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LES PREMIÈRES LOGES EN FRANCE

avoir été élevé aux honneurs de la chevalerie. Ce n'est pas pour se livrer à des spéculations philosophiques ou religieuses, comme les deux pre« mières fractions, que se sont formés et que se réunissent les frères des trois unis, mais hien dans un dessein exclusivement politique. Avant la révolution de 1789, ils n'avaient d'autre but avoué que l'anéantisse* ment du Catholicisme, tel que l'ont défiguré les pontifes romains, qu'ils considèrent comme les plus utiles auxiliaires du despotisme (1). »

Nous verrons (liv. II, ebap. VIII, § 5) le même écrivain nous révéler le rôle joué par l'ordre du Temple sous la Restauration ; mais n'anticipons pas et relevons ici d'étranges propagateurs de la Franc-Maçonnerie.

Frédéric de Prusse s'occupa activement, pendant son règne, de l'organisation de la Maçonnerie. Pour mettre en rapports plus directs l'ordre maçonnique de St-Jean, qui ne comptait que quatre grades, avec les systèmes templiers, qui reparaissaient alors, il organisa la Maçonnerie écossaise avec vingt-cinq degrés, se superposant à la Maçonnerie de St-Jean. Le rite créé par lui s'appela le rite des princes du royalsecrety du nom de son dernier grade : avec divers remaniements datant de la fin du XVIII« siècle, c'est le rite écossais ancien accepté, que gouverne de nos jours le suprèmiT conseil en France et qui est pratiqué dans la plupart des Grands-Orients (2).

Parmi les propagateurs les plus zélés de la Franc-maçonnèrie, à cette époque, se trouve le chevalier de Rarasay. C'est lui qui est l'auteur dujjte écossais^ qu'il ne put faire accepter par la logemère de Londres, mais qu'il réussit à propager rapidement en France, sous le nom de maçons de la stricte observance, grâce aux grades nombreux qu'il offraitàla frivo^lîtô des adeptes. Il le présentait comme une continuation de l'ordre du Temple, soit que réellement il en eût trouvé quelques traditions dans sa patrie, soit que ce fût un pur subterfuge pour ses desseins politiques.

Ramsay agissait, en effet, dans l'intérêt de l'héritier légitime des Sluarts et il espérait se servir de cette organisation pour le faire remonter sur le trône d'Angleterre. Ce n'est pas la seule fois que des partis honnêtes ont essayé de se servir des associations occultes pour réaliser un dessein légitime. Toujours cette arme s'est retournée contre eux, et le génie du mal, caché dans la Maçonne-

(1) Cita par Amaod Neut^ La, Frane^maçonnerie ioumitê au grand jour, t. Iip. 51 8C suiv.

(2) V. Le Monde maponm'^tM, 1878, série d'arUcles sur V histoire des riUe.

C LA PROPAGATION DE LA FrANC-MACONNERIB - V

rie, a pris le dessus. Ce fut là l'issue de cette tentative. Le malheureux Charles-Edouard, livré à des illuminés et à des kabalistes, parfois môme à de vulgaires chevaliers d'industrie, passa les dernières années de sa vie à constituer des systèmes maçonniques nouveaux, à délivrer des chartes à des mères-loges, dont les vénérables étaient perpétuels, propriétaires en quelque sorte de ces ateliers, et comme les colonels de leurs régiments, et percevaient les droits de collation aux grades .

C'est ainsi qu'en 1747 on le voit ériger en faveur des maçons de l'Artois, comme témoignage de sa reconnaissance, un chapitre primordial de Rose-Croix Heredom de Kernlving, sous le titre distinctif d^Écosse jacobite, dont il confia le gouvernement aux chevaliers Lagneau et de Robespierre, tous deux avocats, à Hazard et ses deux fils, tous trois médecins, à J.-B. Lucet, son tapissier, et Cellier, son horloger, avec « le pouvoir non-seulement de faire des chevaliers, mais même de créer un chapitre dans toutes les villes où ils croiraient devoir le faire (1). »

C'est ainsi que les rites maçonniques de toute sorte se propageaient, avec une étrange confusion de buts, de personnes et de moyens. De tels patronages expliquent comment tant d'hommes honorables s'y trouvèrent engagés, mais l'influence des stuartistes dans les loges qu'ils avaient fondées fut éphémère, et nous dirons plus tard comment, à la veille de la Révolution, les chefs du mouvement s'y prirent pour éliminer les éléments honnêtes qui s'y trouvaient. Le nom de Robespierre, père du fameux conventionnel, indique assez quels éléments dangereux s'y glissaient aussi .dès lors (2).

(c Ce furent aussi des anglais qui établirent les premières loges d'Allemagne, d'après Clavel, à Cologne en 1716, selon Robison, à Hambourg, en 1734. En 1740, la grande loge anglaise fonda elle-même la loge Absalon qai réunit toutes les autres.

« Dès 17(7, continue Thistorien autorisé de la Franc-maçon neric,

la grande loge d'Angleterre avait nommé le prince Henri-GuiUaume,

(1) L'original de cdtle charte se trouve dans les archives de la loge do la Cont^ tance, à Ârras. V. Élizé do Monlazac, Histoire des clievalien templiers et de leurt préLendtu succeeseurt, p. 145, 148.

(2) Robespierre était arriôre cousin de Damions le régicide. Louvet, l'auteur de Fauhlas, disait de lui : c II est toujours tiré à quatre ôplnglos et son cousin Damions a été tiré à quatre chevaux. Gela tient de ramillo et d'une famille qui a toujours e^ des opinions avancées. • {U dernier des Napoléon, p. 174.)

LES PREMIÈRES LOGES EN ESPAONE, EN ItàLIE 7

maréchal héréditaire de Thuringe, à la dignité de grand maître proYin* cial pour la haute Saxe,;^l&s premières loges qui s'établirent sous ses

auspices avaient leur siège à Âltenbourg et à Nuremberg. L'anaôo oui*

•«tt&fee, la Maçonnerie allemande fit une acquisition de la plus haute ^

importance : tocore prince royal, Frédéric le Grand fut reçu à Bruns*

vfïck, dans la nuit du 14 au 15 août 17^8, à Tinsu de son père, le roi

régnant, qui s'était toujours opposé à rétablissement de la société dans

ses États, et avait déclaré quUl traiterait avec la dernière rigueur toute

tentative qui serait faite dans ce but ; aussi garda-t-on le secret le plus

absolu sur l'initiation du jeune pnnce. Devenu roi, la propagande ma*

çonnique templière ne connut plus d'obstacles. Telle fut l'organisation

primitive de la Maçonnerie en Allemagne. » * . ^ '. ' ^ ^

Si la Franc-maçonnerie, sous sa forme de société philanthropique et dans le rite ordinaire, fut importée en Allemagne de l'Angleterre à cette époque, il ne faut pas perdre de vue les nombreux ordres secrets qui y existaient bien auparavant; la plupart parais-» sent venir de TAllemagne du Nord, de la Suède et des anciennes possessions des chevaliers teutoniques. Non-seulement le mys* tère les enveloppa longtemps, mais tant de supercheries et de documents apocryphes se produisirent à l'époque où ils commencèrent à lever le masque, qu'il est à peu près impossible d'éclaircîr complètement cette histoire (1). Il suffit, pour la démonstration que nous poursuivons, de constater l'existence de toutes ces associations, dérivant également d'une pensée hostile au Christianisme et destinées bientôt à se fusionner sous les auspices de l'Illuminisme.

La Maçonnerie se propage à la même époque dans les pays du midi de l'Europe par les anglais.

« G'estde 1726, ditClavel, que date l'introduction de la Franc-maçonncric en Espagne. En cette année des constitutions furent accordées par la grande loge d'Angleterre à une loge qui s'était formée à Gibraltar ; en 1727 une autre loge fut fondée à Madrid. Jusqu'en 1779, celle-ci reconnut la juridiction de la grande loge d'Angleterre, de laquelle elle tenait ses pouvoirs ; mais à cette époque elle secoua le joug et constitua des ateliers tant à Cadix qu'à Barcelone, qu'à Yalladolid et dans d'autres villes. > •

c Les premières loges, ajoute immédiatement le môme historien» qui

(I) Sur los divers rites maçonniques et ordres tempUers de TAllemagne au XVH1« siècle, voir los ouvrages elles de Élizô de Monlazac ot dQ Leçoulteuz de GaQ- Icieu.

LA PUOPAGATION DE LA FrANC-MAÇONNERIE

s'établirent en Portugal, y furent érigées en 1727 par des délégués des sociétés de Paris ; la grande loge d'Angleterre fonda aussi, à partir de 1735, plusieurs ateliers à Lisbonne et dans les provinces. Depuis lors, les travaux maçonniques ne furent jamais entièrement suspendus dans ce royaume, mais, sauf les exceptions que nous signalerons ailleurs, ils y furent constamment entourés du mystère le plus profond. >

Il existait à Rome, en 1742, plusieurs loges de francs-maçons. On le voit par une médaille qu'elles décernèrent au frère Martin Folkes, président de la société royale de Londres. La Maçonnerie se maintint dans le secret à Rome jusqu'en 1789 . Une loge notamment, les Amis sincères j y était alors en vigueur, et sa fondation remontait à plus de 20 ans. D'abord indépendante, elle s'était fait depuis régulariser par le Grand-Orient de France, dont les com-. missaires l'avaient installée au mois de décembre 1787. Elle avait contracté successivement des affiliations avec les loges Parfaite égalité de Liège, Patriotisme de Lyon, Secret et harmonie de Malte, Concorde de' Milan, Parfaite union de Naples, et avec plusieurs autres corps maçonniques de Varsovie, de Paris. Son diplôme était une louve allaitant deux enfants au milieu d'un triangle placé dans un cercle.

Dans la première moitié du XVIIP siècle, la société parait avoir eu un certain nombre d'ateliers dans le royaume de Naples. En 1756 ils y avaient formé une grande loge nationale en correspondance avec la grande loge de La Haye, qui subsistait encore en 1789, malgré une interdiction temporaire en 1777.

Vers 1760 les premières loges s'introduisirent en Suisse, et nous les retrouverons bientôt affiliées à l'IUuminisme français, qui avait son siège à Lyon (1).

Dans les Pays-Bas autrichiens, de nombreuses loges furent fondées dans le courant du siècle (V. Document annexé A). La Maçonnerie commença, comme partout, par de grands seigneurs légers. « A Liège, dit Robison, j'avais été admis dans une loge magnifique, dont le prince-évèque, ses tréfonciers et la principale noblesse du pays étaient membres » (2). Les plus grandes dames du pays figuraient dans les loges (T adoption j en attendant que les éléments agissants de la secte en fissent, en 1791, les loges de la Révolution et le centre de la trahison (liv. II, chap. VI, § 8).

(1) Les Sociétés secrètes en Suisse, par M. d'Uorror, dans le Correspondant du 25 mare 1845.

(2)' Prewei des conspirations, p. 3.

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