondateur de la revue le Monde tno-
lettres.
P.*. Walz, rédacteur en chef de la Rémblique, de Nevers.
P.". Wyrouboff, directeur de la revue la Philosophie positive.
çonnique, avec le F.*. Caubet, actuellement directeur de la police municipale de Paris.
Orateur de la L.-. La Rose du parfait silence^ Paris ; membre du Grand- Orient.
. Il semble que la qualité de franc-maçon soit devenue indispensable pour occuper une fonction publique.
Tout Paris sait que la veille du décret (^ui,au mois de juillet 1879, a renouvelé complètement le conseil d'Etat, on vint proposer à un haut fonctionnaire, républicain de vieille date, d'en faire partie. Après son acceptation, la personne qui lui faisait cette proposition ajouta qu'il n'y avait qu'une formalité préalable à remplir, celle de se faire recevoir maçon le soir même: « Une pure cérémonie, lui dit-on, trois coups de maillet feront Taffaire ! » Le fonctionnaire ayant répondu que ses opinions républicaines étaient une garantie suffisante et qu'il se refusait à une réception si prompte, son nom ne figura pas le lendemain dans la fournée des conseillers d'État.
Le 3 août 1880, un franc-maçon écrivait de Caen à la Chaîne d'union :
t Nous avons eu l'honneur ou plutôt le bonheur de recevoir samedi dernier dans notre L.*. Saint-Jean-de-Thémis : c M. Gravier, préfet du Calvados :
c M. David, secrétaire particulier de M. le préfet ; <M. Buquet, conseiller de préfecture.
t Ces Messieurs avaient demandé l'initiation maçonn.*. L'assemblée êuit nombreuse, tous les vieux maçons étaient là à l'Or.*. La réception a ètè Bplendide et notre F.'. Bouet, orat/. a prononcé un discours aux
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FF.*, nouvellement initiés, discours magnifique que je me propose do vous adresser dans quelques jours.
c Déjà le secrétaire général de la préfecture, M. Farjas, était maçon depuis longtemps, et voilà que nous avons quatre F.*, à la préfecture, compris M. le préfet.
c Notre atel. *. a donc fait de belles acquisitions samedi dernier, et nous sommes tous dans la joie de voir nos coll.*. renforcés de FF.*, qui occupent une haute position dans l'administration de notre département (1). »
(1) La Chaine d^union^ n^ d'août septembre 1880. Ce récit a pour digne pendant la réception maçonnique faite à Lille,en mai 1880, au F.'. Jules Ferry, et qae nous empruntons à une correspondance particulière du Journal de la Franc-Maponneriê belge des 13 et 20* ]•*. du 4* m.-. 1880.
f A l'arrivée à Lille de Jules Ferry et sur son parcours, il y avait toute la popu* lation républicaine de notre Or.*, et des communes voisines, tous les membres des cercles républicaios. et au milieu de cette foule enthousiaste les cent et quelques maçons de i'EloUe du Nord, tous bien connus à Lille, et qui, comme tous leurs amis politiques, ont fait une ovation au ministre de l'instruction publique
«Le samedi soir la loge a été reçue à la préfecture,mais l'assistance était si compacte dans les salons que à peine quelques membres ont pu arriver Jusqu'au ministre, qui a bien voulu, sur la demande d'un des nôtres, nous promettre une* audience particulière pour le lendemain six heures.
c Le dimanche , les offic*. dignit.*., accompagnés de la L.*. IZh ont été reçus data les eatone de la préfeelure et présentés maçonn*. par le vén.'. de l'atel.*. Le ministre a laissé de côlé tout cérémonial officiel et s'est servi, pendant toute l'entrevue, de la dénomination maçonn.*. : Mes Frères.
c Je suis, nous a-t-il dit au début, un maçon peu assidu, peu régulier, et Je le f regrette, car nos LL *. sont d'exoelleutes écoles ; je n'ai pas à m'en excuser, c vous savez quels empêchements me retiennent loin de nos temples En dehors c des loges, je lutte cependant pour le triomphe de nos principes maçonn .*• et, f bien qu'on en ait dit, le gouveraernent fera exécater la loi sans faiblesse. Je « suis touché, plus que jo ne saurais le dire, de l'accueil si enthousiaste que J'ai c reçu à Lille; jo voyage pour prendre le pouls de la nation, et Ici encore Je t constate qu'il bat à l'unisson du mien. C'est un encouragement puissant... Nous « sommes des modérés, j'ai la prétention d'être un modéré, mais un modéré ferf moment résolu à exécuter complètement ce qu'il entreprend. »
c Puis le ministre nous a posé diverses questions sur notre atel.*. et sur nos trav.*., it après vingt minutes d'ontretien, uous avons pris congé du F.*. Ferry, ravis de la réception cordiale qu'il nous avait réservée.
« Pour achever ma corre8pondance,que je vous raconte un détail à conserver de notre audience avec le F.* . Jules Ferry.
« Vous connaissez certainement noire excellent F.*. Leperoq 8aint«>Léger, le plus maçon des maçons, un ardent et un zélé, s'il en fût un.
f A la réception officielle de samedi, à la préfecture, le F.*. Leperoq- 6aint*4jéger prie le préfet du Nord de vouloir bien le présenter à monsieur le ministre. Le préfet le présente,
c Le F«* Leperoq-8aint-Léger au ministre :
« Êtes-votts maçon, monsieur le minisire ? • — Le ministre: « Oui, mon F,-, m
c Alors, après que le F.'. Lepercq-Saint-Léger eut échangé avec le F.*. Jules Ferry ce qui établit le maçon régulier, ce F.*, ajoute à haute voix :
c Je puis maintenant, mon F.*., vous donner l'accolade fraternelle. »
« Et en pleine réception ministérielle, notre F.*, Lepercq-Saint-Uger donna pir trois fois le baiser de paix au ministre. »
Lee loges« de Lille, nous apprend le SoleU du 24 novembre 1880, ont envoyé des délégués au devant do Blanqui et de Louise Michel, qui venaient préaider ane grande réunion socialislo et comuiunardo dans cette ville.
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Quelques jours après, le F.\ Qravier était pourvu d'une re« cette générale.
La Maçonnerie tient à affirmer publiquement la part qu'elle prend à la politique actuelle, et en France comme en Belgique elle commence à s'afficher, contrairement à ses habitudes anciennes, dans les cérémonies officielles ; ainsi, à l'occasion de l'inauguration de la statue du général F.". Denfert-Rochereau, à Saint-Maixent, elle a eu soin défaire constater la présence parmi les autorités d\x F.\ Guimbault^ délégué des loges maçonni* ques {Avenir de Vienne du 17 mai 1880.)
Elle cherche de plus en plus à envahir l'armée ; c'est ainsi qu'on lit dans la Chaîne d'Union de mai-juin 1880 :
€ L.\ le Temple. des Amis de l'Honneur français. Or.*, de Paris. — Le i7 mai, cet atel.*. eut une tenue des plus intéressantes. L'affluence des yisiteurs était considérable. Elle reçut appr.*. ses prof.*. Michel Vary, sous-lieutenant au 74^ de ligne; Sylvain Tourgarou ; Apffel, tous'lieutenant au 39^ de ligne; ell« affilia les FF.*. Méry, chef de bataillon; Le Leurch, capitaine; Roux et Glicquot, lieutenants; Rat, sous'lieuienant ; vezien et Mabon, adjudants ; Boulet, sergent^major ; Delcambre et Gaudron, musiciens, tous du 74^ de ligne, et Degroux. »
D'après te même journal, n* de septembre 1880, la L,\ Iris Monthyon vient de mettre à l'étude un projet pour affilier surtout les sous- officiers et préparer l'armée à Vunité des peuples, à la fraternité des peuples, ce grand but de la Maçonnerie.
Déjà en 1878, à l'occasion du centenaire de Voltaire, la loge Solidarité et Progrès de Dijon avait entendu un frère, officier de l'armée, exposer les mêmes idées :
c Ce F.*., dans une brillante improvisation, fait entrevoir la profondeur de l'abime qui existe encore entre Télément civil et l'élément militaire, et insiste d'une manière toute particulière sur la gravité des devoirs qui incoiàbent aux militaires francs-maçons. Il s'agit de combler cet abîme par le rapprochement ou plutôt la fusion de ces deux classes de citoyens. C'est à cette difncile tâche qu'il veut consacrer tous ses efforts. Il croit fermement que la Franc-maçonnerie est- le lien destiné à cimenter un jour l'union de toutes les forces vives du pays. En terminant, il porte un toast à Tunion de Tarmée et de la nation.
c Les paroles de ce F.*, sont couvertes d'applaudissements.
€ Un membre de la R.*. L.*. Les Arts et l'Amitié, Or.'. d'Aix, également officier de l'armée, prend la parole en ces termes : c Aujourd'hui plus que jamais^ la Maçonnerie est appelée à jouer un grand rôle, rôle
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qui, du reste, lui est imposé. Aujourd'hui la nation et l'année ne font plus qu'un ; elles sont unies indiyisiblement. Pourquoi ? Parce que dans la chaumière, dans le hameau, comme dans le château, tous les français patriotes savent obéir aux lois votées par la représentation nationale librement élue. Oui, ce qui fait l'union et la force de la société française, c'est l'obéissance aux lois, quelque mauvaises qu'elles soient. Jamais un peuple n'a pu marcher sans lois, et c'est à la Franc-maçonne* rie qu'il appartient, dans une certaine mesure, de les dicter ; car la société maçonnique, qui doit régénérer le monde et montrer aux nations civilisées le chemin du progrès, sera un jour, je l'espère, la mère de tous les peuples. Permettez-moi donc, mes FF.*., de boire à la Franc-maçon* nerie universelle. Cette santé est unanimement acclamée. »
Un journal maçonnique très-avancé écrivait récemment ces Ii« gnes significatives :
« La Franc-maçonnerie cesserait d'avoir sa raison d'être dans le cas où tou^ les gouvernements d'usurpation et de privilège auraient été renversés pour faire place à une société démocratique régulière, au sein de laquelle la vérité pourrait se produire au grand jo)^r sans soulever contre elle, comme aujourd'hui, les clameurs et la ligue des intérêts aristocratiques, dans le cas où, à la faveur du libéralisme de l'opinion, la Révolution pourrait continuer de s'opérer paciGquement/ sans autres rivalités que celles d'une noble émulation dans la recherche du vrai et de la pratique du bien. Dans cette dernière hypothèse, la Franc-maçonnerie ne s'annulerait pas, elle se généraliserait, 'et l'humanité entière ne serait plus qu'un seul et même temple maç.-. (1). i
L'écrivain maçonnique reconnaît qu'on n'en est pas là encore et que la Maçonnerie doit continuer son action secrète. Mais ses paroles nous indiquent comment elle tend dès à présent à Vaffiliation universelle. Elle y prélude dans les milieux où, comme à Paris, elle est maltresse absolue du terrain, par la multiplication des cérémonies maçonniques publiques, et notamment par les affiliations en masse des enfants dans certains quartiers (2). Ces
(1) Le Journal de la Frane-maçonnerie belge da i«man 1880*
(2) On lit dans le Français du 16 novembre 1880 le récit d'une de cet afflliations: « La salle du Grand-Orient de France,si(uôe me Cadet, possédait la loge maçon*
nique la Ruehê libre, qui célébrait à deux heures sa fête solsticiale. NombreuM assistance, dit le OatUùis ; des citoyens tous plus enrubannés les uns que les aa« très ; les gammes de l'are-en-oiel, du violet au rouge inclut, copiensement leprétentées; uoe orgie d'insigues étincelants, une macédoine fantastique da marteanz et de triangles, d'éqaerres et de compas ; mais ce qui domine sortont, ce tout \m enfanta des T.-. G.*. F.*.; il y en a aux pramien rangt, A droite et à gaoche ; do
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scènes sont grotesques sans doute ; mais il ne faut pas oublier que c'est au moyen d'afGliations de ce genre que la Maçonnerie s'était emparée de la populace des faubourgs de Paris et des grandes villes en 1788 et 1789 (1), et qu'elle y trouva bientôt après des instruments pour tous ses crimes (v. Liv. II, chap. VI, SS 4, 6 et 14).
Du reste, pour rendre son action plus étendue, sans renoncer au secret, qui est le caractéristiqijs de l'ordre {Introduction^Wlïjj la Maçonnerie crée partout des sociétés publiques ou clubs sous sa dépendance. Telles sont les œuvres du Sou des écoles dont nous avons déjà parlé, VVnion démocratique de propagande anti* cléricale dont la République française^ journal officiel du dictateur Qambetta, annonçait ainsi la constitution publique,à Paris :
c Un arrêté préfectoral du 19 août 1880 vient d'autoriser les statuts de V Union démocratique de propagande anticléricale»
tt On sait que cette société, fondée sous le patronage, d'honneur de Victor Hugo, Garibaldi et Louis Blanc, a pour but de lutter contre les enyahissements du cléricalisme, et de propager les doctrines de la libre pensée.
toutes parts émergent les minois étonnas des babies, qui ne se doutent guàre qu'on Ta les initier à de terribles mystères. L'animation de celte fête était sans égale. L^ F.*. Alphonse Humbert, ex-forçat, a disserté sur l'enfant, répudié les séminaires et rCJuiversité, et préconisé l'éducation républicaine, qui fera des enfants des i petits Régulus. »
c Sur un signe du F.*. Y.*., tous les enfants sortent de la salle, accompagnés chacun d'un franc-maçon. Après un petit dialogue entre le vénérable et les deux surveillants installés près des colonnes nord et sud du temple, trois coups retentissent. Nouveau signal présidentiel, et commandement de : « Haut les glaives ! » Les maçons initiateurs, rangés sur une double haie, brandissent une vieUle épée fouiUéei et croisent le fer avec leur vis-à-vis, de façon à former un arc triomphal, sons lequel défllenl les catéchumènes escortés de leurs parrains. Arrivés au pied de l'autel, ceux-ci sont requis par le F.*. Y.*. 4c Jurer que leurs pupilles seront fidèles aux enseignements de la secte. Dès lors, les bébés sont dignes d'entrer dans la corporation.
« Le F.*. Y.*, descend d'un pas majestueux, un maillet d'une main, une épée de l'autre ; puis, successivement, plaçant l'épée sur le front de chaque enfant, il frappe ior la lame trois coups de maillet, et prononce les paroles sacramentelles : f Au nom de la Ruehe libre, je vous reconnais comme enfant d'adoption, i
« L'initiation est accomplie.G'est le moment de festoyer ; accolades interminables i avalanche de médailles et de rubans bleus, distribution de gâteaux et de bonbons.
f Le président remonte sur l'estrade et fait appel des petits maçons,en cataloguant s6q8 un nom spécial les nouveaux P.*. Nous assistons à une litanie de noms baroques, dont voici un échantillon, à notre avis suffisant : Mlle Solidarité donne la main à M. Avenir. »
(1) Y. Barruel, Mimoirei $ur le JacMnieme, t lY, p. 285 et sniv.
iGÎ LA REPUBLIQUE DE 187Ô
c Le président est M. Victor 8chœlcher, sénateur, et les vice-présidents sont MM. Paul Bert, Gagneur, de Lacretelle, députés, et A.-8. Morin, conseiller municipal de Paris.
« Les statuts seront adressés franco à toute personne qui en fera la demande, par lettre affranchie, au secrétaire général, M. Yictor Poa« pin, 48, rue Monsieur-le-Prince, Paris (1). »
Ce sont là tous les hommes agissants des loges ; ils oiiganisent tous les dimanches des conférences publiques, où les plus indignes attaques contre la religion se font entendre pour faire concurrence aux socialistes collectivistes et pour le plus grand profit politique des jacobins opportunistes.
Les préfets dans les départements rivalisent de zèle avec le P.\ Andrieux, le devancent même au besoin. A Reims, dès le 2 mai 1880, le préfet autorisait la Ligue de la libre pensée rémoise j dont le nom dit assez le but.
Le Conseil municipal de Paris, comme en 1791, est le foyer le plus agissant. Sa composition exclusivement maçonnique est singulièrement significative. Pour faciliter Taffiliation universelle, il s'est formé à côté de iui, et avec des membres pris en majorité dans son sein, un comité pour la création d'un cercle, qui servirait de lieu de réunion pour tous les maçons de Paris, de la province et de Tétranger. Les membres de ce comité sont les FF.-. Thulié, de Hérédia, Antide Martin, Darlot, Ernest Rousselle, Bétrémieux, de Serres, Petit-Frère et Paillot, Le local du cercle est situé boulevard Bonne-Nouvelle, 42 et 44 (2).
Il ne reste plus qu'à reconstituer les sections, et le projet en est déjà à l'étude : une proposition du F.*. Aristide Rey porte que les enfants des écoles municipales de Paris seront organisés en bataillons armés et équipés. Les autres enfnats seraient incorpo* rés dans les bataillons des quartiers qu'ils habitent. Ces bataillons seraient commandés soit par des officiers ou sous-officiers choisis parmi les élèves les plus capables, à leur défaut par des officiers ou sous-officiers de l'armée active. Le service de ces bataillons équivaudrait au volontariat d'un an et l'on pourrait ainsi notablement réduire le service obligatoire. La Commune de Paris serait ainsi reconstituée de toutes pië*
(1) Reproduit par le /Vanpott du 29 octobre 1880.
(2) Journal de Im ftwto-maponn^riê Mge du 4* l\ da 11« m/. 1879 (I880},
LA MAGONNERllâ AU pouvoih 463
fi), et c'est à quoi tend ouvertement le projet d'organisation iZiQAicipale que le Ck)DseiI municipal a discuté et voté en novembre 1880, malgré l'opposition des modérés (2).
Les loges sont de plus en plus le centre de l'action politique.
L'amnistie plénière accordée aux condamnés de la Commune a été célébrée par elles comme un triomphe. La Chaîne d'union de juillet 1 880, faisant remarquer la coïncidence de l'amnistie avec la célébration de l'anniversaire de la prisa de la Bastille, disait avec enthousiasme : « Les francs-maçons ont toute raison ^ de se réjouir de ces deux grands événements. Ils sont la
« CONSEQUENCE DE LEURS ENSEIO^EMENTS ET DBS RÉSULTATS « qu'ils POURSUIVENT. »
Pendant toute l'année Tannée 1880, les loges ont multiplié leurs adresses aux FF.*. Ferry, Cazot et Constans; en août 1880, ces derniers ont été les visiter pour y trouver un appui dans leur lutte contre M. de Freycinet (3) •
A Paris même les loges prennent ouvertement la direction du mouvement. Un journal très-à même d'être informé sur ce point, Vlndépendance 6^/^^,signale ainsi leur action dans son numéro du 7 octobre 1880, après avoir décrit différents autres groupes politiques parisiens :
c Pendant que les divers groupes que nous venons de passer en revue faisaient appel à la presse et multipliaient leurs réunions pour affirmer leur existence» il s'est formé, dans chacun des vingt arrondis-» sements de Paris, en évitant toute publicité, des groupes compactes, unis étroitement, et qui, par le nombre de leurs adhérents, s'annoncent comme une puissance -véritable. Cette organisation a pris pour titre : Grimpe fraternel et civique. Les groupes des arrondissements sont unis entre eux par un groupe de délégués qui compte quatre-vingts membres (quatre par arrondissement). Les citoyens investis d'un mandat électif, tel que celui de député ou de conseiller municipal, sont exclus du groupe des délégués.
c Cette organisation s'est recrutée parmi les francs-maçons, mais complètement en dehors des autorités maçonniques. De là la facilité
(t] Sttafelte du 8 aovembre 1S80.
(2) Ces rapprochements entre deux sitoations semblables donnent ua haut inté« rêt à l'étude des procédés maçonniques d'où est sortie la Commune de Paris en mi. Voyez le travail de M. Léon Pagôs, intitulé ! Danton, le règne tU la Juitiee HdaloUen i79È, in-12, Paris 1880, Taranne, éditeur.
(3) Voyez les récits des visites du P.*. Constans aux loges de Toulouse et da ,F,*. Gaiot aux loges de Nîmes» dans la Chaîne d'undon d'août et septembre 1880«
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avec laquelle le recrutement a pu se faire en dehors de toute publicité. La Franc-maçonnerie compte à Paris quinse mille membres actifs, et Von estime à cçnt mngt mille le nombre des francs^maçons qui ont quitté l'association, mais qui restent unis à leurs anciens collègues par une communauté de mte et de principes. Le rôle des francs-maçons a toujours été prépondérant dans les affaires publiques. Hommes d'État, orateurs, journalistes, presque tous ceux qui jouent un rôle dans le parti libéral ont passé par la loge ; les hommes de second rang se contentent de faire partie des comités de leurs arrondissements, où, gr&ce à leur fermeté et leurs habitudes de libre discussion, ils exercent une véritable influence.
c Le programme du groupe central a ce côté original qu'il ne con* tient aucune revendication. Il se contente de tracer aux groupes d'arrondissement un plan d'études et une méthode d'action. Ces groupes sont des sortes d'assemblées délibérantes examinant la marche des affaires publiques et la conduite des mandataires du peuple ; s'occupant de réformes à provoquer, d'œuvres utiles à créer, d'élections à préparer, et, après avoir arrêté une décision, cherchant à la faire ratifier par leurs concitoyens au moyen des réunions publiques où les orateurs des groupes soutiendront et défendront les décisions prises. — Ils tendent, en somme, à exercer, sous une apparence modeste, une sorte de direction sur l'opinion publique.
c Ces vues ambitieuses, non exemptes d'illusions, révèlent que l'élément jeune domine parmi les organisateurs du Groupe fraternel et ctrtque; en effet, le plus actif d'entre eux est un jeune homme, orateur de talent, qui a présidé avec un rare succès la loge maçonnique la plus sympathique de Paris. »