XII. ^ Les TRIOMPHES des armées RÉVOLUTIONNAIRES
Après la défection du duc de Brunswick et grâce aux menées secrètes qui paralysaient les souverains, les armées de la Révolulion semblèrent ne plus rencontrer de résistance. Nous citons simplement les faits tels que les raconte un écrivain essentiellement révolutionnaire :
• Dès les premières hostilités, dit l'Histoire universelle de V. Duruy, éclata la division qui existait entre les souverains et leurs peuples... I^ troupes du général Lazzari, attaquées par les français dans les gorges âc Mians, lâchèrent pied dès les premiers engagements ; les habitants de la Savoie — (on sait quels sont ces habitants et on va les nommer
ciwpi (Barroel, Mimoire$, de, t. I, p. 169, 170.) Swedenborg, dil aussi Aleianàn Damas, dont les adeptes assassinaient Gustave III, était mage (grade des iilami« B^). Mimûiret de GaribaUU, {'• série, p. 9. Voir quelques détails curieux sur le BalhsarBax Qastave II I et ses relations avec les sectes maçonniques, dans les **»r« et Correspondance diplomatique de M. de Maislre, p. 351, 353. (I) Qiô dans les Yoifoge» de d$u9 frtMçaiê dam k Hordy t. V, chiu?* 12.
170 Li RÉVOLUTION EN PrANCE ET EN EUROPE
par leur nom à Naples) — courarent avec enthousiasme au-devant des troupes françaises, qui occupèrent facilement Ghambéry et presque tout le reste de la province. Dans le comté de Nice, Gurten s'enfuit avec la même précipitation, et laissa le général français Anselme et l'amiral Truguet s'emparer de Nice, Montalban, Yillef^anche etOneille. Au midi de l'Italie, quand l'amiral Latoucbe vint, avec une flotte française, se ranger devant Naples, les francs-maçons saluèrent avec transport l'étendard delà liberté, se mirent en rapport avec les français et transformèrent les loges en clubs. Ferdinand fut obligé de promettre la neutralité et de reconnaître le gouvernement français, et un décret de la Convention réunit la Savoie et le comté de Nice à la Franco (1). »
« Le grand duc de Toscane, le premier, reconnut la république française. Les deux républiques de Venise et de Gènes, sollicitées, d'un côté, par l'Autriche et l'Angleterre, de l'autre, par des citoyens ardents^ partisans des idées nouvelles, gardèrent strictement la neutralité... Plus tard la paix conclue avec la république française, par la Prusse et l'Espagne, permit au Directoire de porter presque toutes ses forces en Italie. Déjà, sur ses ordres, Schérer, mal surveillé à Géra par les piémontais, avait tourné l'aile gauche des autrichiens, et Bonaparte, ayant séparé ces mêmes piémontais, commandés par Collé, du corps autrichien de Beaulieu, était arrivé à Ghérasco, à dix lieues de Turin.
<x La proclamation lancée par le jeune vainqueur émut encore plus V Italie que ses rapides succès. Peuples d'Italie, dit-il, l'armée française vient rompre vos chaînes ; le peuple français est ami de tous les peuples et parti" culièrement des descendants des Brutus ; venez au devant de lui : vos pro^ priétés, vos usages, votre religion seront respectés ; nous ferons la guerre en ennemis généreux, et seulement aux tyrans qui vous tiennent asservis,.. Les princes italiens, le clergé, ne furent plus capables d'arrêter la nation t'talienne. Elle se précipita avec enthousiasme au devant de Bonaparte et des français, et assura leurs rapides succès. ,
a Les piémontais Bonefous et Renza excitèrent à Albe un mouvement républicain, qui menaça bientôt tout le royaume, et Victor- Amédée demanda et obtint la paix par la remise des places d'Alexandrie et de Conl. Pendant la guerre, Bonaparte n'eut qu'à entrer sur le territoire de Parme et de Plaisance, où les italiens remuaient déjà, et resta bientôt, après la retraite de Beaulieu, maître de tout le Milanais. Les villes de Pavie, Crémone et Milan ouvrirent leurs portes sans résistance. Les milanais surtout accueillirent les français comme des libérateurs. Ils se flattaient de l'espoir d'être placés à la tête de l'union italienne. Une agrégation d'État, composée des partisans des idées françaises, fut éta-
,(1) Duruy, Hiêtoire uni»erêeU$, Italiey par Zeller, p. 490 et 491. — Robiionf Preuves delà contpiralUmy etc., p. 57.
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blio dans la Tille, et une garde nationale organisée. Les vingt millions de francs qne Bonaparte leva sur la Lombardie n'excitèrent môme pas nn grand murmure, si ce n*est à Pavie, où les paysans des environs, lourdement excités, pénétrèrent pour massacrer la garnison française. Blnasco brûlé, Pavie livrée aux soldats pendant une nuit, le Mont-dé* piété lui-môme brûlé, apprirent que Bonaparte ne laisserait impunie aucune émeute.
t Une nouvelle proclamation de Bonaparte, publiée à Milan, couvrit ce premier discord et propagea dans toute la péninsule Teutbousiasme ressenti par les milanais : « Que lespeuples soient tranquilles, dit-ii, nous tommes les amis des peuples. Rétablir le Capitale, réveiller le peuple romain après des siècles de servitude, tel sera le fruit de nos victoires, » Quelques rilles du territoire vénitien, lassées du joug de V aristocratique république, iniitaient elles-mêmes les français à violer la neutralité du territoire vénitien. Bonaparte occupa Bergame, prit Brescia, culbuta Beaulieu sur le Mincio, entra dans Vérone, Legnago, et commença le blocus de Mantoue. L'aristocratie de Venise, blessée au cœur, n*osa faire que des remontrances. Elle sentit, non-seulement dans les villes de terre ferme, mais dans Venise même, s* agiter, aœe les encouragements de Villelard, se* erétaire de l'ambassade française, le levain populaire. Les États du roi de Naples et du pape étaient plus agités que jamais. Dans une cérémonie solennelle, le premier consacra sa couronne au ciel et voulut pousser son armée à la frontière ; il fut bientôt obligé de la rappeler pour comprimer une partie de ses sujets. Le pape Pie VI fit prêcher contre les athées et les brigands de France ; mais la première de ses villes, Bologne, envoya, par ses principaux magistrats, demander sa liberté au vainqueur ai l'Italie... Il entra à Bologne, qu'il déclara libre et républicaine... Dans le duché de Modène, Reggio, la première, se déclara indépendante et envoya des députés à Milan pour commencer à fonder, avec les transpadans, l'unité italique. Massa et Garrara, La Lunigiane suivirent son exemple ; Modène enfin, entraînée par les patriotes, prononça la déchéance du duc, et Ferrare se détacha des États de l'Église pour se joindre à Bologne.
« Le général français institua à Milan un consiglio di stati, en attendant rétablissement d'une république transpadane, et mit sur pied une l^ion lombarde de 3,500 hommes, qui fut mise sous le commandement de Lahos. En deçà du P6, sur sa recommandation, les députés des qua- ^ Tilles de Bologne, Ferrare, Modène et Reggio proclamèrent leur ^n dans la république cisalpine, et, pour première mesure, décrétè- ''^ttnssi la formation d'une légion italienne (1). >
(1) Bittuire univertdle^ par une société de profeaaours et de flavanks, sons la di- ^^a de M. V. Ouruy. — Histoire de Vltaliey Zeller, chap. XIX. — Béwaution frnçaim, Direetmrê, ebap. HI.
172 LA RÉVOLUTION EN FhANGE ET EN EUROPK
c Bientôt môme, sous différents prétextes, la vieille république de Gênes fut détruite, et transformée, avec une constitution nouvelle, en république ligurienne ; Venise fut supprimée et annexée à TAutriche, en échange par celle-ci de la reconnaissance des républiques cispadane et transpadane, réunies et transformées en république cisalpine, avec cinq directeurs : Serbelloni, Alessandri, Moscati, Paradisi, Gostabili, que leur donna Bonaparte. Home elle-même fut atteinte, son pontife traîné prisonnier en France, et la capitale de la catholicité, avec Ancône et les territoires romains, proclamée république romaine avec une constitution toute française, chamarrée de consuls, de tribuns et d'un sénat; et tandis que le Piémont voyait ses villes s'ouvrir à Joubert, ses soldats passer dans Tarmée française et ses provinces annexées à la républiquemère, Naples, laissée par son roi à la garde de Pignatelli, nommé son vice-roi, et du général autrichien Mack, après une amnistie obtenue au prix de deux millions, la désertion en masse des soldats de son armée et la fuite au camp français de son général et de ses officiers, d'accord avec les républicains, était proclamée la république pari/iMop^e/ine (i). »
En Suisse les choses se passèrent de même. Voici ce que raconte M. d'Horrer, Thistorien si autorisj des sociétés secrètes de ce pays. <c Si Ton peut croire deux maçons illuminés, Heldmann et Henry Zchokke, toutes les loges suisses auraient en 1793 suspendu leurs travaux, de peur de porter leur part de responsabilité des horreurs qu'à cette lamentable époque de notre histoire les frères et amis commettaient à Paris et dans toute la France. Il est plus probable qu'en couvrant ainsi leurs loges et en les rendant pour quelque temps inaccessibles au commun des ouvriers, les maîtres se réservaient de s'assembler fréquemment et furtivement en trèspetites réunions pour ne pas laisser chômer entièrement leur œuvre.
a Les loges vaudoises n'avaient certes pas interrompu la leur ; elles s'étaient bornées à distribuer des travaux entre des fractions de leurs sociétés appelées clubs patriotiques^ comités régénéra-teuâ's ou révolutionnaires j réunions philanthropiques, ou même cabinets de lecture. Là des commissaires en petit nombre dirigeaient les travaux vers des fins maçonniques. Après l'invasion des armées françaises, les sociétés sortirent de leurs asiles et formèrent à l'instant même des gouvernements provisoires, bientôt constitués en gouvernements permanents. Inutile de dire qu'à Ja tète de ces gouvernements se trouvèrent placés immédiatement et comme ipso facto les grands maîtres des loges directoriales de
(I) riiiloire univeneUe^ Seller, chap. XIX.