‹ Les Soeurs de Charité en OrientChapitre 19 sur 30 · LE MOIS DE MAR1B · texte numérisé non relu

LE MOIS DE MAR1B

sculptées comme par enchantement; ici , les marbres les plus précieux ont été imités avec toutes leurs nuances. Ces créations en papier ou en couleurs sont le chef-d'œuvre de quelque blessé ou convalescent qui consacre à la sainte Vierge ses loisirs. Tel autre s'est rappelé qu'il avait été longtemps élève de l'Ecole des beaux-arts , et il a demandé des crayons ; il dessine une image de saint : c'est un confesseur pontife dont la fête approche , et comme il est le patron de M. l'aumônier, ce sera l'offrande de sa reconnaissance. La tête a bien la mitre et le nimbe de la sainteté ; mais l'auteur est un zouave, et le type du guerrier domine tellement dans ces conceptions que le bienheureux évêque a l'air de monter à l'assaut de Sébastopol.

Chaque maison a aussi organisé son chœur de cantiques. Tous les musiciens et les talents de société s'empressent d'y prendre part. Il se trouve même parmi eux des compositeurs , et leurs chants à Marie sont répétés avec un harmonieux ensemble par tous les camarades qui se préparent avec soin pour la soirée. Lorsque les litanies de la sainte Vierge ont été chantées avec les Sœurs , dont les

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voix douces et pures se mêlent admirablement aux mâles accents des soldats, l'aumônier fait l'instruction du jour, qui est écoutée avidement par un auditoire recueilli. Quelquefois, la salle ne peut contenir la multitude des auditeurs, et les pauvres blessés s'y font porter une demi-heure d'avance pour être assurés de leur place. C'est le plus beau moment de la journée pour eux, et, au fond, la meilleure distraction dans un pays où tout leur est étranger et inconnu, à commencer par la langue ; et où ne se trouve aucun des amusements de France. Qui sait combien d'âmes ont été sauvées de l'ennui , voisin du désespoir, par ces belles solennités du mois de Marie , ces chants , ces parfums , ces saintes paroles, ces pompes catholiques improvisées à deux pas du palais du sultan, dans la capitale de l'islamisme?

La Fête-Dieu fournit l'occasion d'une démonstration publique et splendide. Un village aux portes de ConstantinopLe , Bebek, a vu le triomphe de l'Eucharistie ; la sainte Hostie s'est vue portée processlonnellement dans les rues , sous des nuages d'encens et de roses effeuillées. Les élèves des Sœurs jetaient des fleurs , et les militaires avaient

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