INTRODUCTION XI
On verra sans peine ce que j'ai essaj'é de faire moi-même. Dans une biographie comme celle-ci où tout est à la fois simple et compliqué, — simple si l'on n'est pas curieux de subtilités ps}Tchologiques, compliqué et même insoluble, si l'on veut aller plus loin que les documents, — je crois l'art plus capable d'approcher de la vérité que les discussions. Je crains que quiconque fera entrer (sauf un ou deux points comme la question Héger) l'appareil de l'instruction judiciaire dans la vie de Charlotte Brontë, ne réussisse qu'à la rendre irréelle sans convaincre le lecteur. Ce qu'on appelle la vérité historique est une limite et rien de plus. Que les documents soient nombreux ou rares, la difficulté reste la même, on ne reconstruit pas une vie humaine. Ceux qui en douteraient n'ont qu'à essayer de refaire leur propre histoire à un moment de crise un peu lointaine. Charlotte et ses sœurs étaient des natures simples, dit-on. Erreur. Elles ont eu des vies simples, peu accidentées, uniformément troublées, mais leurs natures n'étaient pas simples. J'ai donc pris le parti d'influencer le lecteur comme il le serait par les documents et, autant que possible, par les apparences, au lieu de me faire un schéma plus profond et d'y plier les renseignements utilisables. C'est faire d'avance le sacrifice d'avoir l'air profond, mais ce