‹ Les Soeurs maçonnesChapitre 16 sur 73 · LA MAITRESSE PARFAITE · texte numérisé non relu

LA MAITRESSE PARFAITE

La Maçonnerie d'Adoption a ses hauts grades, de même que la Maçonnerie masculine.

Le quatrième degré des Sœurs Maçonnes, grade de

Maîtresse Parfaite, correspond au dix-huitième degré

des Frères, grade de Rose-Croix, En d'autres termes,

I l'Atelier des Maîtresses Parfaites est le Chapitre de la

Maçonnerie d7 Adoption.

La salle est tendue en drap cramoisi ; le trône, le dais, les sièges, sont de même étoffe, avec galons et franges d'or.

Le temple de Maîtresse Parfaite est censé représenter l'intérieur du Tabernacle dressé par Moïse dans le désert.

Sur l'estrade, un peu en avant du trône, sont deux colonnes torses :

La colonne de droite, côté de l'Afrique, est creuse et transparente, pour pouvoir être rendue lumineuse, à un moment donné. Il est dit, dans les rituels, qu'elle

représente la colonne de feu qui dirigeait, pendant la nuit, les Israélites à travers le désert; mais le vrai sens de cette colonne est tout autre. Les colonnes de la Maçonnerie ont une signification qui se rapporte à l'abominable dogme secret de la secte : colonne noire ou en état de d'obscurité, semence non fécondée ; colonne blanche ou lumineuse, semence fécondée. Le grade de Maîtresse Parfaite ne s'occupe de Moïse et du voyage des Israélites à la recherche de la Terre Promise que pour dissimuler diverses nouvelles infamies.

La colonne de gauche, côté de l'Amérique, représente, soi-disant, la nuée qui accompagnait les Israélites pendant le jour. Sous le fallacieux prétexte de ce symbole, celte colonne est couronnée à son sommet d'une sorte de nuage adhérent au plafond ; mais ce prétendu nuage et la colonne qui le pénètre représententen réalité viri membrum in genitalia mulieris pervadens.

Ces deux colonnes sont reliées l'une à l'autre par un cintre, en forme d'arc-en-ciel, qui passe par-dessus le trône et est garni de onze lampions.

Dans un des angles de la salle, près du Premier Surveillant et de la Sœur Inspectrice, est un autel, qu'on nomme l'Autel du Feu ou de la Vérité. Il porte plusieurs vases dorés et argentés, de formes antiques ; au milieu, est une cassolette où brûlent des parfums, et, devant la cassolette, un plat d'argent.

A côté de l'autel, se trouve une petite table. Sur cette table, il y a la boîte à surprise dont on s'est servi pour la réception au grade de Maîtresse ; seulement, le contenu n'est plus le même. A l'intérieur de la boîte, sont quatre tablettes de bois plat, sur chacune desquelles on lit, en lettres d'or, l'un des quatre mots que voici : Emeneth, Hur, Cana, Enbulos. Auprès de la boîte, un marteau est déposé. Une navette pleine d'encens et un encensoir sont aussi placés sur la table.

Le Tableau du Chapitre, toile pointe étalée sur le sol, représente :

i° Pharaon dormant, et, au-dessus de lui, dans un nuage (figurant son songe), sept épis pleins et sept épisvides ;

2° Joseph se réconciliant avec ses frères ;

3° Plusieurs hommes en tablier, tenant des truelles dont ils se servent pour pétrir la terre et en faire des briques;

4° Moïse exposé dans la corbeille sur les eaux du Nil, et la fille de Pharaon le faisant retirer;

5° Moïse et Aaron à la tête des Israélites, au moment de la submersion de l'armée d'Egypte dans les flots de la mer Rouge ;

6° Les quatre parties du monde, dont les noms servent à désigner les côtés de la salle.

Treize flambeaux sont placés, par terre, auprès du Tableau : sept, du côté de l'Afrique ; et six, du côté de l'Amérique.

En séance de réception, le Grand Maître représente Moïse, et la Grande Maîtresse, sa femme Séphora. La Sœur Inspectrice représente Marie, sœur de Moïse. Le JFrère Dépositaire (Second Surveillant) représente Aaron, frère de Moïse.

Le Grand Maître et le Frère Dépositaire sont revêtus d'un costume théâtral, figurant les ornements sacerdotaux des prêtres israélites d'autrefois.

Tous les autres Frères sont dans la tenue de leurs grades respectifs, avec les insignes de l'Adoption en plus.

Les Sœurs, — sauf celles pourvues d'un grade supérieur à la Maîtresse Parfaite, — ont le costume du troisième degré de la Maçonnerie d'Adoption, mais avec certaines modifications. Le cordon, bleu moiré, au lieu de se porter en écharpe, se porte en sautoir ; en outre,

S(EURS MAÇOiNN. 8

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ce n'est plus la truelle de Maîtresse qui est attachée à l'extrémité du cordon, mais le bijou de Maîtresse Parfaite. Ce bijou est un petit maillet en or, dans le manche duquel est passé un anneau également en or ou on peut lire ce mot gravé : Secret.

Tous les Frères sont munis d'une épée, et les Sœurs, d'une baguette qu'elles tiennent à la main.

A l'ouverture de la séance, le Grand Maître et la Grande Maîtresse sont placés, debout, sous le devant du dais, ayant l'arc-en-ciel presque au-dessus de la tète. Les Frères et Sœurs sont rangés sur deux lignes, observant un grand silence.

Le Respectable Grand Maître (on ne rappelle plus : Vénérable, titre, devenu désormais celui des simples Officiers) frappe cinq coups et fait avertir l'assemblée, par les Sœurs Inspectrice et Dépositaire, et avec les formules habituelles, qu'il va, sous les auspices de la Grande Maîtresse, ouvrir le Chapitre de Maîtresse Parfaite.

Les deux Sœurs font l'annonce.

Le Grand Maître. — Vénérable Sœur Grande Inspectrice, quelle heure est-il ?

La Sœur Inspectrice. — Très Respectable Grand Maître, le soleil se lève.

Le Grand Maître. — Que signifie cette heure ?

La Sœur Inspectrice. — C'est celle à laquelle Moïse entrait.au Tabernacle d'Alliance.

Le Grand Maître. — Vénérable Sœur Grande Dépositaire, quels sont les devoirs d'une Maîtresse Parfaite?

La Sœur Dépositaire. — De secourir ses Frères et Sœurs, de les aimer, et de s'instruire avec eux dans la pratique des vertus.

Le Grand Maître. — Aimons-nous, secourons-nous et instruisons-nous mutuellement. C'est pourquoi, dès cet instant, Frères et Sœurs, le Chapitre est ouvert, et,

pour marque de consentement unanime, applaudissons par la batterie et l'acclamation accoutumées.

On frappe, dans les mains, bruyamment, sept coups, par six et un (OOOOOO — O) ; puis, on dit, tous ensemble, cinq fois Èva, en se battant le bout des doigts.

Le Grand Maître ordonne à l'assemblée de prendre place, c'est-à-dire de s'asseoir, et l'initiation de la Maîtresse qui a demandé à monter en grade commence aussitôt.

Dès son arrivée au local maçonnique, la postulante a été conduite et enfermée dans la Chambre des Réflexions.

Là, TOrateur est allé la trouver et l'a interrogée sur les trois premiers grades.

Lorsqu'elle a eu répondu, il lui a rappelé les devoirs qu'elle s'est imposés par ses précédentes obligations, e « l'exactitude qu'elle doit montrer plus que jamais dans la pratique delà vertu ». Nous savons ce que ce langage veut dire.

Après quoi le Frère Orateur, quittant un instant la beiïe, est allé chercher ce que voici :

Sous un vase renversé, on a placé un oiseau vivant* c'est le premier moineau venu, mais on l'appelle gravement : « l'oiseau du mystère ». Le vase est posé sur un plat ; et on a eu soin de mettre dans le plat, autour du vase, du sable fin, en épaisseur de trois centimètres environ, de façon à ce qu'il soit impossible à la postulante de soulever le moins du monde le vase sans laisser des marques de sa curiosité.

Tel est l'objet mystérieux que le Frère Orateur a rapporté à la récipiendaire, après une courte absence.

— Chère Sœur, a-t-il dit à la commère, ce vase que vous voyez renferme le dernier secret de la Maçonnerie. C'est un dépôt sacr^ que le Grand Maître vous confie, sans vouloir d'autre preuve de votre discrétion que la

haute estime qu'il a conçue de vous ; et le respect que l'on doit à la vertu m'empêche moi-même d'exiger de vous quelque garantie que ce soit. Cependant, comme je vais vous en laisser seule dépositaire, permettez-moi de vous apprendre que la moindre apparence de curiosité que vous pourriez montrer en cette occasion vous ôterait tous les moyens de parvenir à l'auguste grade auquel vous aspirez.

Cet avertissement donné, le Frère Orateur a abandonné de nouveau la récipiendaire pour quelques minutes.

Il est rare qu'une Maçonne, aspirant au grade de Maîtresse Parfaite, n'ait pas, en cette circonstance, la force de vaincre sa curiosité. D'abord, il ne faut pas oublier qu'une épreuve de ce genre est faite très souvent lors de la première initiation, l'initiation au grade d'Apprentie ; la Maçonne aspirant au 4e degré d'Adoption sait donc à quoi s'en tenir. Ensuite, il convient de ne pas perdre de vue qu'une Maîtresse est familiarisée depuis longtemps avec tous les procédés et trucs de la secte ; elle a pris l'habitude d'obéir, et l'acte de soumission qu'on lui demande pour la faire passer de la Loge au Chapitre lui coûte certes moins que pas mal d'autres preuves de docilité qu'on exige d'elle depuis longtemps.

Toutefois, il peut arriver qu'une Sœur, par trop curieuse, désobéisse; aussi, le règlement prévoit le cas.

<( Si le Frère Orateur, est-il stipulé dans les cahiers du grade, s'aperçoit,, quand il revient, que le vase a été levé ou seulement remué, il adresse de vives remontrances à la Sœur, et lui dit que, ayant manqué à son devoir, elle ne doit plus espérer d'être admise au sublime grade de la Perfection ; que toute excuse est inutile ; qu'il n'y a que le temps, la patience et la charité qui pourront lui faire mériter de nouveau la faveur précieuse qu'elle vient de perdre par sa trop grande le-

gèreté. Ensuite, on ferme le Chapitre de Maîtresse Parfaite, sans recevoir la Sœur fautive ; et, lorsqu'on tient Lose de Table de Maîtresse, le Grand Maître condamne la Sœur à verser trois francs d'amende au Tronc de la Veuve. »

Mais, — ainsi que je viens de le dire, — une Maîtresse ne se met jamais dans le cas de se voir refuser l'admission au Chapitre, et les sévérités du règlement du 40 degré d'Adoption demeurent lettre morte.

Le Frère Orateur a donc constaté, en rentrant dans la Chambre des Réflexions, que le sable n'a pas été dérangé, et il a félicité la Sœur d'avoir « fourni une si noble preuve de sa discrétion et de sa prudence. »

Un Frère Servant, requis aussitôt, a apporté une cuvette pleine d'eau fortement parfumée; la récipiendaire, sur l'ordre de l'Orateur, s'y est lavé le bout des doigts. Et c'est alors que la postulante a été conduite à la porte du Chapitre.

Elle tient dans ses mains le plat et le vase auxquels elle n'a pas touché, et le Frère Orateur frappe cinq coups qui servent de signal d'introduction.

A l'intérieur de la salle, la Sœur Dépositaire informe la Sœur Inspectrice qu'on vient de frapper.

La Sœur Inspectrice se lève et va ouvrir.

Par l'entrebâillement de la porte, elle demande au Frère Orateur si la Maîtresse postulante a rempli tous ses devoirs.

Le Frère Orateur. — Ma Sœur, l'aspirante est digne, d'entrer dans le sanctuaire.

Le Premier Surveillant prend le plat des mains de la récipiendaire et va le déposer sur l'autel du Grand Maître, pendant qu'on referme la porte.

La Sœur Inspectrice. — Très Respectable Grand Maître, une Sœur, que signalent son zèle et ses vertus, a été soumise à l'épreuve de la discrétion et en est sorr

tie victorieuse. Elle demande avec instance à être admise au grade de Maîtresse Parfaite.

Le Grand Maître répond que, n'étant que le premier d'entre ses égaux, il ne peut rien décider sans le consentement de toutes les Sœurs et de tous les Frères.

Alors, s'adressant à l'Assemblée, il demande s'il n'y a point d'opposition à la réception de l'Aspirante.

Naturellement, personne ne s'y oppose, puisque tout a été réglé d'avance, puisque, selon l'usage maçonnique, on n'est pas admis à des épreuves de Chapitre sans une discussion préalable et un vote formel à une séance antérieure.

Sur l'ordre du Grand Maître, tous les Frères et Sœurs mettent le genou gauche en terre.

Le Grand Maître. — Vénérable Frère Grand Inspecteur, introduisez la Sœur aspirante sans bandeau et selon les règles de nos mystères.

Les portes s'ouvrent. La récipiendaire, à qui l'on n'a pas bandé les yeux, entre, accompagnée du Frère Orateur qui lui passe une chaîne de fer-blanc dans les bras.

Après quoi, le Frère Orateur va reprendre sa place auprès de la Sœur d'Eloquence.

La Sœur Inspectrice. — Très Respectable Grand Maître, la Sœur aspirante est à l'Europe, attendant vos ordres.

Le Grand Maître pose à la récipiendaire plusieurs questions sur l'enseignement qu'elle a retiré des grades symboliques; puis, il commande au Frère Inspecteur (Premier Surveillant) de recevoir de la Sœur postulante les signes, paroles et attouchement du grade de Maîtresse.

Le Frère Inspecteur obéit, et déclare ensuite au Grand Maître « que la conduite de l'aspirante est irréprochable; que, étant venue à la Maçonnerie par une

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heureuse inspiration, elle a goûté du fruit mystérieux; qu'elle a travaillé dans l'arche; qu'elle sait monter l'échelle du devoir et de la félicité; et que son dernier désir serait de se joindre à ses Frères et Sœurs pour entrer dans la Terre Promise. »

Le Grand Maître. — Vénérable Frère Grand Inspecteur, nous ne saurions, sans être injustes, refuser une Sœur aussi méritante; armez-la donc pour le voyage et faites lui traverser la mer.

Le Frère Inspecteur donne une baguette à la récipiendaire.

Alors, le Grand Maître frappe cinq coups, à distance égale :

Premier coup. — Tous les Frères et Sœurs se lèvent.

Second coup. — Les Frères élèvent leurs épées perpendiculairement.

Troisième coup. — Les Frères abaissent horizontalement la pointe de leurs épées, tout en gardant leurs bras bien en l'air.

Quatrième coup. — Les Sœurs élèvent leurs baguettes perpendiculairement.

Cinquième coup. — Les Sœurs abaissent horizontalement le bout de leurs baguettes, tout en gardant leurs bras bien en l'air, et en faisant toucher leurs baguettes par le bout à la pointe des épées des Frères.

Grâce à cette manœuvre, tout le Chapitre est transformé en une sorte de tonnelle sinueuse, faite d'épées et de baguettes croisées.

C'est là, paraît-il, la représentation de la mer Rouge. Il est bon de le savoir, car on ne s'en douterait pas.

Nous voici au voyage de la postulante à travers les flots.

Le Frère Inspecteur, la tirant après lui par sa chaîne, la fait passer sous les arceaux formés d'épées et de baguettes entrelacées.

Quand la récipiendaire est parvenue à l'estrade présidentielle, le Frère Inspecteur lui en fait gravir les degrés et la remet au Grand Maître.

Le Grand Maître, détachant la chaîne de l'aspirante. — Ma chère Sœur, il est temps de rompre vos fers ! Sortez de l'esclavage où vous étiez réduite ! L'engagement que vous allez contracter demande une pleine et entière liberté.

Et, pour lui faire contracter cet engagement, — ce qui n'est pas précisément la rendre libre, — le Grand Maître ordonne à la récipiendaire de se mettre à genoux devant la Grande Maîtresse et lui.

Et elle obéit.

Le Grand Maître. — Ma chère Sœur, les erreurs, les préjugés, qui pourraient vous rester sur la Maçonnerie, vont disparaître; tous nos symboles vont vous être révélés ; cette fois, la lumière de la vérité va briller à vos yeux et paraîtra dans tout son éclat.

(Elle n'avait donc pas été éclatante au grade précédent ? Alors, pourquoi le mot sacré de Maîtresse Maçonne, Havoth-Jaïr, est-il ainsi interprété dans les Loges : L'éclatante lumière de la vérité a dessillé mes yeux ?)

Quoi qu'il en soit, et sans faire connaître ses réflexions, si toutefois elle réfléchit, l'aspirante prête son obligation, avec toute la liberté d'une personne à qui l'on fait répéter, phrase par phrase, et à genoux, une formule dictée au milieu d'une assemblée de gens armés de glaives. Il est vrai de dire, pour être juste, que les glaives sont en fer-blanc et que la Maçonne, dont on va faire une Maîtresse Parfaite, ne demande pas mieux, corrompue comme elle est devenue par la pratique des Amusements Mystérieux, que de parfaire son avilissement. Le Grand Maître. — A l'ordre, Frères et Sœurs'. L'aspirante va prêter son obligation,

Les Frères et Sœurs, qui ont rompu leur représentation des flots de la mer Rouge, se mettent à l'ordre. Les Frères tiennent l'épée nue de la main droite, la pointe haute. Les Sœurs tiennent également la baguette élevée, appuyée contre l'épaule droite.

Serment de la Maîtresse Parfaite. — En présence du Grand Architecte de l'Univers, conservateur de tous les êtres et vengeur du crime, et devant cette auguste assemblée, je promets et jure de ne jamais rien révéler du grade de Maîtresse Parfaite, qui va m'être conféré, à aucune Apprentie, Compagnonne ou Maîtresse. Je m'engage aussi à pratiquer les vertus que l'on me prescrira, nonobstant celles qui m'ont été déjà prescrites, sous peine d'être considérée, par les Maçons vertueux, comme une parjure, et traitée à tout jamais avec indignation et mépris. Mais, pour me garantir d'un tel malheur, j'invoque ici le Grand Architecte de l'Univers, et je le prie de m'être en aide. Ainsi soit-il.

La récipiendaire ayant prêté son obligation, le Grand Maître la relève.

Le Grand Maître. — Ma chère Sœur, le premier pas que vous devez faire parmi nous doit être signalé par une action de bienfaisance. Levez ce vase, et jouissez du plaisir pur que toute âme vertueuse doit éprouver en faisant des heureux.

La récipiendaire obéit, soulève le vase et « l'oiseau du mystère », qui y était enfermé, prend son essor.

Le Grand Maître. — Vous voyez, ma chère Sœur, que la liberté est un bien que le Grand Architecte de l'Univers a voulu rendre commun à tous les êtres; qu'on ne peut en priver qui que ce soit sans commettre une injustice extrême, sans se rendre coupable d'un acte essentiellement contre nature; et que le fort, qui met le faible dans l'esclavage, est indigne de la société des hommes.

Pendant la réception, on a eu soin d'entretenir le feu dans la cassolette placée sur TAutel de la Vérité, à droite en entrant au Chapitre. Tandis que la néophyte met en liberté « l'oiseau du mystère », le Frère Orateur s'est rendu à l'autel en question.

Le Grand Maître. — Vénérable Frère Maître des Cérémonies, veuillez conduire notre chère Sœur à l'Autel Sacré.

Le Maître des Cérémonies conduit la récipiendaire à l'Autel de la Vérité.

Le Frère Orateur. — Ma chère Sœur, je vous attendais à l'Autel de la Vérité, pour vous apprendre le plus grand secret des Maçons et par conséquent le plus inviolable. Mais auparavant, permettez-moi de faire appel à votre charité. Ce serait peu de pratiquer dans le plus mystérieux silence, et pour sa satisfaction personnelle, les devoirs de la grande et auguste religion de la Nature ; le cœur d'une Maçonne doit être encore sensible et compatissant. Il est des malheureux sur la terre, et ces infortunés sont nos amis, nos compagnons, nos Frères; ils ont des droits à vos bienfaits. Puis-je espérer qu'ils trouveront en vous une amie secourable et que vous voudrez bien m'en donner des preuves ?

C'est bien ici le cas de dire que le ton fait la chanson.

L'appel à la charité de la néophyte n'est nullement un appel à ses aumônes; et, toutes les phrases que prononce là le Frère Orateur étant à double sens, le rusé compère a bien soin de nuancer sa déclamation.

Sa chanson dit, en réalité :

— Tout le monde sur cette terre n'a pas femme jolie et complaisante, ma chère Sœur. Il y a des malheureux d'une espèce particulière sur lesquels j'appelle votre bonté. Ces infortunés, aimable Sœur, ils sont ici ; ce sont nos amis, nos compagnons, nos Frères. Montrezvous sensible; ils attendent, de vous, certains bienfaits,

auxquels, en somme, ils ont des droits, de par la loi maçonnique. Allons, ma Sœur, soyez charitable. Vous leur montrerez, n'est-ce pas, que vous avez un cœur compatissant ?

Mais, comme en Maçonnerie il y a toujours un symbole pour justifier l'emploi des mots à double sens, le Frère Orateur, en terminant sa supplique langoureuse, tend à la néophyte le plat d'argent qu'il a pris sur l'Autel de la Vérité.

Ou la Sœur ne craint pas de paraître avoir compris; et alors elle met dans le plateau une pièce de menue monnaie, pour marquer qu'elle accepte et que cette monnaie sans valeur est l'emblème de son consentement.

Ou bien, elle fait semblant de ne pas saisir le sens caché de la supplique, et, alors, ayant l'air de prendre le change et de croire qu'il s'agit réellement d'une aumône, elle met dans le plateau un écu ou un louis.

Dans ce dernier cas, le Frère Orateur a l'obligation, — imposée par le rituel, — de refuser la somme que la néophyte vient de lui remettre, sur sa propre demande.

Il doit la lui rendre (sic), en disant :

— Ma chère Sœur, nous nous contentons ici des assurances de vos sentiments, en vous laissant le droit de les mettre en pratique, toutes les fois que vous en trouverez l'occasion. Puissent vos bienfaits partir d'un cœur aussi pur que l'est ce Feu Sacré que vous voyez sur cet autel !

Après cette comédie, une autre.

Le Frère Inspecteur (Premier Surveillant) fait approcher la néophyte de la table qui est auprès de l'Autel de la Vérité, et sur laquelle se trouve une boîte absolument semblable, quant à l'extérieur, à celle de l'Atelier des Maîtresses (réception au 3e degré).

Le Frère Orateur, prenant du feu à l'Autel de la

Vérité, le met dans Pencensoir, qui est là aussi, et qu'il garnit cTencens.

Alors, montrant la boîte à surprise, le Frère Orateur dit à la récipiendaire, qui ne peut manquer de la reconnaître :

— Ma chère Sœur, cette boîte mystique renferme le grand secret des Maçons.

Et en prononçant ces paroles, il encense, par cinq fois, la boîte aux cinq clous dorés.

Il est facile de se faire une idée de l'embarras dans lequel se trouve la récipiendaire, à moins qu'elle ne soit une dépravée de la pire espèce.

Lors de sa réception au grade de Maîtresse, quand, sans se douter de ce qu'elle allait apercevoir, elle a frappé sur la boîte à ressort les cinq coups ordonnés, elle était, du moins, seule dans un cabinet ménagé exprès, hors de tout regard, et personne n'a pu la voir rougir; — car nous voulons bien croire qu'elle a rougi.

Cette fois, la situation n'est plus la même.

D'abord, elle sait, ou, pour être plus exact, elle croît savoir, — ce qui revient au même, si l'on se place au point de vue de ses impressions, à elle, — quel est le contenu de la boîte.

Ensuite, elle est au milieu d'une assemblée nombreuse, et elle voit tous les yeux braqués sur elle.

Et elle est, là, à se demander, en présence de cette boîte embarrassante, ce qu'on va lui ordonner de faire.

Le Frère Orateur lui met dans les mains le petit marteau qui est sur la table et l'invite à frapper un coup sur chacun des cinq clous dorés de la boîte pour mettre à découvert le secret des Maçons.

Il n'y a plus moyen de reculer. La néophyte peut rougir, mais il faut qu'elle frappe les cinq coups et que la boîte s'ouvre. Au surplus, elle ne manque pas de se

dire que toutes les Sœurs qui l'entourent ont passé par là.

Au coup frappé sur le clou du milieu, le ressort joue, les deux parties du couvercle se soulèvent brusquement et la récipiendaire aperçoit... quatre petits morceaux de bois plats avec des inscriptions.

Avec une gravité sans pareille, le Frère Inspecteur prend les quatre tablettes et lit à haute voix le mot écrit sur chacune d'elles, mot que le Frère Orateur traduit à l'instant même.

Le Frère Inspecteur. — Emeneth.

Le Frère Orateur. — Vérité.

Le Frère Inspecteur. — Hur.

Le Frère Orateur. — Liberté.

Le Frère Inspecteur. — Cana.

Le Frère Orateur. — Zèle.

Le Frère Inspecteur. — Enbulos.

Le Frère Orateur. — Prudence.

Les Frères Inspecteur et Orateur conduisent la récipiendaire au Vénérable, « qui la reçoit avec toutes les démonstrations d'une amitié respectueuse. »

On éclaire la Colonne de Feu, c'est-à-dire la colonne transparente qui est sur l'estrade du côté de l'Afrique.

Le moment de la consécration est arrivé.

Le Grand Maître, plaçant sur la tête de la récipiendaire la baguette symbolique. — Au nom de la Très Respectable Grande Maîtresse, et en vertu des pouvoirs dont nous sommes investis par ce Souverain Chapitre, je vous reçois et constitue Maîtresse Parfaite, quatrième degré de la Maçonnerie d'Adoption.

En disant cela, il frappe sept petits coups de son maillet sur la baguette symbolique.

La Grande Maîtresse. — Ma chère Sœur, c'est avec un plaisir extrême que nous vous admettons à l'auguste rang que votre sagesse vous a si bien mérité. Le Très

Respectable Grand Maître va vous en donner les marques; elles sont le prix de la vertu.

Le Grand Maître prend, de la main gauche, un petit anneau d'or, sur lequel est gravé le mot Secret^ et, de la main droite, un petit marteau ou maillet en or, dont il tient avec affectation le manche en l'air. Il enfile le manche du maillet dans l'anneau, et suspend cet objet à un cordon bleu moiré qu'il passe en sautoir à la néophyte.

Le Grand Maître, décorant la néophyte du cordon et du bijou. — Recevez, ma chère Sœur, les insignes de votre nouveau grade. Le nom de Parfait, que nous donnons à ce quatrième degré, a été choisi afin de nous apprendre que nous ne devons rien négliger pour acquérir la perfection dans la pratique des vertus.

Il prend sur l'autel une paire de jarretières en taffetas ou satin blanc; sur chaque jarretière est brodé en or un cœur, avec cette devise, sur l'une : « La vertu nous unit >;, et sur l'autre : « Le ciel nous récompense. »

Le Grand Maître, remettant les jarretières à la néophyte. — Recevez aussi ces liens; ils sont, entre vous et nous, le gage d'une alliance éternelle.

Suit la communication des secrets du grade.

Ordre. — Une Maîtresse Parfaite se met à Tordre en tenant de la main droite sa baguette élevée, appuyée contre l'épaule droite.

Signe de reconnaissance. — On met la main gauche sur son cœur, et on la retire en regardant avec étonnement; puis on la met sous le tablier, et, l'ayant retirée, on en considère le creux avec une expression de joie.

Attouchement . — On met la main gauche sur son cœur, eton la retire, comme dans le signe, mais en la présentant à la personne à qui Ton s'adresse; celle-ci répond en faisant de même. On passe ensuite la main gauche sous le tablier, et on la retire comme dans le signe, mais en

la présentant à la personne; et celle-ci répond encore en faisant de même. Enfin, tous les deux, on se passe mutuellement la main l'un sur l'autre et on la ramène, en glissant, avec un frétillement des doigts.

Batterie. — Sept coups, par six et un, comme ceci : OOOOOO—O.

Acclamation. — Cinq fois : Eva !

Mot de Passe. — BETH-ABARA, que l'on interprète par: « Maison de Passage ». On répond: ALETHE, qui veut dire : « Vérité ».

Mot Sacré. — AH ITOU B, que l'on interprète par : « Frère de Bonté ». On répond : SIGE, qui veut dire : « Silence ».

Après la communication des secrets du grade, le Grand Maître envoie la néophyte se faire reconnaître, selon l'usage, par les Sœurs Inspectrice et Dépositaire.

Cette formalité accomplie, le président et la présidente du Chapitre embrassent la Sœur sur les joues, les yeux et la bouche, et la proclament Maîtresse Parfaite.

Applaudissements et remercîments.

La Sœur nouvellement reçue ayant pris place auprès du Grand Maître, le Frère Orateur prononce son discours sur la signification du grade.

Il explique les différents épisodes de la réception.

C'est, d'abord, « l'oiseau du mystère » qui a les honneurs de l'éloquence maçonnique. Cet oiseau est un symbole, cela va sans dire. Il représente la lettre G vivante, et nous savons que la lettre G ne signifie pas uniquement « Géométrie ». Cet oiseau, c'est l'Eternel, c1est l'Arbre du Milieu qui assure la perpétuité de l'espèce humaine, c'est la Vie elle-même ou du moins sa source dans la règne animal.

Ignorant combien est précieux le dépôt qui lui a été confié, la récipiendaire a été guidée par lui jusqu'au temple; elle a été ensuite débarrassée de ses chaînes,

c'est-à-dire qu'il ne doit plus lui rester aucun préjugé. La baguette de voyage symbolise aussi l'Arbre du Milieu. Le Frère Orateur fait remarquer à la néophyte que chaque Sœur en a une à son service. Il faut cela pour traverser gaiement le désert de la vie.

Comment a eu lieu l'initiation ? Le Frère Orateur détaille tout et insiste sur le sens secret dechaque point. Il ne faut pas que l'aimable Sœur puisse s'en aller sans avoir tout compris.

Il revient complaisamment à la mise en liberté de « l'oiseau du mystère ». Relégué dans un réduit obscur, le pauvre oiseau était comme mort. Heureusement l'aimable Sœur a porté sur lui sa main bienfaisante, l'a mis au jour, sans se douter peut-être de ce qu'elle faisait ; elle a dit, en quelque sorte : « Qu'il vive ! » Et l'oiseau a subitement retrouvé la vie; et, prenant son essor, il s'est élancé hors de sa cage.

L'Orateur explique aussi le bijou du grade : l'anneau, c'est la femme, et le maillet, c'est l'homme.

La boîte à surprise n'est pas oubliée dans le discours du Frère Orateur. Les mots qu'elle contient ne sont-ils pas, à eux seuls, tout l'enseignement de la Maçonnerie d'Adoption? La vertu d'une Maçonne doit, pour resplendir, être comme la vérité; nul esclavage pour elle, mais une liberté complète, lui permettant de faire le plus d'heureux qu'il lui sera possible; enfin, il ne faut pas qu'une Maçonne soit avec indifférence ce qu'on lui demande d'être, il faut qu'elle y mette tout son zèle, sans pour cela cesser d'être prudente ; car les mystères de la Maçon nerie doivent toujours resterignorés du monde profane. Le discours de l'Orateur est suivi de la récitation du Catéchisme, dont les sous-entendus ne peuvent Oue compris quedes Frères et Sœurs ayant reçu l'instruction maçonnique complète ou des personnes à même de traduire la Clef des Symboles Secrets.

Le Grand Maître. — Vénérable Sœur Grande Inspectrice, êtes-vous Maîtresse Parfaite ?

La Sœur Inspectrice. — Guidée par l'Éternel, je suis sortie de l'esclavage.

Le Grand Maître. — Qu'entendez-vous par cet esclavage?

La Sœur Inspectrice. — La captivité où nous languissons dans le monde profane. Le vrai Maçon s'y regarde comme sur une terre étrangère; il gémit dans sa captivité; il n'aspire qu'après sa véritable patrie, qui est l'Atelier Maçonnique.

Le Grand Maître. — Assujettie, comme tous les autres, à un corps fragile, comment pouvez-vous dire que vous êtes libre?

La Sœur Inspectrice. — La Maçonnerie ne renfermant que des leçons de sagesse et de religion, l'initiation à nos mystères a dessillé mes yeux, j'ai secoué le joug des passions, la raison est venue m'éclairer, et, son flambeau perçant le voile de Terreur, m'a fait connaître que j'étais libre de choisir entre le vice et la vertu.

Le Grand Maître — Comment êtes-vous parvenue à ce haut degré de la Maçonnerie ?

La Sœur Inspectrice- — Par la discrétion, le zèle et la charité.

Le Grand Maître. — Que veut dire Maçon ?

La Sœur Inspectrice. — Ennemi du crime, ami et disciple de la vertu.

Le Grand Maître. — Ainsi, tout mortel, sage et juste, est donc Maçon ?

La Sœur Inspectrice. — Oui, sans doute, et il ne lui manque que nos signes sacrés pour être admis parmi nous; signes d'autant plus nécessaires qu'ils nous empêchent d'être surpris par des cœurs faux, esclaves de la fortune et des sens.

Le Grand Maître. — Puisque vous êtes Maîtresse

Parfaite, dites-moi ce que vous entendez par Maçonnerie ?

La Sœur Inspectrice. — J'entends un amusement vertueux, par lequel nous retraçons une partie des mystères de notre religion ; et c'est pour mieux concilier l'humanité avec la connaissance de son créateur qu'après nous être imposé les devoirs de la vertu nous nous livrons aux sentiments d'une amitié douce et pure, en jouissant, dans nos Loges, des plaisirs de la société, plaisirs parmi nous toujours fondés sur la raison, l'honneur et Tinnocence.

Le Grand Maître. — Qu'entendez-vous par Loges?

La Sœur Inspectrice. — J'entends une assemblée de personnes vertueuses, qui, au-dessus de l'orgueil et des préjugés, ne connaissent aucune distinction entre elles, hors celle de la sagesse, et qui, gouvernées par la justice et l'humanité, pratiquent, dans le plus mystérieux silence, la loi naturelle.

Le Grand Maître. — Où s'est tenue la première Loge?

La Sœur Inspectrice. — Elle a été tenue dans le Paradis Terrestre, par Adam et Eve, pendant leur état d'innocence.

Le Grand Maître. — Dans quel temps s'est tenue la seconde ?

La Sœur Inspectrice. — Pendant le déluge, et elle a été tenue par Noé, lorsqu'il était dans l'arche avec sa famille.

Le Grand Maître. — Quand la troisième s'est-elle tenue ?

La Sœur Inspectrice. — Lorsque Dieu daigna envoyer trois anges visiter Abraham et sa femme.

Le Grand Maître. — Quand s'est tenue la quatrième?

La Sœur Inspectrice. — Ce fut après l'embrasement de Sodome, lorsque les anges, qui avaient sauvé Loth

et ses filles, vinrent le visiter dans la caverne où il s'était retiré.

Le Grand Maître. — Enfin, dans quelles circonstances s'est tenue la cinquième?

La Sœur Inspectrice. — La cinquième fut une Loge de Table; elle fut présidée par Joseph, lorsque, ayant retrouvé son cher Benjamin, il reçut ses frères à un banquet.

Le Grand Maître. — Y eut-il quelques instructions dans toutes ces Loges ?

La Sœur Inspectrice. — Non, si ce n'est dans la cinquième, où Joseph fit servir devant Benjamin cinq fois plus de mets que devant ses autres frères; il lui donna cinq robes, et présenta cinq de ses frères à Pharaon. C'est de cette époque que le nombre cinq est sacré chez les Maçons et qu'il est titre d'honneur, vu que les cinq robes désignent les cinq grades de la Maçonnerie d'Adoption. Heureuses celles qui méritent le dernier!

Le Grand Maître. — Qui peut aspirer à ce grade sublime ?

La Sœur Inspectrice. — Toute Maçonne qui, semblable à Joseph, après avoir enduré tous les maux de Thumanité, résiste aux attraits des faux plaisirs, et dont le cœur est assez pur pour supporter sans crainte l'éclat du Soleil de l'Univers.

Le Grand Maître. — Gomment Joseph monta-t-il à ce haut degré de gloire ?

La Sœur Inspectrice. — Par la prudence et la sagesse qui régnaient dans toutes ses actions; ainsi, chacun de nous peut aspirer au même bonheur en marchant toujours dans les sentiers de la vertu.

Le Grand Maître. — Quelle fut sa récompense?

La Sœur Inspectrice. — Pharaon le fit regarder, dans toute l'Egypte, comme un second lui-même, et à cet effet il lui remit son anneau royal; et c'est pour en

conserver la mémoire que le Grand Maître donne un anneau aux Maîtresses Parfaites.

Le Grand Maître. — Que devint la Loge dans laquelle présidait Joseph ?

La Sœur Inspectrice. — Elle s'accrut, devint nombreuse et rendit des services continuels au roi et au peuple égyptien.

Le Grand Maître. — Après Joseph, quel est celui qui se distingua dans cette Loge?

La Sœur Inspectrice. — Moïse, élu de Dieu pour rompre les fers du peuple d'Israël.

Le Grand Maître. — Que représente le Tableau du Chapitre des Maîtresses Parfaites?

La Sœur Inspectrice. — Plusieurs figures delà Bible.

Le Grand Maître. — Donnez-m'en l'explication ?

La Sœur Inspectrice. — i° Les quatre parties du monde signifient que, tous les êtres étant également l'ouvrage du créateur universel, dans quelque coin qu'ils se trouvent, ils doivent cultiver la vertu, comme étant le plus pur hommage qu'ils puissent rendre au dieu suprême, source et principe de leur vie; 2° les sept premiers épis du songe de Pharaon représentent les sept vertus principales que tous les bons Maçons et Maçonnes doivent pratiquer, et les sept autres plus maigres signifient les sept vices opposés, dont un seul suffit pour nous faire rentrer dans l'état misérable où l'humanité avait été plongée par l'expulsion d'Adam et Eve du Paradis Terrestre; 3° Joseph se réconciliant avec ses frères, en leur donnant le baiser de paix, nous apprend que la bonté est inséparable de l'essence du créateur, et qu'étant son ouvrage nous devons ajouter au pardon une amitié pure et durable; 40 les hommes en habit de travail, pétrissant de la terre, nous représentent les Hébreux en Egypte, qui, par la patience qu'ils montrèrent dans les peines humiliantes qu'on leur imposait

injustement, après la mort de Joseph, méritèrent les regards de la Providence divine ; leurs outils sont l'origine des truelles et des maillets qui désignent la Maçonnerie; 5° Moïse, exposé dans la corbeille sur les eaux du Nil, est le symbole de la faiblesse de notre existence, qui nous expose à tant de hasards; la fille de Pharaon, retirant Moïse, nous apprend que la bonté suprême fait souvent servir à notre salut les moyens que nos ennemis emploient pour nous perdre; 6° Moïse et Aaron, à la tête des Israélites, après avoir traversé la mer Rouge, représentent les Maçons en Loge, ayant secoué le joug des passions; et l'armée de Pharaon submergée nous démontre les désirs des sens qui nous assiègent.

Le Grand Maître. — Que représente le Très Respectable Grand Maître en Chapitre de Maîtresse Parfaite ?

La Sœur Inspectrice. — Moïse, le conducteur des Israélites à la conquête de la Terre Promise.

Le Grand Maître. — Que représente la Très Respectable Grande Maîtresse ?

La Sœur Inspectrice. — Séphora, femme de Moïse.

Le Grand Maître. — Que représente la Vénérable Sœur Inspectrice ?

La Sœur Inspectrice. — Marie, sœur de Moïse.

Le Grand Maître. — Que représente le Vénérable Frère Dépositaire ?

La Sœur Inspectrice, — Aaron, frère de Moïse, officiant au Tabernacle.

Le Grand Maître. — Que représente le bijou de Maîtresse Parfaite ?

La Sœur Inspectrice. — L'anneau rappelle celui que Pharaon donna à Joseph ; le bijou dans son ensemble représente l'honneur qu'on doit rendre à la vertu.

Le Grand Maître. — Quel est le signe de Maîtresse Parfaite ?

La Sœur Inspectrice. — C'est celui que, d'après la Bible, Dieu donna à Moïse, lorsqu'il lui apparut dans le buisson ardent sur le mont Horeb.

Le Grand Maître. — Montrez-le-moi.

La Sœur Inspectrice. — Le voici. (Elle fait le signe de reconnaissance.)

Le Grand Maître. — Donnez-moi le Mot de Passe ?

La Sœur Inspectrice. — Beth-Abara.

Le Grand Maître. — Aléthé... Quel est le sens de ce mot ?

La Sœur Inspectrice. — Le premier signifie : « Maison de Passage ». La réponse signifie : « Vérité ».

Le Grand Maître. — Donnez-moi le Mot Sacré.

La Sœur Inspectrice. — Ahitoub.

Le Grand Maître. — Sigé... Quel est le sens de ce mot ?

La Sœur Inspectrice. — Le premier signifie : « Frère de Bonté ». La réponse signifie : « Silence ».

Le Grand Maître. — Veuillez donner l'attouchement au Vénérable Frère Grand Inspecteur.

La Sœur Inspectrice obéit.

Le Grand Maître. — Très cher Frère, l'attouchement est-il juste ?

Le Frère Inspecteur (Premier Surveillant). — Oui, Très Respectable Grand Maître.

Le Grand Maître. — Vénérable Sœur Grande Inspectrice, quelle heure est-il ?

La Sœur Inspectrice. — L'heure des vêpres.

Le Grand Maître. — Que signifie cette heure ?

La Sœur Inspectrice. — C'est que Moïse, dans le Tabernacle, enseignait jusqu'à l'heure des vêpres.

Le Grand Maître. — Vénérable Sœur Grande Dépositaire, quels sont les devoirs d'une Maîtresse Parfaite ?

La Sœur Dépositaire. — De secourir ses Frères et

Sœurs, de les aimer, et de s'instruire avec eux dans la pratique des vertus.

Le Grand Maître. — Nous nous aimons, nous nous secourons, nous nous sommes instruits mutuellement et nous nous instruirons toujours. C'est pourquoi, mes très chères Sœurs Inspectrice et Dépositaire, je vous prie d'engager tous nos très chers Frères et Sœurs à se joindre à nous pour fermer ce Souverain Chapitre en faisant notre office par nos mystères accoutumés.

La fermeture a lieu avec le cérémonial ordinaire.

Les Agapes de Chapitres d'Adoption ressemblent assez aux Banquets de Loges (voir le chapitre précédent.)

Voici les modifications apportées à l'argot de table :

Le pain s'appelle la manne ; le vin, de Veau de la mer Rouge; l'eau, de Veau du déluge; les bouteilles, des Gomorrhe ; les verres, des étoiles.

Boire, c'est vider une étoile. Le mot étoile est employé par allusion à l'Etoile Flamboyante, dont la signification, des plus honteuses, ne peut être donnée en français. C'est en l'honneur de leur vertu que les Maîtresses Parfaites vident des étoiles !

La manœuvre des étoiles s'exécute ainsi :

On porte l'étoile en deux temps à la bouche, on la vide en deux temps, et on la pose en deux temps. Après quoi, on frappe quatre coups joyeux dans les mains, et Ton s'écrie :

— Qu'il vive ! Qu'il vive !

On appelle cela, en argot maçonnique : « Vider une étoile par quatre avec les dignités écossaises. »

C'est le ridicule servant de masque à l'obscène.

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