II. — Diffusion de la Maçonnerie dans l'Europe
continentale.
C'est an franc-maçon autorisé entre tous, M. Bazot, secrétaire du Grand-Oriepl, qui va nous livrer le secret de l'histoirr du XVHr siècle.
« Déjà {uur lear ptpolé dans les diverses classes de la société et partî^lièrfment dans U classe intermédiaire, celle entre la noblesse et lo peuple^ l9« !rtQ£s-maçons avaient préparé les esprits à une grande révolution morale, Lorsque lest ouvroges des philosophes Helvétius, Voltaire, J.-J. Rpus^aau, Diderot, d'Âlambert, Gondorcet, Cabanis, etc., appor* tèrent leur puissante et vive lumière, comme le soleil vient se confondre avec le jour pour en augmenter l'éclat. Il n'y eut pas, il ne pouvait y avoir lutte entre les francs-maçons et les hommes illustres de la phi* losophie ; le but des uns et des autres était le môme (1). 9
Les doctiioes et Jes moyens pour y parvenir étaient les mêmes des deux colés. Seulement la Maçonnerie, enchaînée dans les ténèbres d^uiie profonde nuit par les divers intérêts de ses nombreux affiliés et pv les besoins mêmes de sa propagande, ne montait que 90urden)ent l'échelle de ses mystères et ne sortait guère encore de sen voies souterraines ; tandis que la Philosophie^
{i) Wtikkm kUhriq^i, fhUeuiphiqw et moral de la Franc mafi(ninenii p. 9, 10,
Les premières loges en Frange 3
comme le cratère du volcan, vomissait plus ouvertement la lave.
Pour bien comprendre la cause générale des destructions que nous avons déjà démontrées et que nous devons démoiitrer oncore, il nous faut ici entrer dans quelques détails.
C'est d'Angleterre que Maçonnerie et Philosophie étaient sorties Tune et Tautre et qu'ensemble, pour ainsi dire, elles avaient envahi les deux continents, selon tous les auteurs francs-maçons, avec leur haine commune pour toutes les institutions catholiques.
« n est certain, dit Robison, qu'avant 1743 il existait une associa* tion ayant pour but uniqtie de détruire jusque dans leurs fondements les établissements religieux, et de renverser tous les gouvernements exis« tant en Europe, que le système de cette association était devenu universel^ et que les loges de francs-maçons lui servaient d'éçple (1).
Les premières loges qui furent établies en France et en Belgique le furent toutes par des anglais et dans des villes où les relations avec eux étaient fréquentes. Telles furent celles de Dunkerque et de Mons en 1 721 , de Paris en 1 725, de Bordeaux en 1732, de Valenciennes en 1733, du Havre en 1739. Quand les loges furent assez nombreuses pour avoir un centre régulier d'administration, la première loge centrale prit le nom de grande loge cmglaise de France, et ce ne fut qu'en 1743, quoique la demande en eût été faite en 1735 par une députation des loges de Paris, que le diplôme d'autorisation en fut déUvrè par la grande loge d'Angleterre. Les deux premiers grands maîtres furent deux Anglais, lord Dervent-Waters et lord d'Harnouester, Ils eurent pour successeurs le duc d'Antin en 1738, et en 1743, le comte de Clermont, prince du sang, dont les concurrents furent le prince de Conti et le maréchal de Saxe.
A côté de la Maçonnerie de l'ancien rite, émanée de la grande loge de Londres, nous voyons apparaître à cette époque un nouvel ordre du Temple étroitement apparenté à la Maçonnerie et destiné à s'unir à elle. Clavel raconte que le régent Philippe d'Orléans^ fut l'auteur de cette reconstitution et qu'il fit des démarches auprès de l'ordre du Christ de Portugal pour avoir les anciennes constitutions du Temple. Quoi qu'il en soit, l'ordre eut pour grand maître successivement le duc du Maine, le comte de Clermont, le prince de Conti, puis le duc de Cossé-Brissac qui, au moment do
(1) Hobison, Preuvei du eontp&atioru, p. 63| 64.
LA PROPAGATION DE LA FrANG-HAÇONNERIB
^tf^'*' *•
la révolution, en avait le titre (1). Tous les historiens sont unanimes pour signaler Fétroite liaison des loges avec Tordre duTempie et le rôle prépondérant de ce dernier.
c Depuis l'introduction du régime templier en France et en Allema gne, dit Elizé de Montazac, presque tous les rites maçonniques firen rapporter leurs allégories à J. Molay. »
« Ce fut alors, dit Lccoulteux de Ganteleu» que la Franc-maçonnerie, remise en honneur par ses grands maîtres anglais et ses derniers suc* cesseurs, reçut dam son sein tous les adversaires de Vautorité royale, tous Us compagnons impies du régent, tous les philosophes naissants, tous ces ad» mirateurs alors nombreux du système anglais, qui commençaient déjà à disserter sur les droits de la souveraineté des peuples, sur les trois pouvoirs, et qui n'obéissaient plus à rien sans discuter sur tous les faits du gouverne* ment. »
Un écrivain appartenant à la Franc-maçonnerie, d'Asveld, est plus explicite :
c V ordre maçonnique du Temple se divise en trois classes, les hauts initiés formant l'église johannite, les chevaliers ou lévites qui forment l'ordre de la chevalerie ou de la milice, enfin la fraction politique, connue en Chine où elle a de nombreux af&dés, sous le nom de société des trois unis ou de la Trinité, qui a des ramifications dans toutes les parties du monde sous différentes dénominations.
c Les maçons du Temple sont la contre-partie des jésuites. Ceux-ci ne travaillent à dominer les nations et les rois que pour l'abrutissement de l'espèce humaine, dont ils préparent le joug pour l'attacher ensuite au char pontifical et la faire servir de marche-pied à leur tyrannie (!!!). Les templiers au contraire, persuadés que la véritable gloire consiste dans l'affranchissement des peuples, que les hommes ont toujours plus de moralité et par conséquent plus de bonheur quand ils sont plus éclairés, les templiers n'aspirent qu'à rendre à rintelligence toute son indépendance, en soumettant au droit du libre examen ce qu'il nous importe de pratiquer et de connaître. Aussi, loin de contester à la raison l'exercice de ses attributs, ils l'aident dans son essor et Texcilent par tous les moyens possibles à franchir les barrières séculaires que le fanatisme et la superstition essaient en vain d'imposer à la pensée.
« Relativement à la fraction politique du Temple, connue sous le nom de société des trois unis ou frères de la Trinité, pour y ôtre admis, il faut
(I) Ceet ici le cas de rappeler que dans l'ordre da Temple, comme daea les divers htM maçonniques, lee grands maîtres sont la plupart du (emps complètement étrangers aux secrets de l'ordre. GhoisiB à cause de leur position sociale, ils servent simplement de paravent aux habiles qui manœuvrent derrière eux.