‹ Les soeurs hospitalièresChapitre 2 sur 28 · A M. 1IÉR0LD, PRÉFET DE LA SEINE · texte numérisé non relu

A M. 1IÉR0LD, PRÉFET DE LA SEINE

Paris, le 19 février 1881.

Monsieur le préfet,

Le conseil de surveillance des hôpitaux

vient de voter la laïcisation des hôpitaux de

Paris sans enquête préalable sérieuse, sans

consulter le corps médical des hôpitaux,

capable de le renseigner sur l’intérêt réel

du malade. Le conseil a voté en principe que la surveillance des salles de malades serait faite exclusivement par des laïques.

Je ne suis pas suspect, monsieur le préfet, et j’ai acquis le droit de parler sur ce sujet : seul de tous les médecins et chirurgiens des hôpitaux, en 1876, je me suis opposé à rétablissement de billets de salle ou l’administration, cléricale alors, avait introduit des modifications propres à violenter la conscience des malades, et je n’ai pas été étranger à leur suppression. Si je rappelle ce fait, c’est pour donner plus de poids aux raisons que je me permets de vous soumettre, en même temps que je fais appel à l’opinion publique qui doit être aujourd’hui éclairée.

Le conseil de surveillance, qui ne ren-

L ET TR ES

ferme que trois médecins ou chirurgiens des hôpitaux sur les quinze personnes qui le composent, a-t-il réfléchi? Était-il d’ailleurs absolument compétent? Quelles plaintes, quel mouvement d’opinion parmi les médecins et les malades ont dicté ce vote? Cette précipitation ne révèle-t-elle pas plutôt la recherche de la popularité par les moyens extrêmes? Détestable penchant qui ruine les démocraties ! Le conseil de surveillance a voulu distancer le conseil municipal; je ne vois pas d’autre mobile à ce vote hâtif. Le mouvement anticlérical, qui est manifeste dans notre pays et qui a toutes les sympathies des hommes sincèrement républicains, a un but sérieux : détruire le clergé comme parti politique; mais il n’a jamais eu pour objet de désorganiser les hôpitaux

et les bureaux de bienfaisance que le conseil de surveillance a oubliés dans son projet de laïcisation l.

Le prosélytisme religieux auquel les malades sont exposés dans les hôpitaux m’offense autant qu’aucun des membres du conseil de surveillance; mais j’aurais dit, si l’on m’avait demandé avis, que la religieuse, avec tous les défauts inhérents à sa religion oppressive, vaut mieux pour le malade qu’une séculière. Yoilà vingt-six ans que je vois dans les services auxquels j’ai été attaché l’un et l’autre ordre d’infirmières, et

1. Le conseil de surveillance surveille les bureaux de bienfaisance comme il surveille les hôpitaux. Je suppose que, s’il n’a pas voté la laïcisation des bureaux de bienfaisance, c’est parce qu’il ne pouvait rien mettre à la place des Sœurs de charité, et celles-ci ne font pas moins de prosélytisme que les Sœurs des hôpitaux.

LETTRES

j’ai acquis la conviction que l’intérêt dûmalade est d’avoir une religieuse qu’il est d’ailleurs facile de mettre au pas.

Voici mes arguments :

Une laïque peut être mariée, mère de famille ; toutle temps qu’elle pourra prendre au service des malades, elle le prendra pour l’employer aux soins de son ménage, et elle aura raison. Qui en souffrira? le malade qui restera livré aux infirmiers.

Une laïque peut recueillir pour elle des bijoux, bagues, boucles d’oreilles que prennent d’ordinaire les gens de service aux mourants lorsqu’ils ne sont pas entourés de leur famille et lorsqu’ils ne sont pas surveillés. Que ferait de ces bijoux une religieuse? La tentation n’existe pas pour elle. Une laïque aura son enfant ou son mari

malade, elle n’hésitera pas à prendre sur la nourriture commune des malades quelques douceurs pour les siens ; il ne faut pas connaître la nature humaine pour penser qu’il en sera autrement. Je n’en dis pas plus long sur ce point.

Enfin, depuis vingt-six ans, je n’ai jamais vu une religieuse sale ou sentant le vin.

Il y a des hôpitaux spéciaux pour la variole, des salles spéciales pour le croup et l’angine couenneuse; v mettrez-vous comme surveillante une laïque, mère de famille, qui portera aux siens le mal contagieux, ou ne fera pas son service? Il meurt de temps en temps une religieuse dans ces services; elle meurt seule de son angine couenneuse et est de suite remplacée par

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