‹ Les Soeurs maçonnesChapitre 23 sur 73 · EUPHROSYNE · texte numérisé non relu

EUPHROSYNE

** Au front du grave musulman, Toujours, d'une main caressante, Les Grâces d'un riche turban Disposent l'aigrette e'iégante; Mais, dans Paris où des chiffons Ne font que naître et disparaître, Que voulez-vous que nous mettions Au front le'ger d'un petit-maître ?

Aglaé

** Des peuples du vieux continent Un peintre faisait les costumes; Il les habillait aise'ment, Et chacun selon ses coutumes ; Mais, quand il en fut au Français :

« Gomment, dit-il, pourrai-je faire ?

Donnons-lui l'étoffe à nos frais, Et qu'il sJhabille à sa manière ! »

Thalie

** Femmes qui, loin de vos enfants, Prenant les airs d'une coquette, Leur dérobez tous les moments Que vous donnez à la toilette, Des torts, qui par nous vous sont faits, Vous plaindre ici n'est pas trop sage ; Les Grâces ne quittent jamais Femme qui chérit son ménage.

Euphrosyne

** Jeunes gens, enfants du bon ton, Qui, d'une existence éphémère Passant du boudoir au salon, Tous les jours, fatiguez la terre, Vous nous accusez, mais à tort, De ne suivre jamais vos traces; Peut-on trouver un seul rapport Entre un petit-maître et les Grâces ?

Toutes trois

** Pour vous, Maçons, dont les loisirs Sont les loisirs de la nature, Toujours de vos heureux plaisirs Les Grâces seront la parure; Sur votre autel, à vos banquets, Et même auprès de vos amantes, Disposez de tous nos bienfaits Et de nos faveurs innocentes !

Le Vénérable

* Votre innocence a convaincu nos cœurs :

C'en est assez, divinités gentilles,

Et vous avez de vos accusateurs

Détruit ici les rapports imposteurs;

Il est heureux, pour le goût et les mœurs,

Que dans le monde il se trouve des filles

Qui, comme vous, et défendent leurs droits,

Et des méchants fassent taire la voix.

Tout ce fatras de moderne élégance,

Ce mauvais goût qui fait tant d'embarras,

Ce ton bourgeois qu'à Vire ou Carpentras

Les grands esprits nomment de l'éloquence,

Ces longs discours, vieux moyens de plaider,

Dans le barreau trop souvent efficaces,

Tous réunis, pour nous persuader,

Ne valent pas un sourire des Grâces.

Par tous les dieux, au pied de cet autel,

Venez jurer, charmantes néophytes,

De conserver un secret éternel

Sur les objets dont vous serez instruites.

Aux Francs-Maçons jurez fidélité ;

Riches des biens où votre cœur aspire,

Mourez plutôt que de jamais redire

Les doux secrets de la fraternité.

( Le Maître des Cérémonies conduit les Grâces à l'estrade et les fait agenouiller devant le Vénérable et la Grande Maîtresse.)

Les Trois Grâces

** Oui, nous le jurons, par les dieux,

Toujours fidèles à nos Frères,

Nous tairons, même dans les cieux,

Et vos secrets et vos mystères;

Et, si jamais à nos serments

Un seul jour nous trouve infidèles,

Puisse l'enfer par ses tourments

Punir les Grâces criminelles !

(On fait relever les Grâces; r. menées au milieu de la salle, elles sont entourées du Maître des Cérémonies et de deux Experts, prêis à leur ôter le bandeau qui couvre leurs yeux.)

Le Vénérable

* Préparez-vous, mes aimables enfants :

Des Francs-Maçons va briller la lumière; Le ciel ici la jette par torrents, Et vos beaux yeux la verront tout entière. Laissez tomber le mystique bandeau Qui dans ce temple a voilé vos paupières ; Que l'harmonie, en un moment si beau, Répète au loin le chant sacré des Frères 1

(Pendant que la lumière est donnée aux trois Grâces, deux chœurs, l'un de Frères, l'autre de Sœurs, chantent ense , ble une Hymne à l'Amitié dont la musique est réellement très belle.)

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