XIII. — LA PRÉTENDUE DISSOLUTION DE L'ORDRE MAÇONNIQUE
PAR LE DUC DE BrUNSWIGK
Un des événements caractéristiques de ce temps-là fut le simulacre de résistance des chefs officiels de la Franc- maçonnerie à la Révolution.
En 1796, le duc de Brunswick lança un manifeste solennel dans lequel il déclarait excommunier les révolutionnaires et suspendre les travaux de Tordre.
Ce document est trop caractéristique, il prouve trop Ténorme înlluence des sociétés secrètes dans les événements du temps pour ne pas en reproduire les principaux passages :
« Dans la tempête générale produite par les révolutions actuelles dans le monde politique et moral, à cette époque de suprême illumination et de profond aveuglement, ce serait un crime contre la vérité et l'humanité de laisser plus longtemps enveloppées d'un voile des choses qui peuvent donner ï unique clef des événements passés et futurs, des choses qui doivent montrer à des milliers d'hommes si la voie qu'on leur a fait suivre est la voie de la folie ou celle de la sagesse. Il s'agit devons, W.". FF.*., de tous les grades et de tous les systèmes secrets. Le rideau doit enfin être écarté, afin qu'à vos yeux aveuglés apparaisse cette lumière que vous avez toujours cherchée en vain, mais dont vous n'avez saisi que des rayons trompeurs et une sainte obscurité, faiblement éclairée par une lampe magique.
c Le temps de l'accomplissement est proche, mais sachez-le, cet
(1) CorrmpondafU da 25 mars 1845. Ea note, M. d'Horrer donne des détails biographiques tièe-carieoz sur les principaux personnages de la révolution suisse ef leus lelatîoiis maçonniques.
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accomplissement, c'est la destruction. Nous avons élevé notre construction sous les ailes des ténèbres pour atteindre le sommet d'où nous pourrions enfin plonger librement nos regards sur toutes les régions de la lumière. Mais ce sommet est devenu inaccessible : Tobscuritô se dissippe, et une lumière plus effrayante que Tobscurité même vient soudain frapper nos regards. Nous voyons notre édifice s'écrouler et couvrir la terre de ruines : noiu voyons um destruction qus nos mains ne peuvent plus arrêter. Et voilà pourquoi nous renvoyons les constructeurs de leurs ateliers. Du dernier coup de marteau nous renversons les colonnes des sanctuaires. Nous laissons désert le temple détruit. Les ouvriers actuels l'ont détruit parce qu'ils ont hâté leur travail avec trop àe précipitation
« Une seule cbaine embrasse tout le réseau aujourd'hui si étendu de tous les grades secrets et de tous les systèmes de l'univers. Tous se réunissent dans le point central de la toute science. Il n'y qu'un seul ordre. Son but est son premier secret; son existence et ses moyens, son second... Les secrets ne devaient jamais franchir notre cercle; les homm^ n'étaient ni assez forts, ni assez préparés pour Us supporter, les comprendre et les sentir. Mais le secret fut traité librement et tout haat livec raillerie et dédain...
« Une grande secte surgit qui, tout en prenant pour enseigne le bien et le bonheur de l'homme, travaille, dans les ténèbres de la conjura^ tion, à faire du bonheur de l'humanité une pâture pour elle-môme. Cette secte, tout le monde la connaît ; ses frères ne sont pas moins connus que son nom ; c'est elle qui a sapé les fondements de l'ordre — (en les mettant trop tôt à nu, malgré toutes ses précautions) — , jusqu'à ce qu'il fût complètement renversé ; c'est par elle que l'humanité a été empoisonnée et égarée pour plusieurs générations, La fermentation qui r^ gne parmi les peuples est son ouvrage. Ils commencèrent par verser l'odieax sur la religion.
c Raillerie et d^datn, telles furent les armes de cette secte — [en qui s'est transformée toute la Maçonnerie] — d'abord contre la religion elle^méme^ ensuite contre ses ministres. Si elle s'était contentée de contenir ce mépris dans son sein, elle n'aurait été digne que de pitié ; mais elle ne cessait d'exercer ses compagnons au maniement le plus habile de ces armes.On prêcha du haut des toits les maximes de la licence la plus effrénée, et cette licence on l'appela liberté. On inventa des droits de Vhomme qu'il est impossible de découvrir dans le livre même de la nature, et l'on in» vita les peuples à arracher à leurs princes la reconnaissance de ces droits supposés. Le plan que l'on avait formé de briser tous les liens sociaux et de détruire tout ordre se révêla dans tous les discours et dans tous les actes. On inonda le monde d'une multitude de publications ; on recruta des compagnons de tout rang et de toute puissance ; on trompa les hommes
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laplus persjpieaees m àttêgtuint faussemêni d'autres initiations; on répandit dans le eœnr de la jeunesse la semence de la convoitise, et on l'excita par l'amorce des passions les plus insatiables : fierté indomptable, soif dn poQToir. Tels furent les uniques mobiles de cette secte ; leurs maîtres n'avaient rien moins en perspective que les trônes de la terre, et le gouvernement des peuples devait être dirigé par leurs clubs nocturnes.
c Voilà ce qui s'est fait encore. Mais on remarque que les princes et les peuples ignorent comment et par quels moyens cela s'accomplit. C'est pourquoi nous leur disons avec toute liberté : L'abus de notre ordre, la m^^e sw notre secret, a produit tous les troubles politiques et moraux dont la terre est aujourd'hui remplie. Mais, pour que notre attestation ait de la force et mérite croyance, nous devons faire pour les prîooes et pour les peuples un sacrifice complet ; pour couper jusqu'à la radne l'abus et la méprise, nous devons dès ce moment dissoudre l'ordre entier. C'est pourquoi nous le détruisons et anéantissons complètement »
Hélas ! il n'y avait ni abus, ni méprise dans ce renversement de tous les trônes et de toutes les autorités par Tégalité et la fra* temilé maçonniques. C'était bien le but direct de Tordre, mais voilé, mais caché aux dupes et aux princes surtout, complices inscients et instruments aveugles des véritables chefs, assez habiles pour les faire servir au renversement de leur propre autorité. Cette dissolution de l'ordre entier, pour essayer de le sauver «Bcore, démontrait surabondamment que, parmi les enrôlés, les dupes n'étaient que le petit nombre et ne pouvaient rien contre les autres.