‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 113 sur 151 · MAÇONNIQUE · texte numérisé non relu

MAÇONNIQUE

Il est toute une série de mesures que le parti radical n'a cessé de proposer quand il était dans Topposition au Corps législatif et à TÂssemblée nationale, que ces écrivains propagent sans relâche, et qu'une fois au pouvoir il essaie de réaliser, malgré son

LE programme: radical et la doctrine maçonnique 464^

intérêt évident à ne pas trop détendre les ressorts du gouvernement, puisque c'est lui qui les dirige. .

Tout cet ensemble de mesures n'est autre chose que la doctrine des loges. Le document suivant, précisément parce qu'il date de plus de vingt ans et est d'origine belge, démontrera mieux encore que le programme radical n'est nullement le résultat de circonstances et de faits particuliers à la France, mais qu'il a eu au contraire sa source dans une association secrète essentiellement internationale et destructive de toute patrie.

C'était en 1855, à la fête solsticiale de la loge de Liège, et le F.'. GofGn formulait ainsi le programme de la Maçonnerie aux applaudissements unanimes de la loge (1).

t Ne serions-nous plus les fils de nos pères ? Ne serions-nous plus les descendants de ceux qui ont fait 89 ?... Le temps est venu d'opposer une barrière puissante aux envahissements du clergé, d'organiser nns opposition formidable contre les hommes et les idées du passé, de ranimer le zèle et la foi maçonniques et de provoquer l'union solidaire de tous ceux qui préconisent le progrès de.l'humanité. Laissez-moi» mes FF.*., vous signaler quelques principes essentiels sur lesquels deTra se porter votre attention lorsqu'il s'agira d'élaborer une profession de foL

Principes a réserver pour l'avenir

i Snffirage universel direct.

c Abolition des armées permanentes^ causes de ruine et d'oppression pour les peuples.

« Suppression de la magistrature inamovible, origine des injustices et des procès scandaleux.

i Abolition des traitements du clergé, désormais rétribué par les croyants de chaque culte. »

(1) Le Grand-Orient de Belgique, trou7ant la manifestation de la logo de Liège daogerense à cause de la publicité qui l'avait fait tout de suite tomber dans le monda pioISute, désavona ce discoura et suspendit la loge. Mais cette mesure ne signifie rien ponr ceux qui sont au courant des procédés de la Maçonnerie. Le grandmaître Verlisgen, qui prit cette mesure, était au moins aussi avancé que le P.*, GoCQa, et c'est lai qui disait qu'après le suecds des révolutions od glorifie la HiQonnerie d*y avoir pris part malgré ses statuts (Introductiony VI). Le F.*. Ooflio, rétabli dans tous ses droits maçonniques, exerce une influence sérieuse su le mouvement maçonnique de son pays et dirige le Journal d^ 'a Franc- «■foaaerie bsipé.

'Principes d'application niMioiATE

c Suffrage universel pour les élections provinciales et communales, comme moyen d'habituer peu à peu la nation à Tezercice de son pouvoir souverain,

c Instruction primaire, gratuite et obligatoire.

c Suppression de la banque nationale et établissement d'un vaste système de crédit foncier, commercial et agricole.

c Organisation du travail par la création de grandes associations ouvrières.

c Réduction de tous les budgets et principalement de celui de la guerre,

c Associations pour rendre les derniers devoirs aux morts sans le concourt du clergé.

« Abolition de la peine de mort en matière politique et criminelle.

c Tel doit ôtre,8elon moi, Tordre du jour de la grande réunion M*.*, qui aura lieu prochainement. Voulons~nous écraser l'infâme ou le subir ? »

Chacun des points posés par le F.'. Gof&n est un des articles du programme des radicaux .

On n'a pas oublié les discours des FF.-. Pelletan, Jules FaVre, Jules Simon au Corps législatif, de 1865 à 1870, pour réclamer la suppression des armées permanentes et leur remplacement par des gardes nationales.

Après les évèneqients de 1870, les radicaux ne peuvent plus proposer une pareille mesure, mais ils y reviennent indirectement en remaniant la loi de 1872, votée par l'Assemblée nationale, de façon à réduire considérablement le temps du service et à rendre Farmée ctvîla autant que possible. C'est la tâche à laquelle se voue plus particulièrement le F.*. Laisant. En même temps les liens de la discipline sont relâchés par une série de mesures imposées aux ministres de la guerre par la pression de la presse et des députés :

Ainsi en est-il de tous les autres points du programme maçonnique.

Au lendemain des élections du 20 février 1876, le F.*. Viette, député du Doubs, disait à la loge Sincérité^ Parfaite Union et Constante Amitié réunies^ à Besançon :

c Notre propagande est constante, elle est universelle, elle est infinie comme le progrès ; et moi« ancien déjà parmi vous, Tun des nouveaux venus parmi les représentants de la France, Je puis vous dire au nom de la nation : Vous avez préparé notre œuvre, vous y iravaiUes chaque jour, nous ferons tous nos ojfortspour Vachever (1). »

(1^ Ls Monde maçonnique, 1876, p. S*

LS PROORAltIfE KADIGAL Et LA DOCTRINE MAÇONNIQUE 46^

Les membres francs-maçons delà msûoritédela Chambre, depuis que lem's derniers triomphes aux élections du 14 octobre 1877 et du 5 janvier 1 879 les a eu affranchis de tout ménagement, se hâtent de déposer des propositions de loi réalisant les différents points du programme maçonnique. C'est à qui se signalera par quelque attaque contre la religion et les principes sur lesquels repose l'ordre de la société civile.

La sv/ppression de l'inamovibilité de la magistrature^ sous la forme hypocrite d'une suspension temporaire de six mois, est réclamée par le P.-. Boysset et poursuivie par le F.-. Cazot.

V abolition de la peine de mort est périodiquement proposée par les FF.'. Louis Blanc et Schœlcher.

L'abolition des traitements du clergé est le lot du F.'. Quichard, l'ardent ennemi des jésuites, le rapporteur du budget des cultes.

Le F.'. Boysset et dix-sept de ses collègues déposent le 30 juillet 1879 une proposition de loi tendant à V abrogation du Concordat ^ c'est-à-dire à la suppression de Vindeurmité due au clergé en compensation des biens dont les catholiques ont été spoliés en 1790. La même proposition vise aussi les confessions protestantes, car, dit le F.'. Boysset en style maçonnique, «ni la religion a catholique, ni aucune autre doctrine ne saurait aujourd'hui « constituer un service public intéressant la société tout entière. »

Le divorce, qui ne figure pas dans le programme du F.'. Ooffin, parce qu'en Belgique il a toujours fonctionné depuis la Révo« lution, vient d'être voté en principe par la Chambre des députés, sur la proposition du F.'. Naquet, et va être soutenu par M. Léon Renault, l'ancien préfet de police du 24 mai / (V. supràj S 3).

Le P.*. Saint-Martin, de Vaucluse, demande le 10 mars 1879 l'abolition, par une loi spéciale, de la jurisprudence qui, conformément auConœrdat et par une raison de sécurité pour les consciences, interdit le mariage aux prêtres qui sont volontairement entrés dans les ordres.

Le P.'. Paul Bert, professeur à la faculté desscîcuces deParîs, l'un des francs-maçons et des positivistes les plus acharnés de la Chambre, dépose une proposition pour obliger au service militaire les ecclésiastiques et les membres des congrégations religieuses voués à l'enseignement. Le P.*. Paul Bert n'est qu'un plagiaire de MM. de Bismarck et de Falk. Aussi bien est-ce aux mêmes sources qu'il s'inspire.

466 LA R1ÊPUBL1QUE Î)B 1870

Une autre série de propositions a pour objet de dépouiller les catholiques de leurs cimetières (proposition Rameau, Joumault et Joly, du 22 février 1879), d'empêcher le clergé de présider aux sépultures chrétiennes (proposition de M. Belle sur les pompes Tunëbres), de faire nommer les membres des conseils de fabrique par les conseils municipaux (proposition Labuze, du 20 mai 1879.)

Dans cette dernière proposition le grotesque se mêle àTodieux. Le citoyen Labuze propose en effet de supprimer la condition d*étre catholique pour être marguiller : .

« Nous ne voyons paSy dit-il, pourquoi on imposerait aux membres des conseils de fabrique V obligation d'être catholiques. Ils, ont à veiller à la conservation A' intérêts pwement matériels^ et pour celles de leurs obligations qui tiennent aux nécessités du culte proprement dit, ce sont des obligations qui résultent des termes mêmes de la loi, et la loi s'impose également aux fidèles de toutes les religions (1). »

. Malgré l'absurdité d'une pareille proposition, la commission d'initiative parlementaire Ta prise en considération au mois de juiUet 1879.

Ces derniers projets ne répondent même pas aux passions et aux préjugés des radicaux français. On en serait à se demander comment ils peuvent se présenter à l'esprit de l'honorable Labuze, si l'on ne savait que les loges maçonniques belges se sont fort occupées de ces questions dans ces dernières années (liv. II, chap. XII, S 2), et que la Maçonnerie marche dans tous les pays avec un ensemble parfait.

Le citoyen Duvaux demande que l'entrée des casernes soit absolument interdite aux ministres du culte.

Dans la discussion du budget pour 1881, M. Bernard Lavergne demande un crédit de 20,000 francs « pour secours à des prêtres interdits à raison de leurs opinions gallicanes » !

Le F.'. Brisson, dans la même discussion, voulant préluder à l'expulsion des ordres religieux, présente une disposition législative pour soumettre à la patente industrielle tous les établissements et maisons des congrégations religieuses autorisées ou non.

Ce ne sont pas là de simples manifestations. Maltressede toutes les positions légales, la Maçonnerie entend faire son œuvre par une série de dispositions législatives comme sous la Conventioiu

(I) Jawrnal officia du 14 Juin 1879, p 5I23«

Lfi PROORAMMfi RADIÛAX M Ul DOATRtNlB MAÇONKlQUB 46t

C'est ainsi que se sont succédé des propositions ayant pour objet Tabrogation de la loi du 18 novembre 1814 sur le repos du dimanche, de la loi du 20 mai 1874, sur Taumônerie militaire, de la loi du 21 mai 1873, sur le droit des ministres des cultes de faire partie des commissions administratives des hospices et des bureaux de bienfaisance. La Chambre, qui depuis deux ans ne peut aboutir à régler le régime économique du pays, a trouvé le temps de voter la plupart de ces propositions, et le Sénat en a déjà adopté plusieurs.

Au moment même où nous revoyons ces pages, un nouvel at« tentât se prépare contre la liberté civile et l'égalité devant la loi non moins que contro la liberté de conscience. Le gouvernement et la majorité maçonnique de la Chambre, voulant se dédommager de l'échec devant le Bénat de l'artide 7 de la loi du R.*. Ferry qui interdisait l'enseignement à une nombreuse catégorie de citoyejis sous prétexte des vœux qu'ils auraient pu faire dans leur for intérieur, viennent de se concerter pour édicter des mesures de proscription contre les jésuites et tous les ordres religieux. Jamais on n'a vu un plus solennel démenti donné à la devise lïberié^ égalité^ fratemiU inscrite sur nos murailles par ces co* pistes des parlements jansénistes et des francs-maçons prussiens !

Enfin, pour couronner cette œuvre d'insulte aux croyances de l'immense majorité des firançais, et comme pour bien attester la domination maçonnique, la commission des lois sur la presse, présidée par M. Emile de Girardin, propose la suppression absolue du délit d'outrage à la religion età Ul morale pubuqub (1), en même temps qu'elle édicté une série de pénalités et de qualifications nouvelles contre toute discussion du principe républicain !

Cette fureur de démolition de toutes les institutions rappelle la plaisanterie sinistre par laquelle Rochefort préludait à la Commune:

« Pbojet de DECRET : Art. 1*'. Tout est aboli. Art. 2. Pert sonne n'est chargé de l'exécution du présent décret. »

Un symptôme qui n'échappe pas aux esprits politiques, c'est que la plupart de ces projets de loi radicaux et de ces mesures révolutionnaires sont d'abord proposés au conseil municipal de

(t) Sor r«QMmb]« de cei prpfed v. rezceUante brochare inlitolée : La guerre à Is rdifiont eqooitf deê prafeU de loi antUréUgiêtuB mmmit caa Chambra françaisei, pur C. GiouMOfta. profettearà rUniTtnilé eatboUqoe de UUo (Palmé, 1879;.

468 tA R^PUBLIQUfi DE 1870

Paris. Là runanimité à peu près appartient à la Franc-maçonnerie et à sa fraction la plus avancée. Le conseil municipal de Paris a déjà expulsé les frères et les sœurs détentes les écoles ; il a pratiquement, et malgré la loi existante, supprimé l'enseignement religieux dans les écoles publiques ; il a presque complètement chassé les aumôniers et les sœurs des hôpitaux ; il met la main dans l'administration des fabriques et se prépare à revendiquer les églises comme des édifices communaux.

Environ six mois après, on l'a remarqué, les Chambres suivent l'impulsion et l'exemple qui leur sont donnés par le conseil municipal. Il exerce ainsi sur elle, dans l'ombre et sans se compromettre par des manifestations de la rue, l'influence prépondérante que la commune de Paris faisait peser sur la Convention.

Or cett^ cBuvre de la Maçonnerie et du radicalisme se résume toute en cette formule de Gambetta : Le cléricalisme c'est l'ennemi. Comme Écrasez Vinfdme, de Voltaire, elle est devenue le mot d'ordre de toutes les loges. Voici, entre mille manifestations du même genre, l'oraison funèbre que le F.*. Auguste Hazand, rédacteur en chef du Pro^ré^, de Roubaix, a faite au nom de la loge L'Étoile du Nord^ sur la tombe d'un frère :

« Il sentait que la Fraoc-maçonnerie avait, quoi qu'on en dise» sa raison d'ôtre. Il savait que la vérité n'a pas prononcé son dernier mot sur un sol encore envahi par les ténèbres d'une aveugle crédulité ; sur un sol où l'élément clérical, débordant, s'est tracé et se trace encore, audacieusement, sans respect pour les lois du pays, une si large place au soleil.

c Waghemacher était de ceux qui pensent, avec quelques esprits sensés, quUl ne faut pas s'endormir sur les positions acquises et qu'il est bon de ne pas indéfiniment piétiner sur place. Il croyait, avec nous, qu'il faut, sentinelles vigilantes, veiller sans cesse, veiller toujours et encore, qu'il faut se tenir sur ses gardes rœil au guet, et ne pas désarmer en face d'un ennemi redoutable qui, lui, ne désarme jamais. Il était de ces ouvriers solides qui pensent que la besogne n'est pas terminée tant qu'il reste encore quelque chose à faire. Gomme nous, il croyait que rien ne sera fini tant que nous n'aurons pas extirpé les dernières et tenaces racines de cette plante vénéneuse qui s'insinue et pénètre au cœur des nations pour les étouffer dans une mortelle étreinte

c Avec une poignée d'hommes d'avant-garde résolus et déterminés, Waghemacher jura d'apporter, dans la limite de ses forces, sa part de résistance au torrent dévastateur, qui finirait, si nous n'y avisions, par tout envahir, par tout absorber (1). »

(t) BtprodoU par le Mande maçonnijuê de décembre 1879,

LA LIGUE DE l'enseignement 469

Cependant, pour entratner les masses ouvrières au scrutin, il a fallu faire des promesses, et des réunions publiques viennent de temps à autre rappeler impérieusement les d(3putés à Taccomplis* sèment de leurs engagements.

De là une série de propositions des députés radicaux tendant à préparer l'organisation du travail^ conformément aux utopies maçonniques. C'est le rachat des chemins de fer par l'Etat, l'assurance de tous les risques par l'État, le droit pour tous à une pension de retraite alimentée au moyen de nouveaux impôts sur rindustrie, la fixation légale de la durée de la journée de travail, Forganisation des syndicats ouvriers, etc.

Mais les propositions de ce genre sont beaucoup moins rapide-* ment votées que les autres. Leurs auteurs n'en pressent pas la discussion. Au besoin, ceux des députés qui sont arrivés au pouvoir, qui en goûtent les charmes et en compreunent les nécessités, opposent à leurs amis une résistance basée non pas sur une divergence dans les principes, mais sur une simple préoccupation d'opportunité. De là l'origine de la politique opportuniste.

Mais il est une question sur laquelle tous ont cru pouvoir impunément réaliser le programme des loges. C'est la destruction de renseignement chrétien et l'établissement de l'enseignement gratuit, obligatoire et laïque. C'est là que se refait Yunion des gauches^ qui est essentiellement une union maçonnique.

VIL — La ligue de l'enseignement

Nous l'avons déjà dit (lîv. II, chap. IV et chap. VII, S 5), et nous le verrons encore (liv. II, chap. XIII, S 1), partout où elle peut s'emparer de la puissance publique, la Franc- maçonnerie cherche à. abolir l'enseignement chrétien, de façon à former de nouvelles générations chez lesquelles ses doctrines destructrices ne rencontrent plus d'obstacles.

Dès le lendemain des élections du 14 octobre 1877, les préfets et les conseillers municipaux qui appartiennent à la' secte ont, comme obéissant à un mot d'ordre, repris l'œuvre qu'ils avaient entreprise après le 4 septembre (v. S 1) et ont partout remplacé les instituteurs congréganistes par des instituteurs laïques.

470 LA RÉPUBLIQUS DE 1870

Id il &at remarquer l'habileté avec laquelle la Révolution sait, par d'habiles équivoques, porter le trouble dans les intelligences. En levant le drapeau de renseignement laïque, elle entend établir Técole sans Dieu, et elle laisse les simples croire qu'elle veut seulement donner la préférence à des maîtres séculiers sur des maîtres congréganistes. Tout en favorisant les congrégations religieuses, qui par un dévouement surnaturel se consacrent gratuiteorent à l'éducation des pauvres, l'Église n'a aucun parti pris sur la question du choix des maîtres. Des maîtres d'écoles laïques peuvent être parfaitement dignes de remplir leur mission, et c'est à eux qu'avant la révolution les évèques, de concert avec les pères de famille, qui avaient la direction effective dans chaque paroisse de l'instruction primaire, confiaient les écoles si nom* breuses dès cette époque. Mais, laïque ou congréganiste, le maître doit toujours donner la première place à la religion dans l'œuvre de l'éducation. Or, avec la législation actuelle, qui depuis Napoléon l^ enlève au curé toute autorité positive sur les écoles, on a été peu à peu amené à développer les congrégations de maîtres qui font une profession spéciale de fidélité à l'Église, à les préférer pratiquement aux maîtres laïques qui sont livrés sans contrepoids à la direction de la bureaucratie académique. Aussi bien voit^n partout les radicaux persécuter les instituteurs laïques chrétiens à l'égal des congréganistes.

L'origine de cette persécution remonte aux dernières années du second empire. On l'a fait remarquer judicieusement peu de temps après la bataille de Castelfidardo, c'est-à-dire après le déchaînement de la révolution par Napoléon III, un mouvemeat pour arracher l'école à l'influence de l'Église, pour rendre l'ensei* gnement de la jeunesse indépendant de la religion, s'est propagé dans le monde entier, depuis la Belgique et la Franco jusqu'à l'Angleterre et aux États-Unis (1).

Ce mouvement, qui aboutit actuellement aux projets de loi des f^F.'. Ferry et Paul Bert, a eu pour précurseur en France la Ligue de Venseignement^ qui est sortie, peut-on dire, de l'alliaiice de l'Université d'État et de la Franc-maçonnerie, et a été fondée le 15 octobre 1866 par le F.*. Jules Macé, avec l'actif concours de M. Charies Robert, directeur général au ministère de l'instruction publique sous M. Duruy.

(I) V. !• Uao iUn de U. de Mouaaac : La L^ti# dt CtmeigntmeiU^ kiêtoire, 4o> triM$t siifrfi, rétuUaU Hfrçj^U^ Parie, 1880, p. 216.

LA LIGUE DE l'eNSEIGNEMENT 471

L'Université compte assurément dans son sein un grand nombre d'hommes de bien sincèrement religieux ; mais leur action est paralysée par les principes de subordination de toutes les religions à rÉtat et d'indiiTérentisme, qui sont la base de sa constitution.

M. Jules Simon le disait avec une grande franchise en 1848 :

c Le déshonneur pour TUniversité ne consisterait pas à enseigner le Christianisme^ mais à se contredire et à se déjuger : l'Université est rationaUste, je le déclare, et je déclare môme, pour mon compte, que je le serai jusqu'à mon dernier soupir (1). »

La ligue de V enseignement a eu pour objet de réaliser la tendance qui existait à l'état latent dans les conseils de l'empire depuis le mémoire confidentiel de M. Rouland de 1861 (2), en rendant l'enseignement laïque, gratuit et obligatoire, c'est-à-dire en supprimant dans les écoles publiques tout enseignement religieux et en détruisant les embryons d'enseignement libre que les lois de 1833 et de 1850 avaient permis de naître à côté du corps puissant de l'Université de l'État, appuyé sur un budget de 58 millions. Sous l'impulsion donnée par le gouvernement impérial, les fonctionnaires de tout ordre s'empressèrent de propager la ligue. Procureurs impériaux, préfets, fonctionnaires et professeurs de l'Université, témoignaient de leur zèle en se faisant les agents de recrutement de cette nouvelle institution, qui, en se posant comme une œuvre d'initiative privée, bénéficiait cependant de toutes les faveurs gouvernementales (3). En Algérie surtout un véritable mot d'ordre semble être parti des hautes régions gouvernementales. Dès la fin de 1868, la ligue y est partout établie par les autorités locales, comblée de subventions. On eût dit que le gouvernement de l'empire voulait, par ses faveurs pour une institution dont les évèques commençaient déjà à dénoncer l'esprit anti-chrétien (4), rendre plus sensible la persécution qui venait d'être dirigée contre le vénérable archevêque d'Alger, dans les circonstances lt)s plus odieuses (5).

(t) Liberté depenMtr, Passage cité par la Gazette de France 14 janvier 1873.

(2) V. un extrait de ce mémoire aux DœumetUê annexée F*

(S) V. la Ligue de l'enseignement^ par M. de Moossac, p. 41 et aniv., p. 185, p. 91,

(4) V. le mandement de Mgr OupoM des Loges, ôvôque de Metz, pour le carême de 1868, et récrit de Mgr Dupanloup, leê Alarmée de Vépiecopat jutlifiéêpar les faite (1888).

[h) Mgr Lavigerie avait recaeiUi les malheureux enfants abandonnés par leurs Virants à la suite d'une famine, qui venait de faire périr qualre*v;cgt-dix mille

472 LÀ népuBLiQUE de 1870

Un appui non moins efficace fut donné à la ligue naissante par les loges. Son fondateur était en eiTetce F.*. JeanMacé, fonctionnaire de l'Université, qui en 1869 présidait le congrès de Metz, où Ton commença à demander la suppression du nom de Dieu dans les statuts de la Maçonnerie (liv. I, chap. II, S 13).

Dans un des premiers Bulletins de la ligue j le F.*. Macé faisait appel aux adeptes :

« Loin de renier le concours des loges, je rayais inToqué, réclamé mô* me par la raison toute naturelle que l'œuvre de la ligue est bien réellement la mise en pratique des principes proclamés dans les loges, l'exécution de rengagement que l'on prend en y entrant, de travailler à éclairer les hommes pour les rendre meilleurs. C'est là tout le mystère, qui n'en est plus un depuis longtemps ; c'est pour cela, je puis bien ie dire, que je me suis fait franc^maçon. Je suis heureux de pouvoir constater aujourd'hui par des chiffres, encore cette fois, que les loges m'ont donné raison. La liste de celles qui, depuis l'annonce de ce bulletin, on t envoyé leur adhésion et leur souscription à TœuYre.de tout le monde, est assez longue déjà pour qu'il soit bien avisé que la Frano-maçonnerie est favorable à la ligue. »

Le grand maître du Grand-Orient, le général Mellinet, reccpimandait immédiatement la ligue aux loges dans une circulaire ofK* cielle.

Le Monde maçonnique d'avril 1867 disait :

c Nous sommes heureux de constater que la ligue de l'enseignement du F.'. Jean Macé et la statue du F.*. Voltaire rencontrent dans tontes nos loges les plus vives sympathies. On ne pouvait unir deux souscrip* tiens plus en harmonie : Voltaire, c'est-à-dire la destruction des pré*

âmes. Le gouTemeur général émettait la prétention d'obliger raichttréqoe 4 rendre, après la prochaine moisson, ces enfants non pas A leurs parents, — en os cas-là aucune contestation ne s'élevait, -— mais à leurs tribus! Le gouverneur géné»^ rai était alors le maréclial de Mac-Malion ; il fut complètement mené dans cette triste campagne par son chef d'état- msjor, M. Oresley. Cet officier sapérieor aveU fait toute sa carrière dans lee bureaux arabes, et c'est lui qui fut l'un des inspirateurs de la fameuse lettre impériale de 1863, par laquelle Napoléon III lançait Tutopie du royaume arabe. Par une étrange fatalité, nous le trouvons, après le 24 mai 1873, chef du personnel au ministère de la guerre tous le général da llarrail, puis, après le 16 mai 1877, chef d'état-major du général Bertaut. C'est lui qui en novembre 1877 a été porté au ministère de la guerre par la minorité gam^tiate et qui a livré aux gauches les ordres secrets donnés par son prédécesseur aux généraux commandants les corps d'armée. S'il faut en croire l'aUlrmalion de la Lanivrne{y. suprà, { 5)f M. Oresley eet franc-maçon.

LA U6UB DE L'ENSSieNBMXNT 473

jogés et des superstitions ; la ligne de l'enseignement, c'est-à-dire une société nouvelle, uniquement basée snr la science et l'instruction. Tous IfisFF.*. le comprennent ainsi. »

Et il ajoatait dans son n^ de mai 1867 :

c Les moyens de propagande dont les ateliers disposent, gr&ce à leur organisation spéciale, seront d'un puissant secours; et d'autre part, les^principes de notre association, les mêmes que ceux qui viennent d'être exprimés, font un devoir aux francs-maçons de s'inscrire parmi les adhérents à la ligue de l'enseignement.

« Les maçons doivent adhérer en masse à la ligue bienfaisante de l'enseignement, et les loges doivent étudier, dans la paix de leurs temples, les meilleurs moyens de la rendre efficace ; leur influence sera des plus utiles. Les principes que notis professons sont en parfait accord avec ceux qui ont inspiré le projet du frère Macé. »

Dés 1870, rassemblée, générale du Grand-Orient émettait un vœu unanime en faveur de renseignement gratuit, obligatoire et laïque (1).

ffNoQs sommes tous d'accord, disait le grand maître Babaud-Laribière» aujourd'hui préfet, dans sa circulaire du 4 juillet 1870, sur le principe de Vimtruction gratuite, obligatoire et laïque ^ si chaleureusement acclamé par la dernière assemblée. »

En 1872, le couvent annuel des loges a renouvelé cette résolution par un votepresque unanime (2), et le F. *. Macé, dans une réunion des loges tenue à Strasbourg, payait sa dette de reconnaissance en portant le toast suivant :

c A l'entrée de tous les maçons dans la ligue t i C'est leur œuvre qui se fait là.

c A l'entrée dans la Maçonnerie de tous les ligueurs 1 » c Là sont leurs soutiens naturels ; là est une force qui décuplera leur action.

(t) 9¥Xiain de la ligue d^ênseignement, juUlel 1870, p. 127. Bulletin du Orand^ OrieMX, 1866, d** 9 et 10, partie officielle. Le Monde maçonnique, 1868, p. 202. Sor la Ugui de tenteignement, ▼. le mémoire citô plus haut de la SoeUlé générale diibuation et d^enteignement ; dans l'ouvrage de M. de Moussac, le chapitre intitulé l^ Ligue ut une des formée de, la Franc^maçonnerie. Il y fait justice des misérables équivoques par leequelles le F. '. Macé a essayé à iiDe certaûM époque de revoair nt iQs premières afflrmalioiu.

1^) V. le Monde maçonnique^ mars-avrU 1872, p. 582.

474 LA RiPUBLIQUB DB 1870

c Aa triomphe do la lumière, mot d'ordre commun de la ligae et de la Frane-maçomierie (1). >

Arrêtée un moment pendant les événements de 1870-1871, la ligue a repris son œuvre et a joui sous le gouvernement de M. Thiers de faveurs officielles semblables à celles qu'elle avait eues sous l'empire (2). Le nombre des cercles s'est multiplié jusqu'au chiffre de 400 obtenu à la fin de 1877 et dépassé de beaucoup depuis lors.

Les loges maçonniques n'ont pas cessé de soutenir l'œuvre de la ligue avec d'autant plus d'énergie que la ligue jetait plus ouvertement le masque et affirmait son but anti-chrétien et radical. M. de Moussac a relevé cent onze loges adhérant eœpressément et en corps à la ligue.

Après le triomphe des radicaux aux élections du 14 octobre 1877, le F.*. JeanMacéa annoncé hautement la volonté d'eadôvelc^per toutes les conséquences.

« Quand donc entrerons-nous, en possession des libertés répubUeaines? dit-il dans son compte rendu pour 1877. Il nous faut le droit de réunion et d'association... Ge droit républicain, je me sens fort pour le réclamer au nom des hommes de la ligue. Ils ont assez servi la république alors qu'elle était encore derrière le rideau, pour se croire fondés à en revendiquer aujourd'hui les conséquences nécessaires. »

Et l'année suivante, après les élections sénatoriales du 5 janvier 1879, il ajoutait :

« n me semble impossible^ tant que durera le mois de janvier, que des républicains se réunissent sans qu'il soit question entre eux de ce dernier triomphe de la république..., dont l'éclat a été si imprévu pour tous, même pour ses «mis les plus enthousiastes et les plus confiants. » COempt^rendupour 1878.)

De son côté le Grand-Orient appuie parallèlement l'oBuvre de la figue.

Le 24 septembre 1878, dans le banquet donné par le Grand* Orient à l'occasion de l'exposition universelle, le F.*. Bourland, G.'. M.'* adjoint du G.'. 0.'. de Belgique, s'exprime ainsi :

« L'obstacle du développement intellectuel de la France, ce qui la tue, ce qui nous tue» ce qui tue le monde entier, c'est l'ignorance, c'est le

(1) Le Monde maçonnique, octobre 1S72, p. 305. ;?) De UousBte, La Liguê de VensiS§namitUj p. i64«

Lk UQVE OS L'SNtSIQNEKINT 475

Cuiatisme, c'est cette pensée que le monde doit appartenir et appartiens dra en effet à celui qui aura le plus osé pour amoindrir les facultés in* tellectuelles de Thomme, à celui qui sera parvenu à Tabrutir.

c Levons-nous donc tous ensemble contre cette prétention; que Home, que l'ultramontanisme, que l'ignorance, que tout ce qui en dérive suc* ooiube^ périsse à jamais par le développement de l'éducation qui conduit à la morale, et par le développement de l'instruction qui conduit au développement complet de l'intelligence. »

Ces paroles» dit le Monde maçonnique^ sont accueillies par des applaudissements unanimes (1).

La Ugvs de l'enseignement a joué ainsi le rôle de précurseur de la campagne décisive que la Frano-maconnerie allait engager. Elle a peu à peu préparé les esprits, elle a reconnu le terrain ; et en même temps par sa forme ouverte elle a recruté à la Maçonnerie de nombreux adeptes que les épreuves symboliques et le lien étroit de Taffiliation arrêtent souvent au seuil du Temple.

Le F.*. Macé le disait fort bien dans son compte-rendu sur les tramux de la ligue pour 1875 :

c Par la nature même du rôle qull s'était donné , le cercle parisien est maintenant ce centre de renseignements et d'impulsion, ce point d'appui universel, par lequel tous les cercles épars pouvaient se sentir reliés les uns aux autres et constituer un tout vivant d'une vie commune. Il sera certainement avant peu le point de ralliement autour duquel pourront venir se grouper les délégués des cercles et des sociétés d'instruction, quand il sera enfin question de donner à la grande pha^ lange des hommes qui travaillent de leur chef au développement de l'instruction populaire, l'organisation régulière et palpable qu'ils attendent depuis longtemps. »

Enfin» au-dessous d'elle et sous une forme tout à fait populaire, elle a créé des œuvres qui, comme le Sou des écoles laïques^ sont à la fois un moyen de propagande et un cadre électoral dans nos grandes villes (2) (Cf. Introduction V).

(1) Mcmi» mofOiMiiqM de novembre 187S, p. 346.

p} De Moossao, la Hguê ai l'emeigHemênt, p. 203.

fUnm flgnaloiia ici le eongrèê lU temeigi^msat teou 4 Bruzellei en septembre tSSO, sont la direction de la Ligur, Nous en avons reproduit les paasa^ les plus laillanli pim loio, chapitre IJdï, ) 5.

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