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enfant et je lai demande s'il veut obtenir de Dieu le pardon de ses fautes, o Oh I oui , répondit-il, je le voudrais bien ; mais la pénitence est un si grand sacrement ! Je n'y suis certainement pas préparé. » Alors je le disposai moi-même à cette grande action. Je lui fis réciter les prières qu'il aimait de préférence, et en particulier le Memorare. a Etes-vous fâché d'avoir offensé Dieu î lui dis-je. — Je vous assure , reprit-il , que je ne l'ai jamais fait que par faiblesse et par entraînement , et que je me le suis toujours vivement reproché. » Je lui donnai l'absolution de ses fautes , remettant l' extrême-onction au lendemain. Pendant la nuit , nous priâmes encore ensemble , et nous nous entretînmes de la vie et de la mort au point de vue chrétien.
» Oh ! qu'il y a de nobles sentiments dans les âmes de nos jeunes officiers ! Emportés par une certaine fougue de jeunesse , ils se montrent parfois méprisants et fiers , ils affichent certains airs d'impiété , mais le fond de leur eœur est plein de noblesse. Laissez passer l'effervescence du premier moment , et vous trouverez un trésor caché dans ces jeunes âmes. Pendant deux jours , il me fut donné de lire de bien belles choses dans
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le cœor de l'enfant que j'avais presque adopté. » Les médecins firent des prodiges pour l'arracher à la mort. Je les ai vas se réunir autour du lit du jeune officier pour remplir près de lui les fonctions de simples infirmiers. Ils se montrèrent plus que dévoués à leur devoir. Je les vis presque se passionner pour disputer à la mort la vie de cet enfant. Enfin la mort devait l'emporter sur l'art ! Or, pendant ces deux jours suprêmes, mon courageux jeune officier les regarda en face sans frémir. Je n'ai pas surpris en lui un moment d'hésitation, et , comme je lui posais une fois la question catégoriquement : « Vouleï-vous vivre ou mourir selon la volonté de Dieu ? êtes-vous disposé à tout? — Absolument, me répondit-il avec énergie, absolument! » Lorsqu'il ne put plus parler, il avait encore sa connaissance entière. Alors je lui récitais tout haut des prières. Il joignait les mains et tâchait de tourner la tête de mon côté. Enfin , lorsque ses yeux furent vitreux et insensibles à la lumière , je pris les mains du mourant, je penchai ma tête sur son oreiller, et je Ici dis tout bas à l'oreille : c Je vais vous donner une dernière absolution. Etesvous bien résigné à mourir ?» Il pressa mes mains
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dans les siennes, il mit sa joue sur la mienne , ses lèvres s'efforcèrent de prononcer une parole qu'elles ne purent articuler. Je lui donnai l'absolution , et il mourut.... »
Que pourrait-on ajouter à ce touchant récit , où l'auteur, parlant dans la confiance et la sincérité de son âme, a peint d'une manière si vive l'action consolante de la religion au sein des camps î Ah 1 la France tout entière , dédaignant les traditions d'un passé impie , est redevenue juste pour ces nobles prêtres morts au champ d'honneur, pour ces courageuses Filles de Saint-Vincent (1) décimées par les fléaux et les fatigues, père3 et mères de nos soldats
(1) Une des compagnes de miss NigUtingale a publié à Londres un volume très intéressant, écrit avec une admirable simplicité, et intitulé Récit de douze mois passés dans les hôpitaux de Koululi et de Scutari , par une dame volontaire. C'est un hommage rendu , par une personne naïve dans l'exercice des fonctions de la charité , à l'influence des idées catholiques. Après avoir décrit les désordres de toute espèce qui régnaient dans les hôpitaui anglais , elle est amenée à parler des hôpitaux dirigés par les Sœurs de Charité , qu'elle a en le bonheur de visiter ; elle redit avec chaleur, et comme témoin irrécusable , ce que tout catholique sait depuis longtemps : le dévouement admirable des Sœurs de Saint-Vincent ,de Pault, leurs soins intelligents, le respect qu'elles inspirent a tous ceux
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tombés martyrs du devoir et de l'obéissance militaire. Puissent ces sacrifices être féconds ! puissent
qui ont le bonheur de les connaître de près. L'auteur du récit les a visitées dans leur établissement é'enfants trouvée Galata. «Elle y vit , dit-elle, une Sœur qui tenait dans ses bras un » petit Italien aux yeux noirs ; un petit Allemand aux cheveux » blonds était sur ses genoux , tandis qu'un enfant russe s'ac- » crochait à sa robe. Toutes ces Sœurs étaient à l'œuvre pour » le soulagement des enfants les plus malheureux et les plus » délaissés du monde.
» Depuis deux cents ans, partout où vous trouverez une armée » française, vous rencontrerez les Sœurs de la Charité; etaumi- » heu des scènes d'horreur et malgré la licence des armées , les » Sœurs sont partout respectées et vénérées. Elles ont un boucher » que personne n'aurait l'audace de toucher. Sur le champ de » bataille, comme dans les ambulances, comme dans les hôpitaux, elles peuvent se croire dans leurs couvents. La première » habitation venue leur sert de retraite; la crainte de Dieu fait » leur sûreté, et une sainte modestie est un voile universelle- » ment respecté. Nous visitâmes la maison-mère de Galata ; c'est » une merveille. Le parloir est un rendez-vous de toutes les » nations. Tout homme en trouble ou en détresse vient chercher » ici un adoucissement a ses maux. Il y a une centaine 'de Sœurs » qui soignent des enfants de toute nation et desservent jusqu'à » six hôpitaux militaires.
» Cet ordre religieux, fondé par saint Vincent de Paul, est » vraiment admirable... il est répandu dans tous les pays. Le » nombre des Sœurs s'élève à onze mille. Leur charité fit dire » à Voltaire que, si quelque chose pouvait l'amener à croire à
ces existences héroïques et pures , immolées aux champs de la Crimée, faire renaître en France l'es-
» la divinité du christianisme, ce serait l'œuvre des Sœurs de » la Charité. Elles furent respectées même sous la Terreur. Pen- » dant la guerre d'Espagne , elles étaient garanties contre toute » insulte par les deux partis. Français et Espagnols, tour à tour, » plaçaient des gardes à la porte du coHvent des Sœurs de la » Charité.... Voici l'histoire de leur établissement à Constanti- » nople. Il y a quinze ans , une demoiselle allemande témoigna » le désir d'être admise au couvent de Paris ; mais elle avait » dépassé l'âge requis. Cependant la supérieure, entrant dans » ses vues , promit de la recevoir à une condition qui paraissait » alors bien difficile à remplir. Elle devait, avec une seule » compagne , commencer une école et fonder un établissement » à Constantinople. La novice consentit et réussit. » C'est aujourd'hui sœur Bernardine , dont l'éloge est partout et surtout dans le livre de la dame anglaise.
La publication de ce livre (1856) a fait en Angleterre une grande sensation; plusieurs éditions ont été épuisées en peu de temps , et l'on peut espérer que , comme miss Lawfield , l'auteur fera bientôt partie de cette belle phalange de vierges chrétiennes , dont elle a su apprécier les vertus et dont elle a si noblement préconisé l'héroïsme.
La lecture de cet ouvrage, jointe au récit des soldats anglais qui conservent un précieux souvenir des services reçus et des actions sublimes dont ils ont été les témoins , produira aussi de profondes impressions sur les populations protestantes, et, en déracinant d'antiques préjugés, disposera les esprits et les cœurs à ua mouvement plus prononcé de retour vers l'antique bercail.