‹ Les Soeurs de Charité en OrientChapitre 18 sur 30 · ET LE CHOLÉRA · texte numérisé non relu

ET LE CHOLÉRA

organisé l'ambulance du Pirée et qui était sur le point de retourner à Smyrne :

« Camp du Pirèe, 10 octobre 1854.

» Ma très-chère Sœur,

» Je ne vous laisserai point quitter le Pirée sans vous remercier d'avoir bien voulu y venir, sur la demande que j'en avais adressée à Smyrne, au plus fort des calamités qui affligeaient nos pauvres soldats. Le choléra sévissait parmi nous avec une rigueur pour ainsi dire sans exemple. Nous vous avons fait appel , et , trois jours après , vous étiez ici avec six de vos bonnes Soeurs , nous prodiguant tous les soins, tout le dévouement qu'on est habitué à rencontrer dans les moindres membres de votre sainte communauté.

» Votre présence nous est venue grandement en aide pour rendre le courage à tout le monde.

» Grâces vous soient rendues , ma très-chère Sœur ! Je vous en exprime toute ma reconnaissance : veuillez, je vous en prie , l'agréer en mon nom et au nom de tout le corps d'occupation que je commande. Le bon souvenir que vous nous laissez , ma

très-chère Sœur, ne s'effacera jamais. — Je vous présente l'hommage de mon bien sincère et respectueux dévouement.

» Le général de brigade , commandant le corps d'occupation en Grèce ,

» Matran. », Vers la date de cette lettre , les cas de choléra étaient devenus rares parmi les troupes françaises qui occupaient le Pirée , et l'un des témoins de ces scènes de deuil écrivait : Les Sœurs commencent à s'ennuyer ici. Elles savaient que l'épidémie sévissait ailleurs. Mais leur œuvre en Grèce n'était point terminée. La population indigène du Pirée et celle d'Athènes furent cruellement atteintes. Un champ nouveau était ouvert au dévouement de nos religieuses : elles se mirent à l'œuvre , et les deux lettres suivantes , écrites , la première par M. Mavrocodarto, chef du ministère grec , et la seconde par le ministre des cultes , disent assez que leur charitable ardeur ne s'était pas ralentie :

» Athènes, le 26. novembre 185 4.

» Monsieur le ministre (1) ,

« Le ministre des cultes et de l'instruction pu-

(1) Cette lettre est adressée au ministre de France à Athènes.

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blique , partageant les sentiments d'estime et de gratitude dont le noble dévouement manifesté par les Sœurs de la Charité, dans le moment où la santépublique a été si cruellement éprouvée , a rempli l'âme de tous les habitants de la capitale de la Grèce, et désirant leur faire parvenir une nouvelle expression de ses sentiments , m'a fait parvenir la lettre ci-jointe , qu'il adresse à la supérieure des Sœurs de la Charité qui se trouvent à Athènes et au Pirée, et me demande de la faire parvenir à sa destination. »

Voici la lettre du ministre des cultes :

« Très-révérende Dame ,

» Secourir les infirmes, consoler les affligés soulager les malheureux, et appliquer ainsi lé deuxième des grands commandements d'où dépendent la loi et les prophètes ; c'est là le noble but de votre sainte mission. Cette mission sacrée ne peut, certes , attendre la rémunération qui lui est due que de Celui qui- a dit: a Ce que vous ferez au » «oindre de mes frères, c'est à moi-même que » vous l'aurez fait. *

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» Et , en effet , quelle récompense sur la terre peut être cligne de l'abnégation et du dévouement avec lesquels vous vous consacrez au soulagement de l'humanité souffrante , ainsi que du zèle empreint d'une charité si chrétienne dont vous avez donné dernièrement à Athènes un si éclatant et si admirable exemple, en prodiguant les soins les plus assidus , les consolations les plus douces et les secours les plus efficaces aux malheureuses victimes du fléau dont cette ville a tant souffert , et qui ont eu le bonheur de profiter de votre inépuisable charité ?

» Je croirais néanmoins manquer à l'un des plus impérieux devoirs du ministère dont je suis chargé si , lorsqu'au milieu d'une cruelle épidémie vous êtes apparues comme des anges de consolation et d'espérance , je ne vous faisais parvenir l'expression officielle de la gratitude du gouvernement , ainsi que les sentiments dont votre dévouement exemplaire a rempli l'âme de tous les Grecs en général , et notamment des habitants de cette capitale.

» Le Dieu de charité , qui punit tour à tour et console , daignera , nous osons l'espérer, détourner de nous sa colère , et bientôt , peut-être , d'autres

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infortunés réclameront ailleurs vos soins et admireront vos vertus. Mais les vœux des malheureux soulagés par vos soins vous suivront partout , trèsrévérende Dame ; et, pour ma part, je m'estime heureux d'avoir été à même de vous transmettre , ainsi qu'à vos noble compagnes, l'expression de la reconnaissance publique, à laquelle j'ai l'honneur de joindre l'assurance de mon profond respect, s

Le préfet de l'Attique et de la Béotie et le directeur de la police voulurent remercier les Sœurs , au nom même de la commune d'Athènes. Voici un passage de leur lettre :

« Dédaignant les dangers et les dégoûts avec un courage à toute épreuve , vous avez prêté aux malades secours et consolation , en méritant le nom qu'à juste titre vous portez.

» La nation grecque, qui compte plus d'un mémorable bienfait de la part de votre grande nation, n'oubliera jamais, soyez-en bien convaincues, votre charitable association , qui , réalisant sur la terre des vertus angéliques , attire l'admiration et les sympathies du monde entier. »

Les Russes ont des popes à Athènes ; mais personne n'a entendu parler des secours donnés aux victimes du choléra par ces ministres du schisme.

Le protestantisme compte bien aussi quelques représentants en Grèce. Ces distributeurs de bibles ont été invisibles au moment du danger.

L'Eglise catholique , par le ministère de ses prêtres et de ses religieuses, a éloquemment prêché à Athènes le Dieu inconnu aux païens , méconnu des schismatiques , qui est le Dieu de charité.

Les Sœurs aux hôpitaux de Constantinople et aux ambulances.

Les Sœurs de Charité avaient quitté leurs diverses écoles du Levant pour se porter au secours de nos soldats. On les voyait partout et toujours remplies de l'esprit de leur Institut , toujours actives , paisibles et gaies. Néanmoins leur nombre ne pouvait suffire à l'immensité de la tâche. Il fallait aussi recruter cette armée de la charité. Le gouvernement , pressé par les chefs de l'armée d'Orient, demanda des renforts aux supérieurs de la Congrégation, et le Moniteur publia la note suivante, le 23 août 1854 :

« Le maréchal ministre de la guerre a fait appel » au dévouement des Sœurs de Saint- Vincent de » Paul , pour aller soigner nos soldats dans les » hôpitaux de l'arjnie. d'Orient.

» Cet appel a élé entendu : vingt-cinq de ces » saintes filles vont s'embarquer à Marseille par » le prochain courrier ; vingt-cinq autres suivront » de près , et la digne supérieure a fait espérer » qu'elle pourrait porter le nombre jusqu'à » cent. »

Cette promesse fut largement dépassée : trois cents Filles de la Charité ont été successivement dirigées sur l'Orient. A mesure que les besoins croissaient , elles ont trouvé dans leur dévouement de nouvelles ressources , et îa Providence se plaisait à combler les vides glorieux qui se faisaient dans leurs rangs, en suscitant de nombreuses vocations pour cet Institut si grand et si simple. Du reste , les demandes du gouvernement avaient rempli d'une sainte joie ou d'une sainte jalousie l'âme des Filles de Vincent de Paul ; cellesqui étaient choisies pour ce périlleux ministère ne savaient comment exprimer leur bonheur ; leurs compagnes qui restaient en terre de France , consacrées aux œuvres journalières et paisibles de la charité , enviaient et les dangers qu'elles allaient affronter et les mérites qu'elles allaient acquérir. On jugera de leurs sentiments par les lettres suivantes, écrites

par deux élues dans le premier transport de leur sainte allégresse.

« Mes chers parents ,

d Le bon Dieu m'a choisie et m'a préférée à beaucoup de mes compagnes pour une mission qui m'est bien chère et que je désirais beaucoup : je n'osais cependant pas en témoigner le désir, car j'aurais craint de m'opposer à la volonté de Dieu , mais il est venu au-devant de mes vœux. Le 24 d'août , notre très- honorée Mère me demanda si je voulais me dévouer à aller a l'étranger. Ghers parents , j'étais tellement contente que je ne pouvais croire ce qu'elle me disait. Le même jour, à six heures du soir, nous sommes partis , vingt-deux Sœurs et deux prêtres de la Mission, pour aller soigner les soldats blessés et les cholériques. Nous nous sommes embarqués à Marseille le 27, et nous sommes arrivés à Constantinople le 5 septembre.

» Ma chère mère , je désirais bien vous écrire avant de partir de la communauté , mais le temps m'a manqué : il a fallu faire le sac de suite, comme les militaires. Notre traversée n'a pas été des plus agréables ; nous avons toujours eu le vent contraire.

Vous comprenez bien qu'étant nigaute comme je suis , n'ayant jamais vu que mon clocher et celui de la communauté , j'ai eu un peu peur, surtout la première nuit que je passai en mer. Mais je me suis bientôt habituée. Ce que le bon Dieu fera de moi , je n'en sais rien , mais je suis toute- prête à faire sa volonté. Nous sommes chez nos Sœurs de Gonstantinople. Là, on va nous distribuer, les unes pour rester, les autres pour aller à la guerre. Je vous dirai que ce mot de guerre nous amuse beaucoup. Mais enfin fiât.

» Mes chers parents, ne vous faites pas de peine ; si je suis un peu plus éloignée de vous , ce n'est que pour un temps, c'est pour seconder nos Sœurs. Quand toutes ces maladies seront terminées , nous retournerons. Je vous ai dit que nous étions parties vingt-deux Sœurs. Le gouvernement en a demandéun cent ; nous espérons donc qu'il va y en arriver beaucoup d'autres. Dans notre traversée, nous sommes descendues deux fois. Nous avons été dans le camp des soldats. Comme ils étaient contents de nous voir ! Ce sont bien nos Sœurs qui les soignent; mais elles sont si peu nombreuses ! Le choléra a beaucoup cessé, mais beaucoup de soldats sont

morts ; mais nos Sœurs disent qu'ils ne sont morts tous qu'après avoir reçu les derniers sacrements. Ce sont eux qui demandaient les premiers à se confesser. Je ne puis dire combien cela me fit de peine de voir tant de jeunes gens malades, d'autres qui se mouraient ; et cela m'a fait prendre la résolution de faire tout ce que je pourrais pour leur être de quelque utilité.

» Chers parents , aidez-moi à remercier le bon Dieu de m'avoir donné une vocation si belle. C'est un petit sacrifice pour moi de quitter mes chères compagnes de Paris. Elles désiraient toutes partir; mais le bon Dieu m'a préférée. Que son saint nom soit béni ! »

« Mon bien cher oncle ,

« Ce n'est plus , comme vous le voyez , de ma résidence habituelle que je vous écris , mais bien de Marseille, où je viens d'arriver afin de m'embarquer pour l'Orient. Mes supérieurs m'ont appelée il y a quelques jours pour voler au secours de nos pauvres soldats blessés ou atteints du choléra.

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Je suis partie, aussitôt la lettre vue, sans avoir eu le temps de m'asseoir pour prendre un peu de nourture ni de m'arrêter un seul instant.

» Il me semble , mon bon oncle, vous voir tout étonné et vous entendre dire : Comment se fait-il qu'on ait pensé à toi pour une telle mission? Eh bien , voilà tout le mystère. Il y a deux mois , je me sentis vivement pressée d'écrire à notre trèshonoré supérieur-général pour lui faire connaître que j'étais disposée à aller à l'étranger et partout où l'on voudrait m' envoyer. Je vous assure que je ne m'attendais pas à voir si tôt mes vœux exaucés et que l'on pensât à moi pour l'expédition de Turquie. M'éloigner encore de vous davantage , bien cher oncle, quitter la France, me séparer d'une supérieure qui était pour moi une seconde mère, est un sacrifice que le bon Dieu exige de moi ; mais qu'il est doux ce sacrifice ! que mon sort est heureux 1 que ma vocation est belle 1 Tous les jours et à tous les instants de ma vie , je bénirai le Seigneur de m' avoir choisie pour une si noble mission , de préférence à tant d'autres de mes compagnes. Oh I non , je ne méritais pas une telle faveur ! Vous le voyez bien , je suis une enfant gâtée ; le Seigneur

est très-bon à mon égard , bénissez-le pour moi.

» Pensez-vous, mon cher oncle, que quelque motif tout humain m'aurait invitée à faire cette demande? Oh ! non ; rassurez-vous, je ne me suis point recherchée en cela ; je n'ai pas même , le croiriez-vous ? soDgé à y rechercher la gloire du bon Dieu, car je ne me crois pas capable de lui en procurer aucune.

b Quand je serai arrivée à Constantinople ou à Varna , je vous écrirai plus au long. Je profite de ce que je suis arrivée à Marseille trop tard pour m'embarquer avec mes Sœurs , qui en sont parties à trois heures , tandis que je n'y arrivais qu'à dix heures. Cependant ne craignez rien pour votre petite nièce , elle ne sera pas seule pendant la traversée; j'attends plusieurs de nos Sœurs qui vont se joindre à moi , et nous nous embarquerons dans quelques jours seulement.

» Ecrivez-moi , je vous en supplie ; que j'aie la consolation de recevoir une lettre de vous avant mon départ de la France.

» Mes amitiés , s'il vous plaît , à toute ma famille ; priez le bon Dieu pour moi. Adieu ! adieu ! bien cher oncle. Si nous ne devons plus nous

revoir sur cette terre d'exil , nous nous reverrons

au ciel, je l'espère !

Sœur B.... »

Voici comment la mission des Sœurs de Charité était appréciée par les étrangers. Une religieuse anglaise en parlait en ces termes (1) :

a Les bonnes Sœurs ! quelle charité ! quelle hospitalité aimable et douce ! Et si Dieu m'en donnait l'occasion, je la pratiquerais bien autrement que je ne l'ai fait. Je ne puis vous dire les soins affectueux dont nous avons été l'objet ; puis , les conseils précis , les idées très-utiles que leur charité leur suggérait. Je vous en parlerai plus tard avec détail.

» Demain, nous visiterons leur maison, puis Mgr l'archevêque. C'est miss Nightingale qui a e»voyé les bonnes religieuses à notre secours. Je lui ai dit que nous serions prêtes demain ; mais elle a voulu que nous prissions un jour de repos.

» On parle de 3,000 blessés. Les pauvres soldats

(1) Quelques religieuses anglaises, de la communauté deNorwood , s'étaient rendues en Crimée pour soigner les soldats anglais. La communauté de Norw ood, si florissante aujourd'hui , est une création française ; elle a été fondée par Mgr l'évêque de Bayeux et soutenue longtemps par la charité française.

anglais disent : * Oh ! les Français sont heureux, ils ont les Sœurs; mais nous, nous n'avons personne ! o

» Je ne puis tarir sur les Sœurs de Saint- Vincent ; leur amitié nous sera utile et on ne peut plus profitable. Elles ont ici un pensionnat et plusieurs ambulances. Il n'y a pas à Conslantinople moins de cent mille catholiques. Les Turcs respectent tout homme qui suit sa religion, quelle qu'elle soit, et après les religieuses viennent pour eux les médecins. Nous ne connaissons pas encore notre destination : peut-être nous enverra-t-on à un nouvel hôpital des Dardanelles. »

Les Anglais, étrangers depuis longtemps aux œuvres de la charité catholique, nous envient nos Sœurs de Charité ; elles font sur eux une impression profonde. Ils ont oublié ce que peut la grâce de Dieu sur les cœurs; ils ne savent plus quel empire irrésistible exerce Jésus-Christ dans le sacrement de son amour , quelles flammes il allume à l'autel dans le cœur de ses prêtres et de ses virginales épouses ; ils ont oublié comment Dieu a aimé le monde, et, par conséquent, ils s'émerveillent devant les grandes choses que l'Eglise enfante

Soeurs de charité. 5

chaque jour.... L'enfant prodigue, après avoir être si longtemps au fond des déserts , s'émerveillait sans doute devant les beautés de la maison paternelle.... Ah ! puissent-ils, ces frères égarés, puissent-ils rentrer bientôt dans la demeure du Père céleste qui leur tend les bras, dans le sein de Tunique Eglise !

a Pour le soin des malades, écrit le correspondant d'un journal anglais , les Français nous sont bien supérieurs ; leurs chirurgiens sont plus nombreux, et ils ont aussi des Sœurs de Charité qui ont accompagné l'expédition en nombre incroyable ; ces femmes dévouées sont d'excellentes gardes-malades. Nous n'avons rien de semblable, et nos chirurgiens sont en petit nombre. »

a Pour remédier aux maux de la guerre , dit une autre feuille anglaise, qui se font sentir jusqu'à Péra, faubourg de Gonstantiuople , il faut bien citer l'arrivée de France de vingt-quatre Sœurs de Charité, Filles de Saint- Vincent , qui sont venues remplacer celles qui avaient déjà succombé sous le poids accablant de leurs travaux. Il y a à Galata un couvent habité par ces anges secourables , et dont on a fait un hôpital français. Cet

hôpital français , desservi par trois de ces pieuses filles, a été visité par un artiste qui a obtenu délies, sur l'emploi de leur temps, d'intéressants renseignements qu'il a bien voulu nous communiquer.

« A l'exception de la maison où elles vivent , dit-il , elles ne possèdent absolument rien ; elles sont pauvres comme des mendiants; elles n'ont aucune sorte de revenu ni de donation , si ce n'est une persévérance, une résignation presque miraculeuse. A l'aide de quelques petites collectes recueillies dans la population catholique, elles sont parvenues à fonder deux écoles : l'une dans leur propre maison , contenant environ cent jeunes filles, et une antre d'enfants turques, ce qui est considéré comme la chose la plus étonnante.

» Elles ont besoin d'être presque partout à la fois. C'est qu'en effet, à l'exception des moments employés à leurs écoles , on les voit aller de maison en maison, visitant les pauvres de toutes les religions. Quand elles arrivèrent à Constantinople, le peuple les entoura de toutes les marques de respect. Les Turcs les appellent des médecins. Ils ne peuvent comprendre leur désintéressement; aussi sont- ils

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dans l'admiration et très-sensibles au bien qu'elles ne cessent de faire. Très-souvent des personnes riches vont les trouver et les consulter , au point que les médecins de Péra en sont jaloux. Mais lorsqu'elles savent que les dames qui s'adressent à elles sont en état de payer les soins qu'elles réclament , elles se bornent à les adresser à un docteur européen.

» Les Sœurs de Charité ne vont pas seulement à chaque instant, jour et nuit, à plusieurs milles, soigner les malades; elles visitent aussi les prisons, portant aux prisonniers de l'argent et des vêtements. Elles sont tellement connues et chéries, que lorsqu'à la suite de quelque occupation elles sont restées quelque temps sans se montrer, les pauvres malades, les pauvres blessés les envoient chercher, a J'ai été très-souvent, me disait une Sœur, appelée au milieu de la nuit par un cavasse ou un gendarme, qui tirait la sonnette du couvent avant le lever du soleil, et venait me prier de me rendre à la prison pour soigner un prisonnier mourant. » » Il y a quatre de ces respectables Sœurs à l'hôpital de Péra, qui, aussitôt qu'elles apprirent qne le choléra y avait éclaté, sont venues offrir leurs

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services. Celles qui sont arrivées dernièrement ont été distribuées dans les différents corps de l'armée destinée pour la Crimée, suivant les troupes partout, couchant sous des tentes. Quelques-unes viennent de mourir du choléra à Varna , une autre à Gallipoli, d'où le choléra a presque entièrement disparu.

» Maintenant qu'il n'y a plus de daDger de ce côté , elles sont rentrées dans les hôpitaux auprès de leurs chers malades. L'hôpital qu'elles desservent à Péra est un Lâtîment construit près d'un lieu qu'on appelle le Champ des morts, et commandant une magnifique vue sur le Bosphore et la mer de Marmara. Ce bâtiment, destiné primitivement à une école de médecine , est de forme quadrangulaire , très-vaste et certainement dans la meilleure et la plus belle situation où soit en Europe un établissement de ce genre. Cet hôpital n'est pao encore entièrement achevé ; mais dans les mains des officiers français, il sera bientôt complété. Pour suppléer au défaut des Sœurs de Saint- Vincent de Paul, des femmes anglaises, animées du désir de rivaliser avec ces anges de la charité, ont demandé à aller soigner les blessés de leur nation , et elles sont parties

sous la direction de miss Xigtingale, l'une d'elles. » Les Russes eux-mêmes, quoique sous la double prévention du schisme et de l'inimitié politique, rendaient justice à nos saintes religieuses. Un général russe écrivait dans un de ses rapports :

« Nous éprouvons une véritable satisfaction à informer le public que les blessés russes transportés à Constantinople reçoivent dans les hôpitaux français , de la part des Sœurs de Charité, les soins les plus touchants. Fidèles à leur sainte vocation , ces religieuses viennent au secours des souffrances humaines avec une sollicitude toute chrétienne, sans établir de distinction entre les malheureux , selon leur nationalité ou le rit qu'ils professent. Nous savons même que, dans leur bienfaisance, elles ont acheté et fourni à nos prisonniers les vêtements les plus indispensables. Elles se sont montrées admirables en soignant et plaignant nos pauvres blessés , de même qu'elles font pour les Français.

» Puisse l'hommage de notre sincère gratitude parvenir à la connaissance de ces dignes religieuses , que Dieu seul pourra récompenser comme elles le méritent de la mission de charité qu'elles pratiquent ici-bas d'une manière si sublime. »

Ajoutons que les supérieures des Sœurs de Saint- Vincent avaient eu la précaution ingénieuse et charitable d'envoyer en Orient quelques Sœurs polonaises , qui comprenaient et parlaient le russe , et qui soulageaient ainsi doublement les pauvres prisonniers. On dit que parmi ces Sœurs se trouvait une des religieuses basiliennes de Minsk , qui , échappée par un secret de la Providence à la cruauté des bourreaux du czar, avait trouvé un asile chez les Sœurs de la Charité, et s'était consacrée, parmi elles , au service de Dieu dans les pauvres.

Les musulmans subissaient aussi l'ascendant de cette vertu , si extraordinaire à leurs yeux. Ces femmes , aussi pures que courageuses , aussi tendres qu'austères , dont le dévouement ne voulait d'autre récompense que des biens invisibles ; ces femmes, ces vierges admirables, si élevées audessus de l'idée qu'ils se font de la femme , devenaient pour eux l'objet d'un culte et d'un respect extraordinaire. Le sultan donnait l'exemple de cette vénération , et il la leur témoigna en mainte circonstance.

Le trait suivant peut faire apprécier l'influence qu'exercent ces héroïnes de la charité , et les con-

séquences heureuses qu'on peut espérer de leur séjour en Orient.

Un musulman de la classe inférieure avait été condamné à mort pour un délit qui semblerait chez nous peu grave , mais que la justice , là-bas , parfois sommaire, punit de la dernière peine^ Ce malheureux était père de huit enfants. Les Sœurs l'apprennent et s'en émeuvent, a Cet homme ne peut périr, il faut le sauver I » s'écrie-t-on à l'envi. Mais comment? Une démarche auprès du sultan paraît la voie la plus courte comme la plus sûre. « Demander une audience, se dit-on, il n'y a que ce moyen. » Et deux Sœurs se rendent au palais, où leur présence pouvait sembler bien étrange. La demande d'audience rencontra plus d'une difficulté dont leur insistance triompha. A la fia , les Sœurs sont introduites auprès du sultan, qui les accueillit avec bienveillance. Abdul-Medjid est un homme d'un esprit élevé , chez qui la grâce des manières s'unit à la dignité. Les religieuses expliquèrent l'objet de leur demande au sultan , qui les écoutait affable et souriant.

« J'accorde la grâce, dit-il ; puis-je refuser quelque chose au zèle sacré qui vous met dans le cœur

de telles pensées î Elle est belle , cette religion qui inspire , ô saintes dames , un dévouement comme le vôtre. Vous la faites aimer et bénir, cette généreuse France. Veuillez suivre cet officier (et le sultan le désignait) , il va vous conduire à la prison ; vous aurez le plaisir de délivrer de vos propres mains votre protégé pour le rendre à sa famille. >

Et comme elles se retiraient, attendries, en essayant de le remercier, il ajouta : « N'oubliez pas le chemin de ce palais. Chaque fois que vous aurez quelque chose à me demander, ne craignez pas , toutes les portes vous seront ouvertes , à vous les anges de la miséricorde I »

Le padischah , en parlant ainsi , a interprété les sentiments de l'armée et de la nation entière. On avait demandé des Sœurs pour une ambulance de l'armée ottomane. A leur entrée, tous les^cœurs se sentent émus de joie et de respect ; un softat, ^' approchant de la Mère supérieure , prend le crucifix qui pend à sa ceinture, et lui dit : Oh ! permets-moi de baiser Ion Mahomet ! A Beyrouth , il y a une Sœur, la sœur Gelas, qui exerce sur tous les esprits une si grande influence , que le pacha s'est

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cru obligé de lui donner la direction suprême des hôpitaux. Il a dégagé son autorité de toute espèce d'entraves, et il pousse même si loin la confiance à son égard , qu'il a placé sous sa surveillance exclusive les condamnés et les forçats malades. Ceux-ci connaissent la responsabilité de la Sœur, et il n'y a pas d'exemple qu'un seul d'entre eux ait jamais tenté de la compromettre en essayant de fuir. Son ascendant est si magique, qu'on a vu, dans les rues, de vieux musulmans , oubliant le double préjugé qu'ils entretiennent à la fois contre la femme et contre la chrétienne, tomber à ses genoux en ?igne de vénération. Enfin, les jeunes hommes qui doivent se marier mettent toujours , assure-t-on , pour condition absolue de leur union , que celle qu'ils épouseraient ira passer deux ou trois années sous la direction de la Sœur, dans l'école normale qu'elle a fondée à Peyrouth , et qui produit d'admirables résultats.

Telle est la puissance de la charité. Elle frappe vivement l'esprit des peuples de l'Orient , qui ne peuvent comprendre tant d'abnégation et de dévouement , qui ne s'expliquent pas comment de faibles femmes peuvent ainsi abandonner ce qu'elles

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ont de plus cher, leur famille et leur pays , pour venir se consacrer tout entières à l'éducation d'enfants qu'elles ne connaissent pas , à la visite des pauvres, aux soins rebutants des hôpitaux, où elles dépensent si rapidement leur existence. Mais ce que leur esprit ne saurait comprendre , leur cœur le sent et l'admire.

Ces témoignages publics de reconnaissance , cet hommage rendu par des peuples ennemis de la Croix aux vertus chrétiennes, touchaient sans doute les bonnes Sœurs ; mais la piété , le courage , la franche gratitude des soldats français leur allaient bien plus directement au cœur, et c'était là , après le ciel , la véritable et douce récompense qu'elles pouvaient ambitionner. Comment en effet ne pas s'attendrir et ne pas remercier Dieu lorsqu'on entend des paroles telles que celles que nous allons citer ?

Uq officier avait reçu une blessure au pied. Une Sœur de Charité était à genoux pour le soigner : o Vous souffrez beaucoup , lui dit-elle , vous avez un point de ressemblance avec Notre-Seigneur Jésus-Christ; offrez-lui vos douleurs, offrez-lui votre pied. — Oh ! ma Sœur, répondit-il , mon pied ,

c'est trop peu , c'est mon cœur que je teux lui donner. » Quelque temps après, ce même officier ressentait de -vives douleurs, o Eh ! monsieur, lui dit la bonne Sœur, offrez vos souffrances à Dieu ; vous pouvez faire votre purgatoire en ce monde et vous épargner bien des années de pénitence.' — A propos , ma Soear, reprit-il , est-ce qu'il y a des Sœurs de Charité en purgatoire ? — Hélas ! je le crains bien , répondit-elle ; nous sommes si imparfaites , qu'il nous restera bien des misères à expier. — Alors, je me rassure et je ne crains plus le purgatoire. Les Sœurs sont si bonnes qu'elles trouveront bien quelques moyens pour adoucir la position. »

A l'ambulance de Gul-Hané ou du sérail , une des Sœurs , ayant remarqué les larmes et les soupirs étouffés qui échappaient à l'un de ses malades, s'approcha de lui pour le consoler. Il tenait à la main un livre de méditations sur la Passion de Notre-Seigneur. Jamais peut-êlre la grâce ne l'avait trouvé mieux préparé , ou jamais encore il n'était entré aussi avant dans l'intelligence des douleurs endurées par l'Homme-Dieu , en sorte qu'il demeurait tout préoccupé et bouleversé par cette

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idée fixe, o Eh bien , pourquoi pleurez-vous, mon ami? — Ah! les scélérats! ils lui ont f.... des soufflets ; c'est trop fort cela, ma Sœur. » Sans le savoir, notre brave soldat reproduisait l'acte plein de foi de Clovis et de Crillon : ces âmes militaires se ressemblent i travers les siècles.

Un zouave n'avait plus que quelques jours à vivre quand une religieuse lui parla de régler les affaires de sa conscience. Comme tant d'autres, il voulut remettre ce compte à plus tard, en ajoutant : o Et que diraient mes camarades s'ils voyaient que je me confesse ? — Gomment , lui dit la Sœur , les zouaves qui sont si braves, qui exposent leur vie sans crainte , n'oseraient pas servir Dieu ? — Vous avez raison , ma Sœur , répondit-il , il faut être chrétien pour tout de bon. s Dès ce moment il se prépara à remplir ses devoirs, et ne s'occupa plus que de son éternité.

On apporte huit soldats mourants à l'hôpital ; l'un d'eux refuse de se confesser. La Sœur glisse une médaille de la sainte Vierge sous le traversin du pauvre malade. Quelques heures après , il appelle la Sœur et lui dit : « Meurt-on ici comme des chiens? Je suis chrétien, je veux me confesser.

— Hier je vous l'ai proposé, vous m'avez dit non , répond la Sœur, et même vous avez renvoyé le prêtre. — C'est vrai , j'en suis fâché; qu'il vienne maintenant, t II se confessa et envisagea la mort sans effroi, a Je ne regrette plus la vie, disait-il, car j'en espère une meilleure. » Il mourut bientôt. Jamais les Sœurs de Charité n'ont vu un soldat résister longtemps aux instances qu'elles lui adressaient pour l'amener à se confesser. Toute objection disparaissait lorsqu'elles disaient à ces braves enfants que leur mère serait bien-aise d'apprendre cette nouvelle. A ce mot magique de mère , le cœur du soldat était visiblement ému; souvent, trèssouvent, les larmes coulaient, et la résistance était vaincue. Jamais non plus un regard moins respec- ■ tucux, une parole hardie ne vinrent alarmer leur dignité virginale. Une des Sœurs de l'hôpital de Varna déclarait qu'elle n'aurait pas cru qu'une armée française fût si morale et si retenue. « Il ne » m'est pas arrivé une seule fois , disait-elle , de » voir un militaire quelconque faire ou dire quel- » que chose qui nous causât de la peine , ou nous » regarder seulement de manière à nous embarras- » ser. Ils s'abstenaient en notre présence de ces

» mois grossiers si familiers aux soldats , et s'ils » leur en échappait quelqu'un par mégarde, à » l'instant même ils nous en demandaient pardon. » Ils nous entouraient non seulement d'égards , de » soins, de bienveillance , mais même de respect » et de vénération. Les jeunes officiers des familles » les plus distinguées de France se faisaient un » plaisir de nous rendre mille petits services ; ils » nous suppliaient de les employer à quelque » chose d'utile aux nombreux moribonds qui en- » combraient nos hôpitaux. »

Tel était l'ascendant exercé par le généreux apostolat des Filles de Saint- Vincent. Mais ces résultats admirables se payaient cher : Dieu demandait de grands sacrifices à l'Institut qui se dévouait si noblement à son service et à celui de la patrie , et dans ces hôpitaux, dans ces ambulances , remplis de malades et de blessés, les Sœurs de Charité tombaient, pures victimes, à côté des soldats qu'elles servaient jusqu'au dernier instant. L'hiver de 1854- 55 , si terrible pour nos soldats campés sous les murs de Sébastopol, fut aussi l'époque où les Sœurs de Charité subirent les plus grandes pertes. Elles succombaient à des travaux immenses, des fatigues

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sans repos, à l'influence de l'air pestilentiel au sein duquel elles -vivaient nuit et jour; mais aucune d'elles n'a faibli dans ce combat, et toutes ont remercié le Seigneur de la sainte vocation à laquelle il les avait appelées et de la mission héroïque pour laquelle il les avait choisies.

Voici en quels termes les journaux rapportent la mort de quelques-unes de ces saintes religieuses :

t L'hôpital français de Varna vient de faire une perte très-regrettable dans la personne de sœur Marie. Elle a succombé à la maladie qui sévit si cruellement depuis six semaines dans l'établissement, et à laquelle ont providentiellement échappé jusqu'ici les médecins qui prodiguent leurs soins aux militaires. A la liste déjà si longue fournie par l'hôpital de Constantinople, devait s'ajouter le nom d'une nouvelle et sublime victime de la charité. Samedi dernier, par une matinée froide et triste , la garnison tout entière conduisait à sa dernière demeure la dépouille mortelle de cette femme de bien, dont M. le médecin en chef de l'hôpital, dans une allocution qui a ému tous les assistants , a dignement retracé les services et les vertus.

BT AUX AMBULANCES

» Voici les paroles prononcées par M. le docteur

Pégat:

a Messieurs,

» Ne nous éloignons pas de cette fosse qui vient de recevoir la dépouille mortelle d'une humble Fille de Saint-Vincent de Paul, sans la saluer d'un respectueux hommage. Comme chrétiens et comme Français, inclinons-nous profondément devant elle, car elle ne s'est ouverte que parce qu'un ange de charité, que hier encore on appelait sur la terre sœur Marie, est tombé victime de son dévouement à nos pauvres soldats malades. Pour combattre et mourir sur cet obscur champ de bataille, où, malgré tous nos efforts, notre glorieux pays perd malheureusement chaque jour quelques-uns de ses braves enfants, cette héroïque femme avait tout quitté ; elle avait abandonné sa famille , et je n'ai pas besoin de vous dire, Messieurs, quelle était cette famille : c'était l'orphelin qu'elle élevait pour la vertu, la veuve qu'elle consolait , le vieillard dont elle charmait les dernières heures , l'infirme dont elle soulageait la souffrance , le pauvre qu'elfe assistait en toutes ses misères ! Elle était venue joyeusement se cloîtrer dans cet hôpital militaire

de Varna, dont le nom seul rappelle à notre pensée de si lugubres souvenirs. Là , le jour comme la nuit, on l'a vue, infatigable, intrépide, prodiguant ses soins à tous les malades , mais ayant, à son insu, et comme par une sorte d'instinct sublime, une prédilection marquée pour ceux d'entre eux dont l'approche ou le contact offrait le plus de danger. Il n'est personne aujourd'hui, même dans cet Orient qui , hélas ! ne peut encore qu'admirer sans le comprendre un aussi magnifique dévouement, qui ne sache quelle sainte ardeur, quel zèle passionné les Sœurs de Charité apportent dans l'accomplissement delà divine mission qu'elles se sont donnée. Mais, permettez-moi de vous le dire, Messieurs , il faut les avoir vues à l'œuvre, les avoir suivies des années entières d'un œil attentif et pieux, comme l'a fait celui qui a l'honneur de parler en ce moment devant vous, pour savoir quel trésor de miséricorde et d'amour versent autour d'elles ces angéliques créatures. Il faut surtout les avoir vues au chevet de ceux de nos soldats qui sont totalement voués à une mort prochaine, pour comprendre combien a été sage et bienfaisante la mesure qui leur a ouvert les portes de nos hôpitaux

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militaires , où nos vœux les appelaient depuis si longtemps. Ea effet, quand le médecin , convaincu de l'insuffisance de son art , s'éloigne tristement du lit sur lequel un malheureux est condamcé à mourir en détail , la Sœur de Charité accourt ; elle se saisit , passez-moi cette expression , de cet agonisant ; elle l'entoure de ses soins les plus affectueux, elle le console, elle l'encourage, elle endort ses douleurs ; comme une mère, elle veille sur lui jusqu'au moment suprême , et elle parvient toujours à lui faire franchir, sans terreur pour ce qui l'attend au delà de la tombe , comme sans regret pour ce qu'il laisse derrière lui , le redoutable passage de ce monde à cet autre monde mystérieux , auquel le juste lui-même ne peuse jamais sans se sentir ému jusqu'au fond de ses entrailles. » Dieu seul peut dignement rémunérer de tels services rendus en son nom à l'humanité souffrante. Nous ne pouvons que les constater et les signaler à votre admiration , nous qui ne nous croyons pas même le droit de louer nominativement celles qui font tant de bien et qui opèrent de 3i grandes merveilles sous nos yeux ; car de tant de vertus que possèdent à un si haut degré les Filles de Saint-

Vincent de Paul , nous savons qu'il n'en est pas une qu'elles estiment davantage et qui leur soit plus chère que la modestie , et nous comprenons que c'est surtout cette vertu qu'il convient d'honorer et de respecter quand on parle devant vous de l'une de ces pieuses filles.

» Inutile de vous dire que sœur Marie est morte ainsi qu'elle avait vécu, saintement et dans la paix du Seigneur. Nul doute qu'elle ne jouisse en ce moment de ce bonheur qu'elle a toujours si ardemment désiré. Nul doute encore que dans le ciel, où elle a pris possession de cette place éminente que sa vie toute d'abnégation et son martyre lui ont méritée, elle ne continue son œuvre de charité , et qu'elle n'intercède pour ses dignes compagnes qu'elle aimait si tendrement , et pour ses chers malades qu'elle portait si tendrement dans son cœur. Puissent ses prières être exaucées 1 Puisse la longue liste des Filles de Saint- Vincent , mortes victimes de leur ardent amour pour leur Dieu et pour leur prochain, se terminer par le nom vénéré de sœur Marie I Puisse enfin Celui qui se plaît à s'entendre appeler le Dieu des armées, regarder nos soldats d'un œil miséricordieux , éloigner d'eux

ces cruelles maladies qui ne les ont que trop décimés jusqu'à ce jour, et ne leur accorder désormais d'autre mort que cette mort glorieuse qu'ils 6e plaisent à chercher et à braver sur les champs de bataille t »

L'hôpital de Scutari paya sa dette à son tour. Sœur Mélanie, qui dans le monde s'appelait M" e Esparbié, de Toulouse, succomba à l'extrême fatigue. Elle avait préludé au sacrifice suprême par une longue vie de charité.

Quand, au milieu de nos discordes civiles , Mgr Affre tombait , dans sa ville archiépiscopale , victime d'un grand dévouement , la sœur Mélanie, dans sa ruedel'Epée-de-Bois, travaillant à la même régénération sociale , était aussi dévoués à la mort par une main sacrilège , et la balle, mal dirigée, ne lui emporta que la cornette, qui fut traversée par lïne de ses ailes.

Le même jour, un officier de la garde mobile , poursuivi par les insurgés , se réfugia dans la maison qu'habitait cette religieuse au faubourg Siint- Marceau ; mais en entendant les vociférations , les menaces d'incendie et les cris de mort qu'on proférait contre sa protectrice , le militaire se livra à ses

ennemis , qui déjà l'avaient fait mettre à genoux pour le fusiller.

En ce moment terrible , la vénérable supérieure accourut, et par l'ascendant irrésistible des bienfaits dont elle avait comblé cette populace , elle préserva l'officier de la mort ; mais , furieux en voyant que sa victime lui échappait , un de ces hommes , plus irrité que les autres, plaçant sa baïonnette sur la poitrine de sœur Mélanie, qui assistait à cette scène, lui dit avec un accent de rage : « Eh bien , c'est toi que nous tuerons 1 — Crois-tu que j'aie peur de ta baïonnette ? reprit froidement la sainte fille en le repoussant avee dédain , je ne crains que Dieu. »

Compagne pendant vingt-cinq ans, et confidente intime des grandes œuvres de la célèbre sœur Rosalie, dont le nom et la mémoire sont si populaires h Paris, elle avait appris à son école qu'une Sœur de Charité ne doit vivre que pour se dépenser entièrement et de toutes les manières au service des infortunés. Aussi, peu contente de ses sacrifices de chaque jour, elle enviait le bonheur de ses compagnes qui allaient en Crimée pour avoir soin des malades et des blessés et qui risquaient mille fois jeur vie dan3 ces travaux glorieux. Enfin, ses vœux

secrets furent accomplis : dans une réunion dont elle faisait partie, on demanda quinze religieuses pour aller remplacer celles qui étaient mortes à la brèche. Elle se leva pour solliciter cette faveur, et elle obtint de faire cette belle campagne de charité. Elle était pleine de joie; il lui semblait voir la noble palme qu'elle allait cueillir. A Marseille , en quittant un de ses frères dont elle était tendrement chérie , elle lui dit en souriant : « Adieu ; je te quitte pour aller au ciel. J'y vais par le chemin de Constantinople I »

Son pressentiment se réalisa : elle mourut après avoir prodigué , jusqu'au dernier instant , les plus tendres soins à ses chers soldats.

Une de ses compagnes, sœur Eugénie, la suivit bientôt. Ces humbles filles , qui n'avaient demandé ici-bas que l'obscurité et le silence , furent conduites à leur dernière demeure au milieu des honneurs militaires , inspirés par la juste reconnaissance des soldats. Les Grecs , les Turcs , et même les Anglais , étaient étonnés de voir nos grenadiers et nos chasseurs du camp de Gallipoli escorter et porter tour à tour sur leurs épaules la bière d'une religieuse. Une Sœur mourut à l'hôpital de Chalkil

en donnant ses soins à nos marins terrassés par le typhus. Sur la demande des officiers et des mate' lots, les supérieures de la communauté durent consentir à laisser ensevelir leur compagae dans le cimetière des marins. Le commandant; accompagné de son état-major, présidait au convoi , et le cérémonial des funérailles fut celui que l'on suit pour les officiers.

Les pertes nombreuses essuyées par l'Institut , le péril incessant que couraient les Sœurs dans les hôpitaux et les ambulances que le canon de Se bastopol se chargeait de peupler, ces perspectives redoutables de danger, de souffrance et de mort , loin d'alarmer les Sœurs qui restaient en Erance , semblaient allumer leur courage et leur ferveur. Toutes auraient voulu partir : heureuses celles que l'on choisissait pour ce poste d'honneur et de danger ! On jugera de leurs sentiments par les lettres

suivantes :

« Marseille , 35 mars 1854.

» Ta surprise sera grande, ma bonne Fanny, en voyant le timbre de ma lettre. Oui , je suis à Marseille , y attendant le moment où je verrai se réaliser le plus ardent de mes désirs : je pars pour

Constantinople , où nos bonnes Sœurs succombent de fatigue en demandant avec instance du secours. J'ai eu le bonheur d'être acceptée par nos vénérés supérieurs, pour faire partie de la nouvelle colonie qui s'y rend. Je ne l'ai su que l'avant-veille ; nous étions loin de nous y attendre avant une dépêche télégraphique reçue avec une demande instante de quinze Sœurs. Tu sais quels étaient mes désirs ; ceux de mes supérieurs, dont la volonté m'est chère et que je regarde comme celle de Dieu , ont seuls pu me faire attendre aussi longtemps l'effet de ces mêmes désirs. Les moments de la Providence n'étaient pas arrivés ; mais enfin je vois déjà la mer, et bientôt elle nous portera vers le port désiré. Je n'ai pu prévenir personne avant mon départ de Paris; à peine ai-je eu le temps de me reconnaître. Excuse-moi auprès de mes bonnes tantes , de tout le monde. Si nous ne nous embarquons que lundi , je pourrai peut-être encore leur écrire; mais préviens-les, en attendant, et surtout assure-les de mon bonheur; et toi-même crois-le bien réel, ma bonne petite sœur. Ce n'est pas à dire que je n'ai point souffert de la séparation de la grande famille à laquelle j'avais le bonheur d'être adjointe, et

Sœurs de Charité.

LKS S0KTJRS AUX HÔPITAUX

qui , en cette circonstance , m'a donné de telles preuves d'affection que mon cœur se brisait. D'une autre part, Gabrielle, que je laisse à Paris et non plus à Versailles , a imposé à ce pauvre cœur un sacrifice difficile à rendre.... Mais non , mon Dieu! je ne veux point compter avec vous; vous savez ce que je laisse. Sœurs chéries , sur lesquelles toutes mes affections se reposent avec une tendresse dont vous êtes le principe et la fin , membres bien-aimés d'une famille d'autant plus aimée qu'elle a déjà coûté des larmes à mon cœur ! agréez-en le sacrifice : j'étais trop heureuse , votre amour me le faisait sentir en me pressant de tout quitter. Puisséje obtenir ce. même amour et y livrer mon cœur sans aucune réserve 1 Le ciel ne peut s'acheter trop cher. Sois donc bien généreuse , bonne Fanny ; pour moi, le plus grand sacrifice serait de vous croire toutes deux dans la tristesse pour votre petite missionnaire , heureuse d'offrir à Notre-Seigneur ce dernier sacrifice , le seul qu'elle pût lui présenter.... Je te quitte, impossible de continuer; il faut que je prévienne toutes les maisons qui se trouvent sur la route ; car notre supérieur-général, qui revient de Rome, est à Marseille, et notre très-

honorée et si bonne Mère nous y a accompagnées. Le cœur faiblirait s'il s'arrêtait aussi à la pensée de ne les plus revoir; mais au ciel la joie sera plus pure, si nous avons su souffrir quelque petite chose sur la terre.... Adieu, je t'écrirai de Constantinople dès que je le pourrai. Tu peux adresser tes lettres pour moi à Paris , sous l'enveloppe de ma Sœur Giraudot, ajoutant , pour les faire parvenir, à Sœur C... , à Constantinople. Comme nos supérieurs envoyent leurs plis par le ministère , elles me parviendront sûrement. Gabrielle t'a sans doute écrit. Je te la recommande ; son pauvre cœur a tant souffert de cette séparation et a tant fait souffrir le mien ! Ecris-lui quelques lignes de consolation, elle en a besoin; mais elle est cependant bien généreuse, et mon bonheur adoucit sa peine. Au ciel nous nous retrouverons.... Adieu, prie beaucoup et fais beaucoup prier pour moi. Nous passerons toute la semaine-sainte en mer, et nous ne pourrons arriver que pour le mardi de Pâques, si elle nous traite bien. A la garde de Jésus qui nous appelle. Sœur C... »

Cette lettre respire encore la mélancolie du départ dans une âme bien généreuse et bien fervente ;

celle-ci , écrite après la prise de Sébastopol , es» pleine d'une aainte joie :

La Sœur... à son oncle, cnré à G...

Constanlinople, 4 octobre 18S!j.

« Mon bien respectable oncle ,

» Je vous avais promis de vous écrire sous bien peu de temps, mais il m'a été impossible de vous envoyer plus tôt de mes nouvelles ; mes occupations sont trop multipliées , surtout aujourd'hui que je suis, non plus à l'hôpital militaire, mais au Camp de manœuvres , où nous avons quatorze baraques de quatre-vingts lits chaque , sans compter les tentes et autres pavillons. Ici, cher oncle, surtout du côté de la mer Noire, les pluies et les vents ne sont pas chauds. Malgré nos gros vêtements d'hiver, j'y enrhume bien facilement. Nous avons un grand nombre de blessés à soigner. Tous sont glorieux d'avoir pris Sébastopol ; ils ne comptent pour rien leurs plus graves blessures , tant ils sont heureux de leur victoire ! Nous avons aussi bon nombre de Russes. Oh ! je vous assure qu'ils

ET AUX AMBDLANCES

paraissent bien heureux de trouver ici des Sœurs polonaises qui parlent un peu leur langue. Quand ils les entendent arriver près d'eux , ils ne savent comment leur témoigner leur reconnaissance ; ils baisent leurs mains , leurs habits , et essaient de pousser des cris de joie...! Ah ! si nos pauvres prisonniers français avaient chez les Russes pareille consolation I Parmi ceux qui y sont allés, quelquesuns seulement m'ont dit y avoir été assez bien , les autres disent le contraire. Un officier, qui y est resté cinq ou six jours , m'a assuré y avoir été très mal ; il était obligé d'aller lui-même chercher çà et là en ville du linge pour ses plaies, et de le payer fort cher.

» Il faut aussi, cher oncle, que je vous raconte quelques petits traits de nos bons soldats qui nous arrivent de Grimée. Je ne puis vous en citer que quelques-uns, mais croyez bien que de pareils sentiments de foi sont ici comme à l'ordre du jour.

» Tous les militaires aiment la très sainte Vierge. Simples soldats et officiers , ils disent tous que c'est à Marie qu'il faut attribuer une si belle victoire ! On a une confiance inimaginable dans la médaille de la très sainte Vierge. Aussi voilà ce qu'ils nous

demandent toujours : « Sœur, Sœur, me disait » un d'eux, j'ai perdu ma chère médaille!... Oh ! » donnez-m'en une, dites? » — Donnez-moi, je » vous en supplie, me disait un autre, donnez- » moi une médaille pour mettre à la chaîne de » ma montre, ça me portera bonheur, b

» Il y a quelques jours , je demandais à un blessé comment il avait pu éviter tous les périls qu'il nous disait avoir éprouvés : « Oh 1 la Sœur, me » dit-il avec un air de joie et de reconnaissance , » c'est que j'ai la médaille delà bonne Vierge, » que ma pauvre mère m'a fait tenir avec une » lettre. Je me recommande diantrement à elle ; » et toujours , en dormant , je me figurais voir b une grande dame qui écartait de moi tous les » projectiles que les Russes nous lançaient, s

s II y a, à l'hôpital, un officier supérieur et un capitaine des chasseurs qui tenaient cette conversation , que nous entendions facilement : a Savez- » vous bien, disait le premier, que j'aurais pu » fort bien rester du coup ! Ma blessure est grave ; » mais c'est égal , je crois que c'est à ma médaille » que je dois ma vie. Elle m'a sauvé. Aussi, quand » je change de linge , si j'oublie de la reprendre ,

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» je tremble, j'ai peur tant que je ne l'ai pas. » Sans elle, je n'y suis plus ! » Et l'autre officier applaudissait franchement....

b Oh ! mon cher oncle , que de foi chez nos braves ! Tenez , je soignais un malheureux qui avait l'épaule traversée par une balle ; il souffrait horriblement; sa blessure était bien grave. J'essayais de le consoler, a Oh ! ma Sœur, me dit-il b en prenant la croix de mon chapelet, Celui qui » a été autrefois attaché à une croix souffrait » davantage, et lui était innocent! »

» Un officier, couvert de la sueur de la mort , se reprochait devant moi de s'être trop plaint du froid ; il en demandait pardon au bon Dieu !

» Je finis , j'aurais trop à vous dire de ces traits qui excitent l'âme à bien servir son Dieu ! Daignez , en retour de cette lettre , m'envoyer bonne cargaison de médailles. Je n'en ai plus à donner, et hier et avant hier j'en ai bien promis. C'est que j'espérais que d'ici à un mois vous nous feriez votre générosité. Adieu , bon oncle ; priez pour votre nièce , qui veut bien faire tous les sacrifices pour pouvoir être un jour près de vous au ciel. »

Non contentes de prodiguer leurs soins aux

LBS SOHURS AUX HÔPITAUX

blessés, ces femmes compatissantes à toutes les douleurs essayaient de consoler les veuves , les orphelins que la guerre avait faits. Voici une lettre, écrite par une Sœur de Charité , qui a été lue en ehaire, à Edimbourg, par un ministre protestant, et qui a attendri tous les auditeurs. Elle est adressée à la veuve d'un soldat anglais :

« Chère mistress G....,

» J'ai promis de vous écrire et de vous raconter tout ce qui concerne votre mari. Vous savez déjà , je pense, qu'il avait été très grièvement blessé par un éclat d'obus. Il souffrait beaucoup de sa blessure , mais les souffrances ont ensuite paru moins vives , et nous avons eu un moment l'espoir de le sauver ; mais Dieu en avait ordonné autrement. L'amputation de la main droite a d'abord été jugée nécessaire ; il a supporté l'opération aussi bien qu'on pouvait l'espérer dans son état de faiblesse , et il a paru soulagé ; mais hier, il a commencé à perdre le peu de forces qui lui restaient; il pouvait à peine parler, et il est allé s'affaiblissant ainsi peu à peu jusqu'à cet après-midi , quatre heures , moment où il a rendu le dernier soupir. Tout ce qu'il était possible

mm

de faire pour lui , on l'a fait. Il avait été placé sur un lit tout à la fois chaud et bien aéré , et on s'est empressé de satisfaire tous ses désirs et même ses moindres fantaisies. Il tenait beaucoup à ce que sa montre et quelques autres petits objets vous fussent envoyés à vous et à ses enfants ; son capitaine les a confiés à un sergent estropié qui , dans un jour ou deux , s'embarquera pour l'ADgleterre. Il m'a prié aussi de vous écrire, si Dieu le rappelait à lui, et de vous faire connaître le plus tôt possible tout ce qui le concerne. Il parlait souvent de vous et de vos enfants avec la plus vive tendresse ; votre avenir l'occupait et l'inquiétait , mais il voyait approcher la mort avec une soumission complète à la volonté de Dieu. Il a montré constamment une grande résignation , beaucoup de patience et la plus grande douceur vis-à-vis de ceux qui l'approchaient. Tout le monde aussi dans la salle où il se trouvait a été pour lui plein d'égards , de respect, et chacun a fait ce qu'il a pu pour lui rendre sa fin moins amère. Je l'ai vu tous les jours pendant la dernière semaine, et j'ai fait pour lui tout ce qui était en mon pouvoir. Je n'essayerai pas de vous consoler, car je sens que ce doit être là pour vous un coup terrible ; je me

bornerai à vous dire de penser souvent que Dien est un tendre Père , que dans nos afflictions il faut voir quelquefois un don de sa miséricorde ; que ce qui est un grand chagrin pour vous est peut-être une joie bien plus grande pour votre mari , à qui la résignation et les sentiments de charité dont il a fait preuve ont été certainement comptés là-haut ; et je suis sûre que vous l'aimiez trop pour le ravir au séjour du ciel. Je ne puis que vous promettre de prier pour lui, pour vous et pour vos enfants. Que Dieu vous bénisse et vous console tous !

d Je suis, ma chère mistress G....,

» Votre fidèle en Jésus-Christ ,

» Sœur Marir de Gonzagub.

» Hôpital de Scutari, 24 novembre. »

Le mois de Marie et la Fête-Dieu.

Partout où se trouvaient les aumôniers et les Sœurs de Charité, la France catholique se trouvait tout entière , avec ses saintes habitudes , sa foi, sa piété vive et sa dévotion envers Marie. Aussi , quand vint le mois de mai , les religieuses et les soldats célébrèrent en commun la Reine des Anges , la Tour de David , Celle qui est comme le lis parmi les épines, et qui apparaît terrible comme une armée rangée en bataille. Dans les salles ou les chapelles de ces édifices qui, jusqu'à notre occupation , n'avaient été que l'oratoire de la mosquée , un autel avait été élevé à Marie ; on prenait soin de le décorer avec un goût qui prouve que chaque régiment a ses artistes. Là , des colonnes ont été

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