‹ Les sociétés secrètes et la sociétéChapitre 35 sur 151 · I. — La Révolution résultat d'un complot · texte numérisé non relu

I. — La Révolution résultat d'un complot

ff Yoilà la victime, s'était écrié Mirabeau, l'un des complices de la conspiration, en désignant Louis XVI, le jour de l'ouverture des États généraux (1). »

Nous avons déjà reproduit plusieurs témoignages qui nous montraient le complot en voie de formation, à partir de 1760 Piv. II, chap. m, S 7). Voici maintenant deux contemporains ^i vont nous révéler comment les sociétés secrètes sont les vérifies auteurs des événements de la révolution. Le premier est mi franc-maçon anglais, John Robison, secrétaire de l'Académie d'Edimbourg, qui publia en 1797 un livre intitulé : Preuves des conspirations contre toutes les religions et tous les gouverne^ ^''^te de l'Europe, ourdies dans les assemblées secrètes des iWu- ^**iA et des fra/ncs'-maçons.

< J*ai eu, dit-it les moyens de suivre toutes les tentatives faites pen^ ^cinquante ans, sous le prétexte spécieux d*éclairer le monde avec lo flambeau de la philosophie et de dissiper les nuages dont la superstition religieuse et civile se servait pour retenir tout le peuple de l'Europe dam les ténèbres et l'esclavage. J'ai observé les progrès de ces doctrines le mêlant et se liant de plus en plus étroitement aux difTérents systèmes de la Maçonnerie ; enfin j^ai vu se former une association ayant pour

(1) Mimoiret de Webor, t. I, chap. IX, p. 335. c V^eber assistait à la lôance i, dit louis Blaoc après avoir cité ce pussoge, Uisloire de la HcvoluUon, t. II, p. 26t«

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bat unique de détruire jusque dans leur fondement tous les établisse* ments religieux et de renverser tous les gouvernements eiystant en Europe. J'ai vu cette association répandre ses systèmes avec un zèle si soutenu qu'elle est devenue presque irrésistible, et j'ai remarqué que les personnages qui ont le plus de part à la révolution française étaient membres de cette association ; que leurs plans ont été conçus d'après ses principes et exécutés avec son assistance. Je me suis convaincu qu'elle existe toujours^ qu'elle travaille toujours sourdement, que toutes les apparences nous prouvent que non-seulement ses émissaires s'efforcent de propager parmi nous ces doctrines abominables, mais même qu'il y a en Angleterre des loges qui depuis 1784 correspondent avec la mèreloge. C'est pour la démasquer, pour prouver qiie les meneurs étaient des fourbes qui prêchaient une morale et une doctrine dont ils connaissaient la fausseté et le danger, et que leur véritable intention était d'abolir toutes les religions, de renverser tous les gouvernements et de faire du . monde entier une scène de pillage et de meurtre, que j'offre au publie un extrait des informations que j'ai prises sur cette matière. »

Un personnage bien plus autorisé encore, le comte de Haugwitz, ministre de Prusse, va nous donner un témoignage plus précis, s'il est possible.

C'était en 1822, les sociétés secrètes venaient de faire explosion en Espagne, à Naples, dans le Piémont, par autant de mouvements révolutionnaires ; les souverains, pour garantir et leurs couronnes et la vraie liberté parmi leurs peuples, s'étaient réunis en congrès dans la ville de Vérone. Ce fut alors que le comte de Haugwitz, qui y avait accompagné le roi de Prusse, fit part à l'auguste assemblée d'un mémoire sur les sociétés secrètes, dont voici quelques extraits (1) ;

c Arrivé à la fin de ma carrière, y dit le comte, je crois qu'il est de mon devoir de jeter un coup d'oeil sur les menées des sociétés secrètes, dont le poison menace l'humanité aujourd'hui plus que jamais. Leur histoire est tellement liée à celle de ma vie que je ne puis m' empêcher de la publier encore une fois et de vous en donner quelques détails.

a Mes dispositions naturelles et mon éducation avaient excité en moi un tel désir de la science que je ne pouvais me contenter des connaissances ordinaires, je voulus pénétrer dans l'essence même des choses ; mais l'ombre suit la lumière ; ainsi une curiosité insatiable se développe en raison des nobles efforts que Ton déploie pour pénétrer plus avant

(1) Ce document si important a été publié pour la première fois, en 1810, dana l'ouvrage intitulé : Dorrovft Denkschrifften und Briefenxur Charakteriêtik dtr WiU und lilleratur (Berlin, t. IV, p. 2I1-2'^I).

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dans le sanctuaire de la science. Ces deux sentiments me poussèrent dans la société des francs-maçons.

c On sait combien le premier pas qu'on fait dans Tordre est peu de nature à satisfaire l'esprit. C'est là précisément le danger qui est à redouter pour l'imagination si inflammable de la jeunesse. A peine avais* je atteint ma majorité que déjà non-seulement je me trouvais à la tôte de la Maçonnerie, mais encore j'occupais une place distinguée au cha« pitre des bauts grades. Avant de pouvoir me connaître moi-môme, avant de comprendre la situation où je m'étais témérairement engagé, je me trouvais chargé de la direction supérieure des réunions maçonniques d'une partie de la Prusse, de la Pologne et de la Russie. La Maçonnerie était alors divisée en deux partis dans ses travaux secrets. Le premier plaçait dans ses emblèmes l'explication de la pierre philosophale ; le déisme et môme V athéisme étaient la religion de ses sectaires ; le siège central de ses travaux était à Berlin, sous la direction du docteur Zinndorf.

c II n'en était pas de môme de l'autre parti, dont le prince F. de Brunsivick était le chef apparent. En lutte ouverte entre eux, les deux partis se donnaient la main pour parvenir à la domination du monde, conquérir les trônes, se servir des rois comme de Vordre ; tel était leur but, Il serait superflu de vous indiquer de quelle manière, dans mon ardente curiosité, je parvins à devenir maître du secret de l'un et de l'autre parti ; la vérité est que le secret des deux sectes n'est plus un mystère pour moi. Ce secret me révolta.

« Ce fut en 1777 que je me chargeai de la direction d'une partie des loges prussiennes, — trois ou quatre ans avant le couvent de Willhemsbad et l'envahissement des loges par l'illuminlsme ; — mon action s'étendit ■ même sur les frères dispersés dans la Pologne et la Russie. Si je n'en avais pas fait moi-môme l'expérience, je ne pourrais donner d'explications plausibles de l'insouciance avec laquelle les gouvernements ont pu fermer les 3'eux sur un tel désordre, un véritable slatiu in statu ; non-seulement les chefs étaient en correspondance assidue et employaient des chiffres particuliers, mais encore ils s'envoyaient réciproquement des émissaires. Exercer une influence dominatrice sur les trônes et les souverains, tel était notre but, comme il avait été celui des cheveu Ken templiers.

c II parut un écrit ayant pour titre ; Erreurs et vérités. Cet ouvrage fit grande sensation et produisit sur moi la plus vive impression. Je crus d'abord y trouver ce qui, d'après ma première opinion, était caché sous les emblèmes de Vordre ; mais à mesure que je pénétrai plus avant dans cet antre ténébreux, plus profonde devint ma conviction que quelque chose de toute autre nature devait se trouver dans l'arrière-fond. La luniicre devint plus frappante lorsque j'appris que Saint-Martin,

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l'auteur de cette publication, devait être et était réellement Tun des coryphées du chapitre de Sion, Là se rattachaient tous les fils qui de* vaient se développer phis tard, pour préparer et tisser le manteau des, mystères religieux dont on s'affublait pour donner le change aux pro* fanes.

c J'acquis alors la ferme conviction que le drame commencé en 1788 et

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