‹ Les Soeurs maçonnesChapitre 56 sur 73 · RITE DES MOPSES · texte numérisé non relu

RITE DES MOPSES

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Ce rite est essentiellement allemand ; cette origine ne l'empêche pas d'être pratiqué dans tous les pays d'Europe et même en France.

Par une curieuse bizarrerie, le mot « Mopse », qui, dans la pratique du rite, s'applique aussi bien aux Frères qu'aux Sœurs, sert, dans les Loges françaises, à désigner uniquement la Maçonne qui est l'objet des sympathies soutenues d'un Maçon. Quand, à une fête d'Atelier d'Adoption, on voit arriver un Frère accom-

pagné d'une Sœur auprès de laquelle il s'est montré assidu, lors des fêtes précédentes, on dit: «Voici le Frère Untel avec sa Mopse. »

Dans le vocabulaire des expressions maçonniques, usitées en France, qui ligure à la fin du Rituel du grade de Maître, par le F.'. Ragon, édition sacrée, on lit cette courte explication :

« MOPSE. Épouse d'un Franc-Maçon. Rite. »

Si Ton considère que la secte s'est fait une règle de changer le sens des mots, afin de dérouter les personnes non initiées, il faut entendre par épouse, non la femme légitime qu'un Frère peut avoir dans le monde profane, mais bien sa compagne préférée aux Amusements Mystérieux, c'est-à-dire son épouse maçonnique.

Le Rite des Mopses fut créé à la suite d'une bulle du pape Clément XII. Ce souverain pontife, le 28 avril 1738, excommunia les Francs-Maçons. Plusieurs princes catholiques interdirent alors la secte dans leurs états ; en Autriche et en Allemagne surtout, les Loges furent fermées dans toutes les villes.

Plusieurs secrets des Maçons avaient été révélés ; on savait notamment que, dans les hauts grades, les Frères Trois-Points rendaient un culte au Baphomet des Templiers.

Le Baphomet, on ne l'ignore pas, est une idole grossière représentant un bouc ayant des mamelles de femme, de grandes ailes noires et d'autres attributs. Les Maçons disent que ce symbole, objet de leur vénération, figure le dieu Nature : cette idole horrible est en effet l'emblème de la nature, telle que la secte la définit et l'explique à sa manière ; mais elle est en même temps l'emblème dissimulé de Satan, à qui les sectaires maintiennent le nom de Lucifer, après l'avoir appelé Eblis [diabolos, diable) dans la légende de la mort d'Hiram.

C'est pourquoi, les Maçons , se souciant peu de l'excommunication du pape, mais ne voulant pas donner prise à de nouvelles interdictions de la part des princes, transformèrent une partie de leur rite en Autriche et en Allemagne. Le 22 septembre 1738, cinq mois après la bulle de Clément XII, l'Ordre des Mopses était fondé à Vienne ; les Loges se rouvraient partout en secret sous le nom de Sociétés des Amis Fidèles ; et, au bouc hideux des hauts grades, on substituait un chien ignoble, portant la queue retroussée.

Le mot allemand mopse ne veut pas dire autre chose que : doguin. C'est notre carlin , une des plus malpropres variétés du bouledogue. Le terme est passé, du reste, dans la langue française ; quoiqu'il soit peu usité, on le trouve dans les dictionnaires.

De l'Allemagne et de l'Autriche, le Rite des Mopses se répandit promptement dans notre pays, ainsi qu'en Bavière, en Hollande et dans les Flandres.

A raison des difficultés du moment, les sectaires ne cherchèrent guère alors à faire des prosélytes au rite nouveau ; l'important pour eux était de rétablir leurs réunions mystérieuses, que le Vatican avait interrompues en donnant aux princes le signal d'alarme. Aussi , fallait-il être depuis longtemps Maçon ou Maçonne pour être admis aux secrets des Mopses.

Telle est l'origine de ce rite.

Lorsque les Loges purent plus tard se rouvrir, l'Ordre des Mopses devint un grade androgyne, et il est demeuré tel ; il faut, pour le recevoir, être pourvu des trois premiers degrés symboliques.

Voyons donc en quoi consiste ce rite en un seul grade ; il montre bien combien est profond l'abîme d'avilissement où le culte du Grand Architecte précipite ses fidèles des deux sexes.

Je vais, pour cette divulgation, suivre, page par page,

le rituel, — le dernier rituel des Mopses, imprimé en français, avec la date de 1866.

Au milieu du temple maçonnique, sur les dalles du sol, se trouve, le Tableau de la Loge, qui doit être tracé chaque fois à la craie. « On trace un cercle sur un carré, dont un des angles est tourné vers l'Orient. Une bougie à chaque coin indique les points cardinaux. Un doguin, la tête tournée vers l'Orient, la queue retroussée. A droite, une colonne, représentant la fidélité ; sa base figure la sincérité. A gauche, une autre colonne, représentant l'amitié ; sa base figure la constance. Le pavé mosaïque, sur lequel sont posées ces colonnes, est semé de cœurs, unis ensemble par le lien du plaisir, qui prend naissance dans le vase de la raison. Une porte triomphale est en avant du palais de l'amour, placé à l'Orient; la cheminée de ce palais s'appelle l'éternité. »

La Loge est présidée par un Frère et une Sœur, siégeant ensemble à l'Orient, et portant les titres de Grand Maître et de Grande Maîtresse ; ce sont les deux Grands Mopses de l'Atelier. Il y a des Officiers et des Officières, comme dans les autres grades de la Maçonnerie d'Adoption.

Au lieu d'un maillet, le Grand Maître Mopse , le Mopse Inspecteur et le Mopse Dépositaire sont munis d'un sifflet ; ils sifflent, pour donner leurs ordres à la Loge.

Au lieu de frapper à la porte du temple, pour se faire donner l'entrer par le Mopse Couvreur, on gratte trois fois et l'on pousse un hurlement à la manière des chiens.

Quand tout est prêt pour l'initiation d'une Sœur Maçonne ayant demandé formellement et par écrit à recevoir le grade de Mopse, un Maître des Cérémonies sort du temple et va chercher la récipiendaire qui attend

dans la Chambre des Réflexions. Ce Maître des Cérémonies est le conducteur de la postulante pendant les épreuves ; on le nomme : le Fidèle.

Le Fidèle met aux mains de la récipiendaire une chaînette d'acier et au cou un collier de cuivre. Il lui bande les yeux. Après quoi, il la conduit à Ja porte du temple. On gratte, on hurle, et l'introduction a lieu.

Le Fidèle, tenant la candidate par la main, lui fait faire neuf fois le tour de la salle. Pendant cette promenade, les Frères et Sœurs Mopses sont debout, environnant le tracé du Tableau de la Loge, et ils font un vacarme discordant en froissant des épées, en secouant des chaînes et en frappant le sol avec des bâtons ; quelques-uns des assistants crient d'une voix lugubre et sur tous les tons : Mémento mori ! (Souviens-toi qu'il faut mourir.)-

Lorsque la candidate est arrivée à l'occident, son voyage terminé, le Grand Maître donne trois vigoureux coups de sifflet, et le silence se rétablit aussitôt.

Le Grand Maître, au Mopse Inspecteur (Premier Surveillant). — Frère Inspecteur, que signifie ce bruit que je viens d'entendre ?

Le Mopse Inspecteur. — Grand Maître, ce bruit provient de ce qu'il vient d'entrer ici une chienne qui n'est pas Mopse et que les Mopses veulent mordre.

Le Grand Maître. — Demandez-lui ce qu'elle veut.

Le Mopse Inspecteur, au Conducteur. — Fidèle, le Maître demande ce que veut la chienne que vous accompagnez.

Le Fidèle. — Elle veut devenir Mopse.

Le Mopse Inspecteur, au Grand Maître. — Le Fidèle qui accompagne cette chienne affirme, Vénérable Grand Maître, qu'elle veut devenir Mopse.

Le Grand Maître. — Je ne m'y oppose pas, Cher

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Frère Inspecteur; mais comment pourra se faire cette métamorphose ? .

Le Mopse Inspecteur. — Il est nécessaire, Grand Maître, que cette chienne consente à se joindre à nous.

Le Grand Maître. — Eh bien, demandez-lui donc si elle a peur du diable.

Le Mopse Inspecteur, au Conducteur. — Fidèle, demandez à la chienne que vous accompagnez si le diable lui fait peur.

Le Fidèle, à la postulante. — Voyons , répondez; avez-vous peur du diable ?

Réponse de la postulante. Qu'elle dise oui ou non, les épreuves continuent.

Le Mopse Inspecteur transmet au Grand Maître la réponse de la récipiendaire.

Le Grand Maître. — Voyez à présent, Frère Inspecteur, si cette chienne a ce qu'il faut avoir pour être Mopse.

Le Mopse Inspecteur se transporte auprès de la récipiendaire et l'invite à montrer sa langue, à la tirer autant que possible. Si elle s'y refuse, elle n'est point reçue. Si elle obéit, le Mopse Inspecteur prend la langue de la postulante avec les doigts, l'examine, comme s'il s'agissait d'un langueyage (sic, dans le rituel ; il parle même de la marquer d'un fer chaud, pour effrayer la récipiendaire.

Le Mopse Inspecteur, après l'examen. — Grand Maître, cette chienne possède la qualité requise pour devenir Mopse.

Le Grand Maître. — Fort bien. Il ne nous reste plu! alors qu'à lui faire subir la dernière épreuve. Posez cette chienne la question que vous savez.

Le Frère Inspecteur s'approche de la récipiendaire et lui demande brusquement si elle accepte cTembrassej

le derrière cTun chien mopse ou celui du Grand Maître, à son choix (i).

Alors, il s'élève une altercation, dont s'amuse rassemblée. Mais, de gré ou de force, on applique sur la bouche de la postulante le derrière du Mopse, qui est un petit mannequin de chien recouvert de soie.

Puis, la néophyte est admise à prêter son obligation de ne point révéler les secrets des Mopses. Et devinez sur quel autel la Sœur Maçonne prête ce serment... On la fait jurer, en étendant la main droite, sur une table de toilette, garnie de ses accessoires.

Après la consécration de la néophyte et les aboiements d'éloquence du Mopse Orateur, on récite le catéchisme du- grade, lequel est très court.

D. Etes-vous Mopse? — R. Je ne l'étais pas, il y a trente ans.

D. Qu'étiez-vous donc, il y a trente ans? — R. J'étais une chienne, mais pas une chienne domestique.

D. Quand êtes-vous devenue Mopse ? — R. Lorsque

(i) Je n'invente rien. Cette dégoûtante question est en toutes lettres dans le rituel de la Maçonnerie d'Adoption ou Franc-Maçonnerie des Dames. Ce rituel, imprimé en 1866, édité à Paris, figurait encore en 1 885 sur le Catalogue de la librairie officielle maçonnique établie au siège du Rite Écossais, rue Jean-Jacques-Rousseau ; il est intitulé Manuel complet de la Maçonnerie d'Adoption ou Maçonnerie des Dames et est remis, moyennant une contribution de 4 francs, aux Vénérables et Orateurs des Loges androgynes. Au surplus, tout le monde pourra vérifier l'exactitude de ce que je rapporte ; un exemplaire de ce Manuel existe à la Bibliothèque Nationale; on trouvera, aux pages 125 et suivantes, les détails de l'initiation au grade de Mopse, et l'on constatera que le rituel emploie même les termes les plus malpropres. C'est tellement ignoble que j'ai dû adoucir les expressions employées par ces sectaires obscènes.

■ — ÛOO —

mon conducteur se mit à gratter et à hurler à la porte.

D. Comment marchent les Mopses ? — R. On les tire par la chaîne, de l'Occident à POrient.

D. D'où vient le vent? — R. de l'Orient.

D. Quelle heure est-il ? — R. Il est bonne heure.

La séance est ensuite fermée.

On initie un Maçon au grade de Mopse, avec le même cérémonial que celui usité pour une initiation de Maçonne. Seulement, les dialogues ont lieu entre la Grande Maîtresse, la Sœur Inspectrice Mopse et une Fidèle (la conductrice) ; il est, en outre, question de chienne et de Grande Maîtresse, partout où, dans une réception féminine, il est question de chien et de Grand Maître. Enfin, le serment de Frère Mopse se prête sur une épée, et le néophyte jure, non seulement de ne point révéler les secrets du grade, mais encore de défendre ses Sœurs Mopses.

Voici les secrets de ce rite répugnant :

Ordre. On se met à l'ordre en portant la main droite ouverte sur le cœur, mais sans former Féquerre.

Ligne de reconnaissance. Les Mopses, pour se reconnaître, font, entre eux, une grimace aussi vile que ridicule. Je la copie textuellement dans le rituel : « Appuyer le doigt médius de la main droite sur le bout du nez, le pouce sous le menton, l'index et l'annulaire sur les coins de la bouche, le petit doigt tendu et écarté, et faire sortir le bout de la langue par le côté droit de la bouche entre l'index et le médius. »

Mot Sacré. MUR. On prononce : Mour.

Banquets des Mopses. Pour commander l'exercice des toasts et des libations, le Grand Maître, après un coup

de sifflet, dit: « Versez, Mopses ! Avez-vous versé,

Mopses?.... Surveillants, Etrangers et Etrangères, Officiers et Officières, Nouveaux Reçus et Nouvelles Reçues,

Frères et Sœurs Mopses, la santé que nous allons boire

est celle de N » On prend le verre entre le pouce et

l'index, le petit doigt sous le verre, les deux autres doigts étendus ; on porte le verre aux lèvres, on goûte le vin d'abord, et on le boit ensuite d'un trait ; on pose le verre en le renversant sur une petite assiette. On se lève pour chaque libation, et on s'assied aussitôt après.

Questions d'Ordre. A un Frère Mopse, on demande : « Pourquoi portez-vous l'épée? » Il répond: « Pour défendre mon pampre et protéger ma rose. » A une Sœur Mopse, on demande : « Savez-vous effeuiller les roses? » Elle répond : « Aussi les pampres. »

Les rituels de Mopses, imprimés en Allemagne et en Hollande, sont beaucoup plus détaillés que ceux imprimés en France ; ils contiennent des horreurs dont on ne peut se faire une idée.

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