MA RE T LE RICHE
rue du Clierche-Midi, 33.
Extrait du discours du directeur de l’assistance publique au conseil municipal sur la laïcisation des hôpitaux (séance du 4 avril 1884).
Comment expliquer la croisade des médecins en faveur du maintien des religieuses? Messieurs, je ne me charge point d’expliquer ce que je trouve inexpliquable. Il y a chez les médecins des hôpitaux un grand
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respect pour les anciens ; beaucoup se sont crus obligés de suivre l’exemple de leurs maîtres. Puis, le médecin est bon; les sœurs sont si habiles; elles ont peut-être prié le médecin qui n’a pas refusé; la vérité, c’est que la grande majorité des médecins ont signé la protestation. Mais je vous avoue, Messieurs, qu’il y a des noms que j’ai été fort étonné de trouver au bas de ce document.
Puis il faudrait récuser ceux qui n’ont pas eu dans leur services des laïques. Ceux-là, qu’en savent-ils? Ce qu’il y a de certain, c’est que les laïques et les religieuses se valent. Tenez, parmi les signataires de la protestation, il en est un, — non des moins ardents, — qui tout récemment me demandait de nommer sous-surveillante une des
filles de service de sa salle. Il croit donc a la possibilité d’avoir de bonnes infirmières laïques.
Un autre, en changeant d’hôpital, me demandait de garder la surveillante de son ancien service. « Il y a donc de bonnes surveillantes laïques! » lui dis-je en souriant.
Je ne puis citer ici de nom. Ce docteur chirurgien disait : « Je ne puis me plaindre des laïques, moi qui ai eu des religieuses dans mon service toute ma vie. »
Un autre, très connu, très célèbre, pour qui j’ai une afleetueuse estime, s exprimait, m’avait-on rapporté, en termes très amers, sur les infirmières laïques ; cela m étonnait d’autant plus qu’il n’a jamais eu que des surveillantes congréganistes, et qu il en a
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presque toujours été mécontent. Ce mécontentement a été si grand à deux reprises qu’il a voulu exiger le départ d’une de ces surveillantes. Exiger ! mais on n est pas le maître ; ce n’est pas le diiecteui qui coin mande au personnel, c’est la supérieure; elle peut imposer les surveillantes quil lui plaît. 11 y a là, Messieurs, des difficultés, presque des conllits. Est-ce que ce sont dt^ conditions de bonne administration?
Les membres du conseil de surveillance de l’Assistance publique se répartissent les divers établissements hospitaliers et vont les inspecter, les surveiller. L’autre jour, l’un des membres qui représentent le corps médical dans ce conseil a fait un îappoit sur les établissements qu’il est cliaigé de visiter, et il a insisté sur la bonne tenue,
la propreté des salles et sur la vigilance des surveillantes. Cet éloge très accentué est d’autant moins suspect que ce conseiller est toujours opposé aux mesures de laïcisation.
Combien depnédecins, quand on les prend à part, reconnaissent que, chez les laïques, comme chez les sœurs, il y a de bonnes et de mauvaises infirmières, avec cette différence que pour les laïques, le service — grâce aux écoles — ira toujours s’améliorant?
Tout à l’heure, M. Cochin voulait que je donnasse des noms : je vais en citer un, celui d’un chirurgien qui a pris volontairement, dans ce débat, une place à part. C’est M. le docteur Desprès.
M. Desprès a organisé une polémique
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bruyante, il aime avec ardeur la polémiqué, il ne déteste pas qu’on parle de lui, et alors je suis à l’aise pour en parler.
Il est chirurgien des hôpitaux et, par conséquent, c’est un praticien éminent; j’ajoute qu’il est un exemple d’assiduité. Je rends volontiers justice au chirurgien; mais c’est, au polémiste que j ai affaire.
M. Armand Desprès ne perd pas une occasion d’attaquer les laïques; il recueille des détails, des petits faits, il les groupe, il les grossit, et il tombe à fond de train sur nos pauvres infirmières. 11 s’est fait le champion des religieuses; il vante leurs vertus, leurs mérites; il déclare qu’elles reviendront, qu’on les rappellera. Tout lui est prétexte à parler de lui et de ses préférences pour
les sœurs; on sent qu’il y a un intérêt très vif, — l’intérêt public, bien entendu.
Peut-êlre aussi y a-t-il clans ses persévérantes attaques le désir d’être désagréable à l’administration et, en particulier, au directeur de l’administration. Peut-être même pourrais-je trouver pourquoi ce pourfendeur d’abus a quelque rancune contre l’administration; mais j’aime mieux négliger ces détails; il faut être généreux envers les adversaires.
M. Desprès s’est donc fait le champion des infirmières congréganistes; il chante leur éloge à tout instant; il rompt des lances contre les infirmières laïques, qu’il charge de tous les péchés d’Israël; et les journaux couvrent de fleurs le chirurgien Des-
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près; le faubourg Saint-Germain pleure d’attendrissement sur les mérites de ce bon M. Desprès, qui défend si bien les
sœurs.
Règlement pour le service des surveillantes, des soussurveillantes et des suppléantes laïques de l’administration de l’assistance publique, adopté par le conseil de surveillance dans sa séance du 3 août 1882.