LE BON'HUUR PAISIBLE
Nous n'avons tous qu'une âme, Qu'un esprit, qu'un sentiment;
Même but nous enflamme, Nous aimons tout bonnement:
Sans nous fatiguer la tête Par de vains raisonnements, Chez nous, le cœur fait la fête, La fête des bonnes gens.
Le funeste égoïsme N'a sur nous aucun pouvoir;
Au travers de son prisme, Nous voyons tout peint en noir Qui fait des heureux lui-même S'assure un droit au bonheur; De ce bon grain que l'on sème Le fruit n'attend pas la fleur.
Une sagesse austère Souvent cause du souci;
Jamais un front sévère Ne nous en impose ici :
Amitié, douceur affable Veillent à nos règlements; Jugés par le Vénérable, Nous sommes tous ses enfants.
Que le Profane fronde Tout à son aise nos goûts ;
Qu'importe s'il en gronde, Le bonheur est parmi nous :
Dans ce petit coin du monde, L'univers semble être à nous; Ailleurs, si la richesse abonde, Plaisirs ne sont pas si doux.
On ne voit point un Frère Chez nous briguer les honneurs;
En silence, il préfère Attendre le cri des cœurs :
Avoir le commun suffrage, Voilà notre vanité; Notre plus bel apanage Est la douce égalité.
Que chacun me seconde Dans ces moments enchanteurs;
Chargeons tous à la ronde, Tirons pour nos visiteurs:
De fleurs couronnons leurs têtes, Heureux s'ils s'en vont contents; Ils reviendront, à nos fêtes, Rire avec de bonnes gens.
l'amour maçon
L'Amour, outré de colère De voir de'serter sa cour, Un matin, dit à sa mère :
« Je quitte votre se'jour; Je renonce à cet empire, Tout y méconnaît ma voix; Quoi ! faut-il qu'un dieu soupire, Quand il peut donner des lois ! »
te — L'Amitié', re'pond sa mère, Vient de rassembler ses Sœurs; Pour les Maçons de Cythère, Ce jour a mille douceurs...
Ah ! d'une chaîne si belle, Mon fils, ne sois point jaloux; L'Amitié, toujours fidèle, Se rirait de ton courroux ! »
L'Amour devient plus tranquille Et dit, en baissant la voix. : « L'Amitié me rend dociij:
Je brise flèche et carquois;
Et, pour profiter, ma mère, De votre tendre leçon, Je jure d'être bon Frère, Si Ton me reçoit Maçon ! »
Voulez-vous l'Amour pour Frère ?
Répondez, charmantes Sœurs.
Son seul but est de vous plaire Et de captiver vos cœurs :
Ah ! si par votre suffrage Il obtient cette faveur, Du dieu qui vous rend hommage Vous fixerez le bonheur.