‹ Les Soeurs maçonnesChapitre 55 sur 73 · ORDRE DU PALLADIUM · texte numérisé non relu

ORDRE DU PALLADIUM

Ce second système du Rite Palladique est moins restreint que le premier.

Il se compose de deux grades masculins et d'un grade féminin.

Grades de Frères : Ier degré, V Adelphe; 2° degré, le Compagnon d'Ulysse.

Grade de Sœur : unique degré, la Compagne de Pénélope.

Le règlement d'Ordre du Palladium ou Souverain Conseil de la Sagesse est en 6r articles, suivis de la déclaration suivante :

« Faits sous l'égide de Minerve, à l'issue de rétablissement du Souverain Conseil, dont les membres ont été unanimement élus et choisis parmi soixante Compagnons d'Ulysse, assemblés à cet effet, et rédigés ainsi, de leur consentement, par moi, Fénelon, le plus petit de tous les sages, à Lutèce, le 20 mai 1637. »

Suivent les signatures : Jamard, président; Blandel de la Fleuterie; Guérin de la Place; Piquez, trésorier; Demeiston, grand secrétaire.

Cette déclaration constitue un faux aussi impudent que grossier en ce qui concerne Fénelon. L'Ordre du Palladium se recommande de l'illustre prélat, comme de son fondateur, et le portrait de l'archevêque de Cambrai figure même en tête du rituel de ce système maçonnique. Il faut que la secte compte bien sur l'ignorance de ses adeptes pour se permettre de pareilles supercheries. D'abord, la Franc-Maçonnerie n'a été introduite en France qu'en 1721, c'est-à-dire six ans après la mort de Fénelon. Ensuite, Fénelon ne pouvait pas avoir fondé en i63j un Ordre secret ou public quelconque, dont les sectaires se seraient approprié plus tard les règlements, puisqu'en 1637 Fénelon n'était pas encore né; sa naissance est de i65i. La vérité est que l'Ordre du Palladium a été fondé à Paris en 1737 et que ses fondateurs, pour dissimuler le caractère de leur innovation, l'ont frauduleusement vieillie d'un siècle.

Le sceau du rite représente un cœur, dans lequel on

lit cette inscription : <> Je sais aimer ». Ce cœur est sur un autel enguirlandé, entre une branche de palmier et une branche de laurier; au-dessus du cœur, est une couronne de roses.

L'Adelphe.

Dans ce grade, comme dans le suivant, le rituel copie celui de l'Ordre des Sept Sages, excepté pour les points qui vont être indiqués.

Serment de V Adelphe. On fait étendre au récipiendaire la main sur quatre vases dont chacun contient un des quatre éléments (eau, feu, terre, air), et on lui dicte la formule suivante qu'il répète :

a Je suis sorti de la terre; un feu divin anime mon être; l'air et l'eau se combinent pour soutenir mon existence. Je suis homme d'honneur; je promets secret inviolable, attachement sincère à mes Frères, dévouement au service de la patrie et obéissance à ses lois, t

Mot Sacré. Ce mot est double: AGAPAN, signifiant « aimer », et MÉLÉTAN, signifiant « s'exercer ». Après avoir prononcé le mot sacré, on ajoute : « Je le connais, parce que je viens de lui. »

Signe de reconnaissance. On place verticalement sur la bouche l'index et le médius de la main droite. On répond par le même signe.

A chaque réception, un Frère adresse au récipiendaire un bref discours sur un point de morale ou sur l'éloge d'une vertu, et l'on allume une bougie. Six autres Frères prononcent à leur tour une autre harangue, et de la sorte, sept bougies se trouvent allumées à la fin de ce déluge d'éloquence maçonnique.

Le premier harangueur commence son discours par cette phrase : « On ne dit pas au lion : Sois la terreur des déserts », et le termine par cette autre phrase : « De

la part et au nom des Compagnons d'Ulysse, je vous dis : Soyez bienfaisant. »

Le second harangueur commence son discours par cette phrase : « On ne dit point au tigre farouche : Sois la terreur des forets », et la termine par cette autre phrase : a De la part et au nom des Compagnons d'Ulysse, je vous dis : Soyez le doux ami de vos Frères. »

Et ainsi de suite.

On parle au récipiendaire de l'éléphant superbe, pour lui enseigner la modestie; du cheval, pour la générosité; du chien, pour la fidélité; de l'agneau, pour l'innocence; de la colombe, pour la volupté; et de l'enfant, pour la tendresse.

Les sept chandelles graduellement allumées symbolisent les progressions successives de la lumière dans l'esprit du néophyte.

Notez bien que l'on n'allume pas des becs de gaz dans les Loges Palladiques ; cela est formellement interdit par le règlement. Tout le luminaire doit être de cire. Et ce n'est pas sans raison, allez ! « La cire, travail de l'abeille, est un emblème précieux, choisi de préférence; sœur du miel, elle est, comme lui, le fruit des recherches les plus laborieuses et des soins les plus assidus... La seconde qualité de la cire est de jeter la flamme la plus pure et la plus homogène qui doit retracer celle dont le néophyte doit brûler pour la sagesse. Tour à tour, chaque orateur a été près de lui son organe, en lui donnant les conseils qu'elle a dictés à la société. Chacun d'eux a été comme un échelon lumineux qui le guide jusqu'à elle. »

Le Compagnon d'Ulysse

Les séances sont tenues censément dans la tente d'Ulysse. Le récipiendaire assiste à un dialogue en

vers médiocres et ridicules qui a lieu entre Ulysse et Diomède au sujet du dépôt du Palladium.

Nota: le récipiendaire a les yeux^bandés.

Pour la prestation du sermenfj on lui fait mettre la main droite sur le cœur, la gauche sur un écusson stupide qui représente le bouclier de Minerve, et on lui dicte ces paroles :

« Si le mensonge est dans ma bouche, puisse le ciel verser sur ma tête tous les maux dont il frappe l'imposteur ! »

Après quoi, on conduit notre homme aux tombeaux des sept Sages de la Grèce. Il va sans dire que, tandis qu'on le fait arrêter devant chacun des pseudo-tombeaux, un Frère prononce un discours. Total: Sept harangues, comme au grade précédent. C'est au tombeau de Pittacus qu'on lui apprend l'histoire du Palladium; on lui débite encore un éloge pompeux d'Ulysse, le plus rusé de tous les Grecs. On lui confère le nom d'Anacharsis, et finalement, on l'envoie souper, « attendu qu'il a besoin de forces pour retourner sur la terre. »

Ce fameux souper se compose de trois plats et d'une énorme tartine de miel, en guise de dessert. Que le récipiendaire aime on non le miel, il faut qu'il avale la tartine; car c'est une tartine symbolique.

Toutes ces grotesques simagrées servent de prétexte à des réunions galantes avec des Sœurs choisies parmi les plus dévergondées; c'est en l'honneur de ces Maçonnes privilégiées qu'a été créé le Souverain Chapitre de la Sagesse et été imaginé le grade de Compagne de Pénélope.

La Compagne de Pénélope

Pour être admise à ce degré du Rite Palladique, il faut que la Sœur postulante soit au moins initiée au grade de Maîtresse.

La récipiendaire, sitôt arrivée au local maçonnique, est conduite, par deux Compagnons d'Ulysse et une Compagne de Pénélope, dans une chambre au milieu de laquelle se trouve une table couverte de linge blanc et supportant ta statue de Minerve entre trois flambeaux.

Là, on lui fait prêter le serment que voici :

« Sur mon honneur de Maçonne, je promets et jure de garder dans mon cœur la connaissance des secrets que je vais acquérir et de n'en jamais parler qu'avec des Compagnes de Pénélope ou des Compagnons d'Ulysse, que j'aurais reconnus bien légitimes. »

Après quoi, on la mène à la salle où sont réunis les Frères et les Soeurs composant l'Atelier Palladique.

Les Frères portent le cordon de Minerve, décrit plus haut (Ordre des Sept Sages). Les Soeurs portent, en sus de leurs insignes ordinaires, une ceinture de trois couleurs (vert, jaune et couleur de feu) ayant au milieu la tête de Méduse.

Dans cette salle, il y a trois simulacres de tombeaux.

On fait promener la récipiendaire autour de ces mausolées, en lui disant qu^ils contiennent les précieux restes de Pénélope, de Lucrèce et d'Artémise.

Cette promenade terminée, la postulante est reconduite à la chambre de la statue de Minerve. Un Frère Servant y a déposé un tour à filer, des fuseaux, de la broderie, etc., c'est-à-dire tout ce qui peut permettre à une femme de s'occuper utilement.

La récipiendaire est laissée en ce réduit pendant quelques minutes, sans avoir reçu aucune explication.

Alors, un Compagnon d'Ulysse entre et propose à la Soeur de la conduire en un endroit moins triste. Ce disant, il ouvre une petite porte communiquant avec un boudoir spécialement aménagé. La lampe, qui

éclaire ce cabinet, est voilée de gaze ; des parfums, excitant les sens, brûlent; des gâteaux et des liqueurs sont servis sur un guéridon.

La Sœur Maçonne, habituée à ces sortes d'aventures, accepte l'invitation du Frère, qui déploie toutes les ressources de sa galanterie. Quand il juge l'entretien suffisant, le Compagnon se retire, en déclarant à la récipiendaire qu'il ne s'absente que momentanément, « étant appelé à combattre » ; celle-ci, sans chercher à comprendre le sens de ce langage symbolique, le laisse partir, et, piquée par la curiosité, attend ce qui va lui arriver.

Ce qui arrive, c'est un second Frère, non moins galant que le premier.

Nouvelle causerie, nouveau rlirtage.

Tout à coup, au moment où le second Frère est occupé à conter fleurette à la postulante, le premier Compagnon fait irruption dans le cabinet.

Ici, une scène, qui ne serait pas déplacée dans un vaudeville. Le Frère n° 1 se prétend trahi, traite la récipiendaire de parjure et cause un tel tapage que les Maître et Maîtresse des Cérémonies accourent.

On entraîne la récipiendaire à l'assemblée des Compagnons d'Ulysse et des Compagnes de Pénélope. Le Frère, qui se dit trahi, accuse la Sœur en termes violents et la dénonce comme indigne du grade qu'elle sollicite. La malheureuse balbutie, ne sachant si c'est sérieux ou si c'est pour rire. Le Chevalier d'Eloquence se lève et prononce contre la coupable un réquisitoire fulminant, invoquant les mânes de Pénélope , de Lucrèce et d'Artémise, dont il montre les tombeaux et dont il rappelle la chasteté conjugale. Bref, la récipiendaire, n'y comprenant décidément plus rien, en est réduite à rappeler les principes de l'amitié maçonnique pour produire une justification de sa conduite , au grand amusement de Jassistance.

Enfin, le président de l'assemblée veut bien se montrer bon enfant. Il juge que la postulante n'est pas si coupable qu'on veut bien le dire; la légende de Pénélope et d'Ulysse n'est qu'une fable; si tout le monde suivait l'exemple de la reine d'Ithaque, c'en serait bientôt fait de l'humanité. Du reste, — et c'est là un argument concluant, — la récipiendaire n'a pas demandé à devenir une Pénélope, mais bien une Compagne de Pénélope; or, l'histoire ne présente pas comme inaccessibles les dames de la cour d'Ithaque. Que la Maçonnerie donne donc une nouvelle preuve de sa bonté en admettant la postulante au Souverain Conseil de la Sagesse.

Applaudissements. « La néophyte est admise avec des formes aimables. » Lisez : au milieu d'une embrassade générale (Chaîne d'Union).

Quant à la Sagesse, dont le nom a été constamment mêlé à cette initiation, elle en pense ce qu'elle veut.

Page 1