L'APPRENTIE
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La Loge, comme dans la Maçonnerie ordinaire, a la forme d'un rectangle; mais elle est tendue de rouge. Néanmoins, par mesure d'économie, on se sert le plus souvent du temple habituel, avec les tentures de la tenue au premier degré (Apprenti Maçon).
On ne se sert plus des noms des points cardinaux pour désigner les quatre côtés de la salle. L'orient s'appelle le climat d'Asie; l'occident ou côté de l'entrée, le climat d'Europe; le midi, le climat d'Afrique; le nord, le climat d'Amérique.
Au climat d'Asie, sont deux fauteuils ou trônes sous un même dais. Devant ces fauteuils est une table ou autel, sur laquelle se trouve un maillet, une épée nue et les statuts. Sur les côtés, sont placées huit statues ou huit figures peintes représentant la Sagesse, la Prudence, la Force, la Tempérance, l'Honneur, la Charité, la Justice et la Vérité, distinguées par leurs attributs; la Vérité — ai-je besoin de le dire? — n'est là que pour
donner un prétexte de faire figurer la représentation d'une femme sans aucun vêtement.
La salle est éclairée par cinq grandes terrines où brûlent des résines produisant une flamme vive et répandant une odeur parfumée. Une grande étoile à cinq rayons, placée à l'Asie, contribue aussi à donner de la lumière.
Les tables, placées devant les dignitaires, sont pentagonales au lieu d'être triangulaires.
Les Sœurs Maçonnes ne s'assemblent jamais seules ; leurs réunions sont toujours ouvertes aux Frères Trois- Points, pourvus au moins du second degré. Aussi, les offices sont-ils doublés en Loge d'Adoption.
Le Vénérable, qui porte, dans ces tenues androgynes, le titre de Grand-Maître, siège, au climat d'Asie, auprès de la Grande Maîtresse. A côté du Premier Surveillant, est assise la Sœur Inspectrice, et la Sœur Dépositaire à côté du Second Surveillant ; il en est de même pour les autres fonctions.
N'oublions pas l'Orateur en jupons ou Sœur d'Éloquence, qui siège aux côtés de l'Orateur en culotte; c'est cette Sœur qui remplit les fonctions de préparatrice des récipiendaires. Notons encore la Sœur Introductrice, qui garde la porte d'entrée en compagnie du Frère Couvreur.
Quant aux Sœurs non dignitaires, elles se placent, les Apprenties, au climat d'Amérique, les Compagnonnes, au climat d'Afrique, et les Maîtresses, indistinctement sur ces deux climats. Frères et Sœurs sont rangés sur deux lignes, de chaque côté, les Sœurs assises sur le premier rang, et les Frères assis derrière elles, Tépée à la main.
Le Tableau de la Loge est un tapis, étalé au milieu sur le carreau de la salle. Il représente, par quatre allégories, les quatre parties du monde dont les noms servent à désigner les côtés du temple, et en outre :
jo l'échelle de Jacob; 20 Parche de Noé sur le mont Ararat, 3° la tour de Babel; 4° le soleil ; 5° la lune.
Les Sœurs sont en toilette de ville, robe blanche. De même que les Maçons, elles portent un petit tablier : il est de peau blanche, doublé et bordé en soie bleue, pour les Apprenties et les Compagnonnes ; la bordure et la doublure sont en soie cramoisie, pour les Maîtresses, Tout le monde est en gants blancs, sauf les dignitaires dont les gants sont noirs. Toutes les Sœurs portent en écharpe, de droite à gauche, un cordon bleu moiré. Les Maîtresses se distinguent des Compagnonnés et des Apprenties par une petite truelle d'or suspendue au bout de leur cordon; pas de truelle au cordon des Sœurs des deux premiers degrés, mais un bijou représentant un cœur enflammé et contenant une pomme. Les Compagnonnes ont un voile de gaze qui leur couvre la tête ; ce voile les distingue des Apprenties qui ne Font pas. Les Sœurs dignitaires portent leur cordon en sautoir; la petite truelle d'or est ainsi suspendue sur leur poitrine. Toutes les Sœurs, sauf les Apprenties, portent, autour du bras gauche, la jarretière de POrdre, en satin blanc, doublure bleue ; la devise Silence et Vertu y est brodée en soie bleue.
Habillement des Frères : habit noir, gilet et pantalons blancs. Toutefois, dans un certain nombre de Loges, les Frères se mettent complètement en noir, tenue de cérémonie. Les Officiers portent les cordons de leurs dignités, et les Frères non dignitaires, ceux de leurs grades. En outre, chacun a un cordon bleu moiré, mis en sautoir, au bas duquel est attaché un bijou en or représentant une petite échelle à cinq échelons.
Quelques instants avant l'ouverture de la séance, la dame ou demoiselle, qui s'est laissé enjôler par la secte, est conduite dans la Chambre des Réflexions. C'est un cabinet, assez semblable à ceux qui servent aux initia-
tions des Frères Trois-Points, mais moins lugubre ; en tout cas, on a soin de ne pas effrayer la récipiendaire par des exhibitions sanglantes. Le réduit en question est seulement lugubre par sa tenture noire et une tête de mort déposée sur la table ; ce qui suffit bien pour chasser les idées gaies que pourrait avoir la prosélyte. Un tabouret est devant la table. Une seule lampe éclaire la pièce. Sur la table, du papier et tout ce qu'il faut pour écrire. Le papier porte, en grosses lettres imprimées, ces trois questions : « Que doit-on à ses père et mère ? Que doit-on à son mari et à ses enfants ? Que doit-on à l'amitié et à la société ? »
Parfois, on place un oiseau sous un bol renversé, et l'on recommande à l'aspirante de ne pas retourner le bol; mais, le plus souvent, celle-ci, une fois seule, s'empresse de soulever le vase, et l'oiseau s'échappe. Cela fournit au Vénérable le sujet d'un grand discours sur la curiosité, discours qu'il débite à In récipiendaire avec force reproches.
Dès son arrivée, la postulante a donc été conduite, par une Maîtresse des Cérémonies, dans la Chambre des Réflexions. La Sœur, l'ayant fait asseoir sur le tabouret, lui demande si elle a bien réellement le désir d'entrer dans un Ordre aussi respectable que celui dans lequel elle va être admise. Elle s'informe si elle est dans un état de santé convenable, vu qu'elle va passer par d'assez fortes épreuves ; mais, ajoute la fine mouche, ces épreuves n'ont rien de contraire à la bienséance ni à la vertu, et elle lui en donne sa parole au besoin. Elle l'engage à se munir d'une ample provision d'énergie. Elle remplace sa jarretière gauche par un ruban bleu et lui enlève ses boucles d'oreilles, ses manchettes et ses gants. Enfin, elle l'invite à se recueillir et à répondre aux trois questions imprimées; bientôt, conclut-elle, elle viendra prendre ses réponses.
Tandis que la récipiendaire réfléchit et écrit, la séance s'ouvre.
La Grande Maîtresse, après avoir frappé cinq coups.
— Frères et Sœurs Inspecteurs et Dépositaires, le Vénérable Grand Maître et moi engageons nos Frères et nos Sœurs, tant de l'Afrique que de l'Amérique, à vouloir bien se joindre à vous et à nous pour nous aider à ouvrir la Loge d'Apprentie Maçonne, au climat de (ici Je nom de la ville), sous les auspices de la Respectable Loge (ici le nom de la Loge d'homme à laquelle V Atelier féminin est annexé), et à faire notre office par cinq.
La Sœur Inspectrice, après avoir frappé cinq coups.
— Sœur Dépositaire, Frères et Sœurs de l'Afrique, vous êtes engagés, de la part du Vénérable Grand Maître et de la Grande Maîtresse, à vouloir bien vous joindre à eux et à nous pour les aider, etc.
La Sœur Dépositaire, après avoir frappé cinq coups.
— Frères et Sœurs de l'Amérique, vous êtes engagés, etc.. (Puis, s'adressant au Premier Surveillant et à la Sœur Inspectrice): Frère et Sœur Inspecteurs, l'annonce est portée sur le climat de l'Amérique.
La Sœur Inspectrice. — Grande Maîtresse, l'annonce est portée sur les deux climats.
La Grande Maîtresse, frappant un coup. — A l'ordre!
L'Asie se lève.
La Sœur Inspectrice, frappant un coup. — A l'ordre !
L'Afrique se lève.
La Sœur Dépositaire, frappant un coup. — A l'ordre !
L'Amérique se lève.
La Grande Maîtresse. — Sœur Inspectrice, quelle est l'attention des Maçons et Maçonnes?
La Sœur Inspectrice. — C'est de veiller à ce que la Loge soit close, Grande Maîtresse.
La Grande Maîtresse. — Vous en êtes- vous assurée?
La Sœur Inspectrice. — Grande Maîtresse, la Loge est close intérieurement et extérieurement.
La Grande Maîtresse. — Sœur Dépositaire, quels sont les devoirs de l'Apprentie Maçonne ?
La Sœur Dépositaire. — Ecouter, travailler, obéir et se taire.
La Grande Maîtresse. — Ecoutons, travaillons, obéissons et taisons-nous sur nos mystères envers les Profanes!... A moi, Frères et Sœurs de tous les climats, à Tordre !
Tout le monde se met à l'ordre d'Apprentie Maçonne : On place les deux mains sur la poitrine, la droite sur la gauche et les deux pouces se touchant en forme d'équerre.
La Grande Maîtresse. — Et maintenant, faisons notre office par cinq !
Frères et Sœurs, à cette invite, exécutent la batterie et poussent l'acclamation. Pour cela, chacun frappe dans ses mains cinq coups égaux, puis bat trois fois le bout des doigts en disant tout haut : — Eva ! Eva ! Èva !
La Grande Maîtresse. — Les travaux d'adoption sont ouverts. Portez cette annonce sur vos climats, Sœurs Inspectrice et Dépositaire. Et nous, Frères et Sœurs de l'Asie, prenons place.
L'Asie s'assied.
La Sœur Inspectrice. — Sœur Dépositaire, Frères et Sœurs de l'Afrique, les travaux d'adoption sont ouverts ; prenons place.
L'Afrique s'assied.
La Sœur Dépositaire. — Frères et Sœursde l'Amérique, les travaux d'adoption sont ouverts ; prenons place.
L'Amérique s'assied.
La Sœur Inspectrice. — Grande Maîtresse, les Frères et les Sœurs ont pris place sur les deux climats.
La Grande Maîtresse. — Sœur Secrétaire, veuillez
nous communiquer l'échelle tracée des derniers travaux.
La Sœur Secrétaire donne lecture de son procès-verbal. En Loge de femmes, on dit: échelle, au lieu de: planche.
Voici la formule officielle d'une échelle de Loge d'Adoption :
« A la gloire du Grand Soleil de Lumière et sous les Auspices du Grand Orient (ou : du Suprême Conseil) de France.
« Union, silence, vertu.
« L'an maçonnique 58... le jour du mois,
la Respectable Loge sous le titre distinctif de (ici le nom de la Loge d'hommes à laquelle V Atelier Jéminin est annexé), en ses travaux d'adoption régulièrement assemblée par échelles de convocation, en la manière accoutumée, au Jardin d'Eden, les travaux ont été ouverts à l'Asie par le Vénérable Frère Grand Maître (ici le nom du président delà Loge), assisté de la Respectable Sœur Grande Maîtresse (ici le nom de la présidente), aidés de la Très Aimable Sœur Inspectrice (ici le nom), gouvernant le climat d'Afrique, et de la Très Chère Sœur Dépositaire (ici le nom), dirigeant le climat d'Amérique, en présence des Frères Officiers, Sœurs Officières, membres de la Respectable Loge.
« A cette place figure le compte tendu, aussi bref et aussi peu explicatif que possible .
« Après quoi, les travaux ont été fermés dans le sein de la paix et de l'amitié, les jours et an que dessus.»
Le procès-verbal porte la signature de la Sœur Secrétaire.
Communication de l'échelle tracée ayant été donnée à la Loge, la Sœur Inspectrice, sur l'avis de la Sœur Introductrice, annonce les Visiteurs, s'il y en a dans le parvis. La Grande Maîtresse ordonne leur introduction,
les complimente et les fait placer, selon leurs dignités, par les Maîtres et Maîtresses des Cérémonies.
A ce moment, la Sœur d'Eloquence, qui, pendant la lecture du procès-verbal, s'est rendue, en compagnie du Frère Orateur, auprès de la récipiendaire, frappe cinq coups égaux à la porte de la Loge. La Sœur Introductrice répond par cinq autres coups frappés de l'intérieur et lui donne rentrée.
La Sœur d'Eloquence, tenant à la main les réponses écrites de la postulante. — Respectable Grande Maîtresse, il y a, dans la Chambre des Réflexions, une élève de la sagesse qui aspire à l'honneur d'être reçue Maçonne ; elle a répondu aux trois questions qui lui ont été présentées.
Lecture est faite des réponses de la postulante.
La Grande Maîtresse, ayant demandé et reçu l'assentiment de la Loge pour l'admission de la récipiendaire, après les conclusions favorables de la Sœur d'Eloquence, ordonne la présentation.
La Grande Maîtresse. — Bénissons nos travaux. Nous allons donc donner encore un soutien à la vertu; nous ne pouvons trop nous en réjouir. Chers Frères et Chères Sœurs, applaudissons.
Tous, en exécutant la batterie. — Eva ! Eva! Eval
Il est à remarquer que la Sœur d'Eloquence, seule, est revenue, de la Chambre des Réflexions, apporter à la Loge, les réponses de la récipiendaire. Pendant la délibération de l'Atelier, le Frère Orateur est resté en tête-à-tête, dans le petit cabinet, avec l'aspirante. Les rituels traitent « d'esprits étroits » ceux qui suspecteraient la Franc-Maçonnerie en cette circonstance. A ce sujet, le F.*. Guillemain de Saint-Victor insère en bas de page, dans son rituel, une note qui mérite les honneurs de la reproduction textuelle: « Ceux pour qui la vertu n'est qu'un mot vide de sens, dit-il, pourront
exiger qu'il y ait une Sœur Conductrice avec le Frère Orateur; mais quelle honte pour l'humanité ! O mortels, la pureté de vos actions, au moins envers les autres, la sagesse et l'estime ne seront-elles toujours que des chimères parmi vous? » Nous verrons, par la suite de cet ouvrage, ce que valent ces belles protestations de moralité et en quoi consiste la vertu maçonnique. Quand nous en serons au Rite des Chevaliers et des Nymphes de la Rose, nous ferons connaissance avec le Frère Sentiment et la Sœur Discrétion, avec l'Autel de l'Amour et le Bosquet du Mystère, etc.
Quoi qu'il en soit, le Frère Orateur, « qui doit demeurer seul avec la récipiendaire » dans la Chambre des Réflexions, « lui adresse un discours pathétique sur la vertu et sur la charité » [sic, dans le rituel). Va pour le discours pathétique!
La Sœur d'Eloquence ayant repris sa place en Loge, la Sœur Dépositaire couvre le temple, c'est-à-dire sort de la salle à son tour, et vient interrompre le discours pathétique en faisant une soudaine irruption dans le petit local.
Elle demande à la récipiendaire si elle persiste dans sa résolution d'être admise et de subir les épreuves. « Sur sa réponse affirmative, elle lui bande les yeux et lui demande, foi de Sœur à venir, si elle ne voit pas clair » [sic).
La récipiendaire, escortée du Frère Orateur et de la Sœur Dépositaire, est amenée à la porte de la salle. La Sœur Dépositaire frappe cinq coups.
La Sœur Inspectrice. — Grande Maîtresse, on vient de frapper à la porte du temple.
La Grande Maîtresse. — Informez-vous et voyez.
La Sœur Introductrice, sur l'ordre de la Sœur Inspectrice, ouvre les portes, fait entrer la postulante et son escorte, et les place entre les deux colonnes.
La Sœur Dépositaire. — Grande Maîtresse, je vous présente une postulante qui aspire à l'honneur d'être reçue Maçonne.
La Grande Maîtresse. — Sœur Dépositaire, de quelle part est-elle présentée ?
La Sœur Dépositaire. — De la part de...
La Grande Maîtresse. — La présentationestheureuse; néanmoins, nous ne connaissons pas cette personne... Est-elle en puissance de mari, de père, de mère ou de tuteur?
La réponse de la postulante est transmise à haute voix par la Sœur Dépositaire à la Sœur Inspectrice et par la Sœur Inspectrice à la Grande Maîtresse.
La Grande Maîtresse. — Demandez à la postulante son nom, ses prénoms, son surnom, si elle en a Un, son âge, sa profession, les lieux de sa naissance et de son domicile.
Réponse de la postulante et transmission de sa réponse.
Cette formalité accomplie, on couvre d'un voile blanc la tête de la récipiendaire, on la couronne de roses blanches et on lui attache aux poignets une chaîne de fer-blanc.
La Grande Maîtresse. — Faites approcher la postulante.
On lui fait faire trois pas, et on lui donne un siège, en l'invitant à s'asseoir. Les portes de la salle sont refermées avec grand fracas.
La Grande Maîtresse interroge alors la récipiendaire sur les motifs qui lui ont inspiré le désir d'être admise dans l'Ordre, sur l'idée quelle s'est formée de la Franc- Maçonnerie, « cette association tant décriée par ceux qui ne la connaissent pas » ; elle lui demande enfin si elle est décidée à subir les épreuves.
Ces épreuves, loin d'être désagréables comme
celles que subissent les Frères Trois-Points à leur entrée dans la secte, se bornent à trois voyages légèrement accidentés : autour de la salle, aux endroits par où passe la récipiendaire, on a placé simplement des planches sur lesquelles sont clouées, de loin en loin, des boules de bois sciées en deux ; cela forme quelques inégalités de terrain, mais la récipiendaire, étant conduite par la main, s'y heurte sans trébucher. Au troisième voyage, les Frères, changeant de place avec les Sœurs, se mettent au premier rang et forment la voûte d'acier en entrecroisant leurs épées par la pointe ; quand la récipiendaire passe sous cette voûte, on froisse les glaives au-dessus de sa tête de façon à produire un cliquetis. La postulante est ensuite ramenée à son siège.
La Grande Maîtresse. — Madame (ou : Mademoiselle), ainsi se passe la vie : on rencontre bien des obstacles, avant d'obtenir le repos ; mais, de ces obstacles, on triomphe toujours, par la persévérance dans le bien. Un silence.
La Grande Maîtresse. — Madame, êtes-vous disposée à répondre à plusieurs questions que je désire vous adresser ?
Réponse (affirmative) de la postulante.
La Grande Maîtresse. — Madame, qu'est-ce que l'honneur?
Réponse de la postulante.
Réplique de la Grande Maîtresse. — L'honneur est une vertu qui nous porte à accomplir des actions nobles, courageuses, loyales, nous attirant la considération et la gloire ; c'est l'instinct, le sentiment du besoin de l'estime publique et de soi-même. Pour la femme, l'honneur consiste encore dans la pudicité, dans la chasteté. En un mot, l'honneur est tout ce qui honore. La Grande Maîtresse. — Qu'est-ce que la considération ?
Réponse de la postulante .
Réplique de la Grande Maîtresse. — La considération se dit des égards qu'obtiennent les talents, les vertus, les dignités, les bonnes actions. La noblesse n'est rien sans la considération. La considération fait plus d'heureux que la gloire. Le goût des plaisirs nuit à la considération de toutes les femmes. Si vous entendez une femme médire de l'amour et un homme de lettres déprécier la considération publique, dites de Tune que ses charmes se passent, et del'autre quesontalent se perd.
La Grande Maîtresse. — Qu'est-ce que la vertu ?
Réponse de la postulante.
Réplique de la Grande Maîtresse. — La vertu est une énergie de l'âme appliquée à la pratique habituelledu devoir. De toutes les vertus, la première pour la femme, du moins sous l'empire des préjugés de la société, est la pudeur, la chasteté. Celle-ci semble même renfermer toutes les autres ; car, une fois qu'elle Ta perdue, tout est perdu pour la femme. Cela est si vrai qu'on est convenu, en parlant de la pudeur d'une femme, de dire simplement sa vertu, c'est-à-dire son ornement, son mérite, ce par quoi seulement elle est digne d'estime et d'amour. Une femme coupable peut encore aimer la vertu, mais il ne lui est plus permis de la prêcher.
La Grande Maîtresse. — Qu'est-ce que la chasteté ?
Réponse de la postulante.
Réplique de la Grande Maîtresse. — C'est la vertu qui sait nous régler dans les plaisirs de l'amour et même nous en faire abstenir, surtout de ceux qui sont illicites. La dot qu'apporte en mariage une jeune fille doit être, avant toute chose, la chasteté. Quant à la chasteté absolue et systématique, loin d'être une vertu, elle est en opposition directe avec le vœu de la nature ; elle cesse même, on peut le dire, d'être une vertu sociale.
La Grande Maîtresse. — Qu'est-ce que la pudicité ?
Réponse de la postulante.
Réplique de la Grande Maîtresse. — La pudicité est la vertu par laquelle on a de la pudeur, sentiment qui, surtout chez la femme, exprime le respect dû à ce qui est honnête. La femme sans pudeur n'est jamais belle ; la femme qui ne rougit pas n'a aucun charme. L'honneur, la pudicité de la femme doivent être sous la protection publique.
La Grande Maîtresse. — Qu'est-ce que la modestie?
Réponse de la postulante.
Réplique de la Grande Maîtresse. — La modestie est la modération, la retenue, sans affectation cependant, dans la manière d'être, de penser et de parler de soi. C'est, dit Zenon, la science du mouvement décent. Elle est, avec la pudeur et la décence, le plus bel ornement de la femme. C'est le doute de son propre mérite.
La Grande Maîtresse. — Qu'est-ce que la douceur?
Réponse de la postulante.
Réplique de la Grande Maîtresse. — La douceur est une qualité de l'âme qui modère l'humeur, l'emportement, l'impatience, l'irritabilité, la colère, etc. Elle est Fopposé de la violence. Il n'y a que les personnes qui ont de la fermeté qui puissent avoir de la douceur. Toutes les femmes ne savent pas combien la douceur leur donnerait d'empire.
La Grande Maîtresse. — Qu'est-ce que la gloire ?
Réponse de la postulante.
Réplique de la Grande Maîtresse. — La gloire est la réputation à laquelle se joignent l'estime et l'admiration. Elle agrandit la vie ; elle n'est jamais où la vertu n'est pas. La pureté de l'âme et de la conduite est la première gloire des femmes.
La Grande Maîtresse. — Qu'est-ce que la flatterie ?
Réponse de la postulante.
Réplique de la Grande Maîtresse. — La flatterie est une louange fausse ou exagérée, donnée dans l'intention de se rendre agréable ou d'obtenir quelques faveurs. Quand la flatterie ne réussit pas, c'est la faute du flatteur. Qui flatte s'avilit. Qui flatte son maître le trahit. La flatterie perd plus de femmes que l'amour.
La Grande Maîtresse. — Qu'est-ce que l'hypocrisie ?
Réponse de la postulante.
Réplique de la Grande Maîtresse. — L'hypocrisie est une fausse apparence de piété, de vertu, de sentiment, de probité, imaginée dans le dessein de faire des dupes. Elle est l'affectation froidement raisonnée des qualités et des vertus qu'on n'a pas. Il ne faut pas confondre l'hypocrisie avec la dissimulation : l'homme dissimulé cache sa pensée, retient son secret, obéit souvent à la prudence ou à la nécessité ; l'hypocrite, lui, pousse la dissimulation jusqu'à faire mentir ses impressions et à tromper, par ses paroles et par ses actes, jusqu'au moment où un succès obtenu lui permettra de lever le masque. C'est contre l'hypocrisie que Molière a écrit sa comédie du Tartufe. Il prit pour type le dévot, qui ne croit à rien et qui s'arme d'une dévotion affectée pour commettre toutes sortes de scélératesses. La vie des courtisans est une hypocrisie perpétuelle. La femme est en général plus hypocrite que l'homme, parce que la société la contraint à la dissimulation en lui refusant les droits qu'a l'homme.
La Grande Maîtresse. — Qu'est-ce que la jalousie ?
Réponse de la postulante.
Réplique de la Grande Maîtresse. — La jalousie est le dépit, le chagrin qu'on a de voir posséder par un autre un bien qu'on voudrait uniquement pour soi. C'est la peine et l'envie que causent la prospérité et le bonheur d'autrui. Il n'y a point de passion plus violente, plus tragique que la jalousie qui naît d'un cx-
trême amour. C'est une passion inquiète, inspirée par la crainte ou la certitude d'être trahi par la personne qu'on aime, d'être aimé d'elle moins qu'une autre personne. Un de nos plus gracieux poètes, Boufflers, a dit de cette passion :
L'amour, par ses douceurs et ses tourments étranges, Nous fait trouver le ciel et l'enfer tour à tour ; La jalousie est la sœur de l'amour, Comme le diable est le frère des anges.
Mais l'auteur qui a le mieux défini cette passion est Diderot : « La jalousie, dit-il, est la disposition ombrageuse d'une personne qui aime et qui craint que l'objet aimé ne fasse part de son cœur, de ses sentiments et de tout ce qu'elle prétend lui devoir être réservé, s'alarme de ses moindres démarches, voit dans ses actions les plus indifférentes des indices certains du malheur qu'elle redoute, vit en soupçon et fait vivre un autre dans la contrainte et le tourment. Cette passion, cruelle et petite, marque la défiance de son propre mérite, un aveu de la supériorité d'un rival et hâte communément le mal qu'elle appréhende. Peu d'hommes et de femmes sont exempts de la jalousie ; les amants délicats craignent de l'avouer et les maris en rougissent. C'est surtout la folie des vieillards, qui avouent aussi leur insuffisance, et celle des habitants des climats chauds, qui connaissent le tempérament ardent de leurs femmes. » La jalousie, enfin, dirons-nous pour nous résumer, est surtout causée par le désir de la possession exclusive ; le jaloux se trouve livré à un véritable tourment par la seule idée du partage. Toutes ces craintes se fortifient l'une l'autre, en se mêlant dans son esprit; aussi, une personne jalouse est-elle constamment assiégée de soupçons et de fantômes. On ne saurait donc trop refréner
cette passion ; car la jalousie, d'ailleurs, éteint l'amour comme les cendres éteignent le feu.
La Grande Maîtresse. — Une dernière question, madame : qu'est-ce que les mœurs ?
Réponse de la postulante.
Réplique de la Grande Maîtresse. — Les mœurs sont des habitudes naturelles ou acquises, bonnes ou mauvaises, dans la manière de vivre et de se conduire. Les mœurs des peuples sont leurs usages, leurs coutumes. Les mœurs sont plus fortes que les lois. Les hommes font les lois, les femmes font les mœurs. L'appréciation qu'on a des mœurs dépend du point de vue auquel on se place : tels peuples, telles coutumes ; autres temps, autres mœurs ; changeons les opinions des hommes, et leurs mœurs, par cela même, changeront. La liberté serait un vain mot, a dit Michelet, si l'on gardait des mœurs d'esclaves.
Pendant cet interrogatoire à répliques, les Sœurs passent sans bruit dans la pièce qui précède le local des séances.
La Grande Maîtresse, restée seule comme femme. — Madame, que désirez-vous ?
Le Frère Orateur. — Permettez-moi de répondre ici pour la postulante. Elle désire jouir du fruit de ses voyages, contempler la réunion des plus aimables vertus et contribuer aux bienfaits de l'association.
La Grande Maîtresse. — Que vos vœux soient accomplis!... Levez-vous, madame.
La postulante se lève. La Grande Maîtresse se cache sur l'estrade, en se dissimulant derrière le Vénérable qui est debout.
Le Vénérable Grand Maître frappe cinq coups sur l'autel. Au cinquième coup, le Frère Second Surveillant ou un Maître des Cérémonies arrache le bandeau qui recouvre les yeux de la récipiendaire, et celle-ci ne
voit autour d'elle que des hommes armés,, les uns dirigeant leurs glaives contre elle, les autres s'en servant pour former une voûte d'acier au-dessus de sa tête.
« La récipiendaire, à cette vue, est généralement saisie ou tout au moins bien étonnée de se trouver seule de son sexe au milieu d'une telle réunion d'hommes » (sic, dans le rituel).
Le Grand Maître lui fait observer la haute imprudence qu'elle a commise en s'exposant ainsi, seule et sans appui, dans une société dont elle ignore la composition et les mœurs, et où sa pudeur pourrait bien être en danger (sic).
Il ajoute :
— Nous voulons bien croire que l'inconséquence ni même la curiosité n'ont aucune part à votre démarche, et que l'idée avantageuse que vous avez conçue de la Maçonnerie est l'unique motif qui vous engage à vous faire recevoir parmi nous , mais, malgré la confiance et l'estime que vous nous inspirez, avant de vous révéler nos mystères, je dois vous apprendre que le grand point de la Maçonnerie est de rendre la société aussi parfaite qu'elle peut l'être, que le caractère du vrai Maçon est d'être juste et charitable, d'être au-dessus des préjugés, de fuir l'artifice et le mensonge. Toujours guidés par la vertu, nous ne devons être occupés que de nous acquérir l'estime et mériter l'amitié de nos Frères et de nos Sœurs.
Tandis qu'il prononce ces derniers mots, la Grande Maîtresse reparaît, et les Sœurs, le plus doucement possible, reprennent leurs places.
Le Grand Maître, continuant son discours sans s'interrompre. — Voilà, madame, une légère idée des devoirs que vous allez vous imposer. Nous sommes convaincus que vous n'aurez point de peine à les remplir. L'engagement que vous allez- contracter, en vous liant
étroitement à nous, vous confirmera dans ce que vous devez à la religion et à l'humanité.
Une pause.
Le Grand Maître. — Persistez-vous toujours dans le désir d'être initié à notre Ordre?
Réponse (affirmative) de la postulante.
Le Grand Maître. — Trouverai-je en vous une femme forte et courageuse?
Réponse de la postulante. Généralement, elle dit : — Je l'espère.
Le Grand Maître. — Chers Frères et Chères Sœurs, ouvrons donc à cette élève de la sagesse la porte de la vertu. Déliez-la de ses fers, il faut être libre pour entrer dans nos temples.
Le Maître des Cérémonies débarrasse la récipiendaire de sa chaîne de fer-blanc. Tous les Frères qui avaient leurs épées tournées contre la postulante, s'alignent et les croisent en voûte jusqu'au pied de l'estrade.
Le Grand Maître. — Madame, venez à moi, entraversant cette voûte d'acier.
Le Maître des Cérémonies prend l'aspirante par la main et, la conduisant à l'estrade, la fait agenouiller devant l'autel.
Sur l'invitation de la Grande Maîtresse, toute la Loge se tient debout et à l'ordre.
Le Grand Maître. — Madame, vous allez répéter avec moi votre obligation.
Il dicte à la postulante, qui répète phrase par phrase, le serment suivant:
Serment de V Apprentie Maçonne. — En présence du Grand Architecte de l'Univers, qui est Dieu, et devant cette auguste assemblée, je promets et jure de garder fidèlement dans mon cœur les secrets de la Maçonnerie, qui vont m'etre confiés, sous peine d'être déshonorée
et méprisée(i). Mais pour me garantir du juste châtiment dû au parjure, puisse une portion de l'esprit divin descendre dans mon cœur, l'éclairer, le purifier et me conduire dans les sentiers de la vertu. Que le Grand Architecte me soit en aide. Ainsi soit-il.
Le Grand Maître. — Ce serment solennel, que vous venez de prononcer, madame, ne vous donne-t-il aucune inquiétude?
Réponse (négative) de la récipiendaire.
Le Grand Maître. — Vous sentez-vous la force de l'observer ?
Réponse (affirmative) de la récipiendaire.
Le Maître des Cérémonies fait alors relever la récipiendaire, sur l'épaule gauche de laquelle le Grand Maître pose son glaive (épée de fer battu, tordue en zig-zags).
Le Grand Maître. — Au nom de la Grande Maîtresse, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés par cette Respectable Loge, je vous reçois et constitue Apprentie Maçonne, membre de cette assemblée.
En disant cela, il frappe cinq coups de maillet sur le plat de son épée touchant l'épaule gauche de la récipiendaire.
Sur un signal de la Grande Maîtresse, toute la Loge s'assied.
Le Grand Maître, à la néophyte. — Ma Sœur, car c'est le titre que désormais nous vous donnerons, puissiezvous n'oublier jamais les devoirs que vous impose un nom si doux!... Vous allez recevoir les marques certaines de notre estime... Je vous donne, Chère Sœur, le baiser de paix (il l'embrasse sur le front), le baiser de confiance (il l'embrasse sur la joue
(t) Dans beaucoup de Loges, on ajoute ici: «et, de plus, d'être frappée du glaive de l'Ange exterminateur». (Rituel du F.-. Guillemain de Saint-Victor).
droite) et le baiser d'amitié (il l'embrasse sur la joue gauche).
« Ce triple baiser, dit le cahier du grade, doit être donné très respectueusement». Nous n'en sommes pas encore, il est vrai, au baiser en cinq points. Pour le moment, il s'agit d'apprivoiser la néophyte.
Le Grand Maître, à la récipiendaire. — Veuillez vous présenter à la Grande Maîtresse.
La récipiendaire obéit.
La Grande Maîtresse. — Ma Sœur, nous avons, pournous reconnaître, des signes, un attouchement, un mot de passe et un mot sacré ou sainte parole.
Elle donne à la néophyte communication des secrets du grade qui sont les suivants :
Ordre. — On se met à l'ordre en plaçant les deux mains sur la poitrine, la droite sur la gauche et les deux pouces se touchant en forme d'équerre.
Signe de reconnaissance. — Le signe de ce grade est le figuratif de l'échelle de Jacob. Il se fait en formant avec la main droite une ligne de haut en bas sur le côté droit de la poitrine, et l'on remonte de bas en haut sur le côté gauche, ce qui figure les deux montants d'une échelle ; puis, avec la même main, on trace cinq traverses sur l'estomac en descendant la main à mesure, ce qui figure les cinq échelons. — L'initié, Frère ou Sœur, qui aperçoit un Maçon ou une Maçonne faire ce signe, doit y répondre en se prenant la narine droite avec le pouce et le petit doigt de la main droite.
Attouchement. — Il se donne en se présentant mutuellement la main droite ouverte, les doigts allongés, serrés les uns contre les autres, le bout des doigts en haut; on s'appliqueles paumes de la main l'une contre L'autre, ce qui forme une jonction des doigts de la main droite de l'un avec les cinq doigts de la main droite de l'autre.
Batterie pour entrer en Loge. — On frappe à la porte cinq coups égaux: OOOOO.
Mot de Passe. — ÈVA.
Mot Sacré ou Sainte Parole. — FÉIX.-FÉAX. On explique ce mot en disant qu'il signifie: Académie ou École de Vertus.
Batterie avec Acclamation. — On frappe cinq coups égaux dans les mains ; puis, on bat trois fois le bout des doigts, en disant tout haut: Èva ! Èva! Èva!
La Grande Maîtresse, après l'enseignementdes secrets. — Je vous donne, Chère Sœur, la triple accolade fraternelle (Elle l'embrasse comme vient de le faire le Grand Maître).... Maintenant, présentez-vous à la Sœur d'Éloquence, en vous faisant reconnaître comme Maçonne.
Le Maître des Cérémonies conduit la néophyte à la Sœur d'Éloquence et lui fait donner l'attouchement qu'on vient de lui enseigner.
La Sœur d'Éloquence, après l'avoir reconnue. — Prenez, Chère Sœur, ce tablier avec joie et respect; des rois et des reines, des princes et des princesses se sont fait et se feront toujours un honneur de le porter. Sa blancheur va bien avec le voile qui vous couvre et les roses qui vous couronnent. ( En disant cela, elle lui ceint le tablier.) Il est l'emblème du travail, et, sans le travail, Chère Sœur, une femme serait bien à plaindre. (Elle l'embrasse.)
Le Maître des Cérémonies conduit la néophyte vers la Sœur Inspectrice, qui la tuile à son tour.
La Sœur Inspectrice. — Recevez, Chère Sœur, cette paire de gants de femme et souvenez-vous toujours que la candeur est la première vertu d'une Maçonne. (Elle l'embrasse).... Allez vous faire reconnaître par la Sœur Dépositaire.
Le Maître des Cérémonies conduit la néophyte à la
Sœur Dépositaire qui procède à un nouveau tuilage, afin delà familiariser avec les signes et attouchement du grade.
La Sœur Dépositaire. — Recevez, Chère Sœur, cette paire de gants d'homme; ne la donnez qu'à un homme éprouvé, digne de vous et de nous.
Nouvelle embrassade.
Le Maître des Cérémonies fait placer la néophyte entre les deux colonnes.
La Sœur Dépositaire. — Sœur Inspectrice, les signes, paroles et attouchement, rendus par la néophyte, sont justes.
La Sœur Inspectrice. — Grande Maîtresse, les signes, paroles et attouchement, rendus par la néophyte, sont justes.
La Grande Maîtresse. — Chers Frères et Chères Sœurs, debout et à l'ordre!
Tout le monde se lève et se met dans la posture consacrée.
La Grande Maîtresse. — Chères Sœurs Inspectrice et Dépositaire, invitez les Frères et Sœurs de vos climats à reconnaître à l'avenir pour Apprentie Maçonne, membre de cette Respectable Loge, la Sœur N...., à lui porter amitié, secours et assistance en cas de besoin, et à vouloir bien se joindre à vous et à moi pour applaudir à son heureuse initiation.
La Sœur Inspectrice. — Chère Sœur Dépositaire, Chers Frères et Chères Sœurs du climat de l'Afrique, la Grande Maîtresse nous invite à reconnaître à l'avenir pour Apprentie Maçonne, etc.
La Sœur Dépositaire. — Chers Frères et Chères Sœurs du climat de l'Amérique, la Grande Maîtresse nous invite, etc.
La Sœur Inspectrice. — Grande Maîtresse, l'annonce est portée sur les deux climats.
La Grande Maîtresse commande une batterie d'ensemble avec acclamation générale. On l'exécute.
Le Maître des Cérémonies et la néophyte y répondent par une semblable batterie avec même acclamation.
Après quoi, le Maître des Cérémonies fait placer la nouvelle initiée au premier rang du climat de l'Amé^ rique et sur le siège le plus rapproché de l'autel.
Sur l'ordre de la Grande Maîtresse, tout le monde s'assied.
La Grande Maîtresse. — Frère Orateur, vous avez la parole pour répandre quelques fleurs d'éloquence sur les charmes de cette aimable réunion.
(Si la Sœur d'Eloquence est une personne capable de prononcer un petit discours de circonstance, c'est à elle que la Grande Maîtresse donne la parole).
Ce discours, du Frère Orateur ou de la Sœur d'Élo-» quence, est d'ordinaire fort banal.
Les rituels le résument ainsi:
L'Orateur. — Mes Chères Sœurs, rien n'est plus capable de nous faire connaître votre véritable et sincère estime pour vous, que la faveur que nous vous accordons en vous donnant l'entrée dans notre société. Le vulgaire, toujours grossier (sic), rempli des préjugés et des superstitions les plus ridicules, a osé répandre sur nous les noirs poisons de la calomnie; mais quel jugement pouvait-il porter?... Privé des lumières de la vérité, n'est-il pas hors d'état de ressentir tous les biens qui résultent de sa parfaite connaissance?... Vous seules, mes Chères Sœurs, éloignées de nos assemblées, aviez le droit de nous croire injustes; mais aussi, avec quelle satisfaction devez-vous apprendre que la Maçonnerie est l'école de la vertu et que, par ses lois, nous domptons les faiblesses qui dégradent l'honnête homme, afin de retourner auprès de vous ..plus dignes de votre con-
fiance et de votre affection !.. . Cependant, quelque douceur que ces sentiments nous aient fait goûter, nous n'avons pu remplir le vide que votre absence laissait parmi nous; et j'avoue, à votre gloire, que rien n'est plus naturel et raisonnable que d'appeler dans nos sociétés des Sœurs qui, en les rendant plus respectables, en feront à jamais les agréments et les délices.... Nos Loges sont nommées, à bon droit, ce Temples de la Vertu )> ; en effet, c'est la vertu, la vertu pure et naturelle, que nous pratiquons dans ces climats embellis par votre présence. Les mystères que nous célébrons ont un noble but: nous apprendre le grand art de vaincre nos passions. Et le serment, que nous prétons, de ne rien révéler, est pour ne point faire entrer l'amour-propre et l'orgueil dans le bien que nous devons faire.... Le nom chéri d'Adoption vous dit assez que nous vous choisissons pour participer au bonheur dont nous jouissons, en cultivant lhonneur et la charité. Ce n'est qu'après un examen scrupuleux que nous vous avons admise à partager avec nous les douceurs de la fraternité; car, malheureusement, le jour est encore éloigné où l'humanité entière pourra participer aux bienfaits de la Maçonnerie, et, en attendant, avec une juste impatience, qu'il nous soit donné de voir se lever l'aurore de ce jour béni, nous avons le devoir de procéder à des choix prudents, de n'admettre parmi nous que les femmes vraiment dignes de nous comprendre, de n'ouvrir discrètement nos portes qu'à des Sœurs méritant bien le titre glorieux de Maçonnes.... A présent que vous connaissez la Maçonnerie, nous sommes persuadés que le flambeau delà sagesse éclairera toutes les actions de votre vie. et que vous n'oublierez jamais que plus les choses ont de prix, plus il faut les conserver; c'est là le principe du silence que nous observons, il doit être inviolable. Daigne le Grand Architecte de l'Univers, qui
nous entend, nous donner la force de le rendre tel.
Ce discours — ou tout autre du même genre — prononcé, le Sac des Propositions et le Tronc de la Veuve circulent, par les soins du Frère Maître des Cérémonies et de la Sœur Hospitalière. Le dépouillement a lieu comme dans les Loges d'hommes.
La Grande Maîtresse, à la nouvelle initiée. — Chère Sœur, chaque grade de la Maçonnerie à son catéchisme qui porte en lui le résumé d'un enseignement. Veuillez donc prêter une oreille attentive à l'instruction qui va être faite en votre faveur.
Les Catéchismes des Maçonnes ne sont pas imprimés à part en opuscules et ne sont jamais remis aux Sœurs; aussi, leur récitation, entre la Grande Maîtresse et la Sœur Inspectrice, est-elle de rigueur, à la fin de chaque initiation.
La Grande Maîtresse. — Sœur Inspectrice, êtes-vous Apprentie Maçonne?
La Sœur Inspectrice. — Je le crois, Grande Maîtresse.
La Grande Maîtresse. — Si vous le croyez, pourquoi ne dites-vous pas oui?
La Sœur Inspectrice. — Pour marquer qu'il est de la prudence humaine de douter de tout, et parce qu'une Apprentie n'est sûre de rien.
La Grande Maîtresse. — Où vous a-t-on conduite avant de vous faire entrer en Loge ?
La Sœur Inspectrice. — Dans un lieu mélancolique, propre à faire réfléchir sur la vanité et les autres défauts des mortels.
La Grande Maîtresse. — Comment avez-vous été introduite en Loge?
La Sœur Inspectrice. — Par cinq coups et les yeux bandés.
La Grande Maîtresse. — Pourquoi les yeux bandés?
La Soeur Inspectrice. — Pour m apprendre qu'avant de parvenir à Ja connaissance des sublimes mystères il faut vaincre sa curiosité, et pour représenter dans quel aveuglement sont les Profanes quand ils décrient la Maçonnerie,
La Grande Maîtresse. — Qu'a-t-on exigé de vous avant de vous introduire en Loge?
La Soeur Inspectrice. — Mes boucles d'oreilles,' mes manchettes et mes gants.
La Grande Maîtresse. — Pourquoi?
La Sœur Inspectrice. — Pour me faire connaître la confiance que Ton doit avoir envers les Maçons et les Maçonnes,
La Grande Maîtresse. — Comment êtes-vous parvenue à la Maçonnerie?
La Soeur Inspectrice. — Par une voûte d'acier.
La Grande Maîtresse. — Que représente cette voûte?
La Sœur Inspectrice. — Force et stabilité.
La Grande Maîtresse. — Où avez-vous été reçue?
La Sœur Inspectrice. — Entre l'échelle de Jacob, la tour de Babel, et au pied de l'arche de Noé.
La Grande Maîtresse. — Que représente l'arche?
La Sœur Inspectrice. — Le cœur de l'homme agité par les passions, ainsi que Tétait l'arche par les eaux du déluge.
La Grande Mahresse. — Donnez-moi quelques détails sur cette arche.
La Sœur Inspectrice. — Elle avait trois étages : le premier, renfermant les animaux immondes, symbolise les vices qui dégradent l'humanité; le second, occupé par Noé et sa famille, symbolise les vertus qui honorent l'homme; et le troisième, rempli d'oiseaux au mélodieux ramage, est un emblème du concert de voix reconnaissantes qui doit s'élever du sein des temples maçonniques vers le Grand Architecte de L'Univers.
La Grande Maîtresse. — Quel est le nom hébreu de ce vaisseau ?
La Sœur Inspectrice. — Thébah.
La Grande Maîtresse. — Ce nom n'a-t-il pas un homonyme avec lequel il aurait quelque analogie?
La Sœur Inspectrice. — Oui, Thébah, arche sainte, qui eut le dépôt sacré de la race humaine, rappelle l'antique et fameuse Thèbes, ville sainte, qui eut le dépôt sacré des connaissances humaines.
La Grande Maîtresse. — Que représente la tour de Babel?
La Sœur Inspectrice. — L'orgueil et la faiblesse des enfants de la terre, dont on ne peutse garantir qu'en leur opposant un cœur discret, apanage des vrais Maçons.
La Grande Maîtresse. — Que représente l'échelle de Jacob?
La Sœur Inspectrice. — Cette échelle est toute mystérieuse. Elle symbolise les rapports invisibles et incessants entre les cieux et la terre et réciproquement. Le pied de l'échelle pose sur la terre, et le sommet dépasse les nuages.
La Grande Maîtresse. — N'y a-t-il pas une autre interprétation de l'échelle ?
La Sœur Inspectrice. — Cette alliance du ciel et de la terre par l'esprit des astres s'alliant à la matière des éléments terrestres a fait dire allégoriquement que « les fils des dieux épousent les filles des hommes. »
La Grande Maîtresse. — Que représentent les deux montants et les cinq échelons ?
La Sœur Inspectrice. — Les deux montants représentent l'amour de Dieu et l'amour du prochain et les cinq échelons, les vertus divines qui dérivent d'une belle âme.
La Grande Maîtresse. — Quels sont les noms de ces vertus ?
La Sœur Inspectrice. — Candeur, clémence, franchise, tempérance, discrétion.
La Grande Maîtresse. — Comment nommez-vous votre Loge?
La Sœur Inspectrice. — Elle porte le nom glorieux â'Éden, Jardin d'Amitié ou Paradis Terrestre.
La Grande Maîtresse. — Pourquoi ce nom ?
La Sœur Inspectrice. — Parce que ma Loge est peuplée de Frères et de Sœurs qui pratiquent les vertus de l'âge d'or et ignorent les vices des autres âges.
La Grande Maîtresse. — Quelles qualités doivent apporter en Loge un bon Maçon et une bonne Maçonne ?
La Sœur Inspectrice. — L'horreur du vice et l'amour de la vertu.
La Grande Maîtresse. — Comment nommez-vous ceux qui ne sont pas Maçons ?
La Sœur Inspectrice. — Profanes ; mais, si tous les hommes vertueux sont nos frères, tous les Maçons sont nos amis.
La Grande Maîtresse. — A quoi nous appliquonsnous particulièrement ?
La Sœur Inspectrice. — A régler notre conduite et nos mœurs.
La Grande Maîtresse. — Etes-vous contente de votre sort ?
La Sœur Inspectrice. — Tous mes Frères et toutes mes Sœurs peuvent en juger.
La Grande Maîtresse. — Comment?
La Sœur Inspectrice. — Par mon empressement à être reçue, en récompense duquel ils m'ont donné leurs suffrages.
La Grande Maîtresse. — Promettez-vous un profond silence sur tous les secrets de la Maçonnerie ?
La Sœur Inspectrice, en mettant la main sur l'épaule
du Premier Surveillant. — Celui que je garde en est un sûr garant.
La Grande Maîtresse. — A quoi nous reconnaissonsnous ?
La Sœur Inspectrice. — A nos mots, signes et attouchements.
La Grande Maîtresse. — Donnez-moi le signe d'Apprentie.
La Sœur Inspectrice. — J'obéis (elle fait le signe). Vous me comprenez (la Grande Maîtresse fait le signe de réponse).
La Grande Maîtresse. — Donnez-moi le mot de passe.
La Sœur Inspectrice. — Eva.
La Grande Maîtresse. — Donnez-moi le mot sacré.
La Sœur Inspectrice. — Féix-Féax.
La Grande Maîtresse. ■ — Que signifie cette sainte parole?
La Sœur Inspectrice. — Académie ou École de Vertus.
La Grande Maîtresse. — Quelle est cette école?
La Sœur Inspectrice. — La Franc-Maçonnerie.
La Grande-Maîtresse. — Comment y êtes-vous parzen ue ?
La Sœur Inspectrice. — Grâce à un Frère secourable }ui, étant devenu mon guide, m'a remise à la porte du remple des Vertus, dont l'éclat a dissipé les ténèbres |ui m'enveloppaient en ma qualité de Profane.
La Grande Maîtresse. — Quel est le salaire d'une Vlaçonne ?
La Sœur Inspectrice. — Le respect des Frères, l'amiié des Sœurs, les bénédictions du pauvre, et la considération dans le monde.
La Grande Maîtresse. — Quels sont les devoirs des Maçons et des Maçonnes ?
La Sœur Inspectrice. — Écouter, obéir, travailler et se taire sur tous les mystères de l'Ordre.
La Grande Maîtresse. — De quelle espèce est votre obéissance?
La Sœur Inspectrice. — Libre et volontaire.
La Grande Maîtresse. — A quoi travaillez-vous?
La Sœur Inspectrice. — A me rendre meilleure.
La Grande Maîtresse, solennellement. — Nous avons écouté, travaillé, obéi, et nous nous taisons. C'est pourquoi je ferme cette Loge, en faisant notre office par cinq.
Le Vénérable Grand Maître, frappant un coup. — Debout, Chères Sœurs et Chers Frères !
Tout le monde se lève.
La Grande Maîtresse. — A moi, Frères et Sœurs de tous les climats, à l'ordre!
Chacun prend la posture consacrée.
La Grande Maîtresse, sur laquelle tout le monde a les yeux, donne le signal de la batterie et de l'acclamation.
Tous, ensemble, exécutant la batterie. — Èva ! Èva ! Èva !
La Grande Maîtresse. — La Loge d'Apprentie Maçonne est fermée; retirons-nous en paix au sein de nos familles et de nos affections.
La Sœur Inspectrice et la Sœur Dépositaire répètent ces paroles de clôture, et l'on se sépare, chacun avec sa chacune.
Le plus souvent, la réunion se termine par un banquet, suivi de bal. Quelquefois même, la Loge s'offre j l'agrément d'un spectacle. On verra plus loin de quel I genre sont ces spectacles.
En attendant, faisons une remarque : cette initiation 1 de l'Apprentie Maçonne montre bien avec quelle habi- j le te" vraiment infernale la secte procède pour recruter
son personnel féminin et ne pas effrayer ses victimes au moment où elle les saisit.
Il faut plaindre surtout les malheureuses qui se laissent entraîner dans ces repaires du vice et à qui l'on ne parle hypocritement, en les démoralisant, que d'honneur et de vertu.
On dit, aujourd'hui, à la postulante, que « l'engagement qu'elle va contracter la confirmera dans ce qu'elle doit à la religion et à l'humanité.» Dans ces paroles, elle ne trouve rien de répréhensible; ce langage perfide dont elle n'aperçoit pas le double sens, ne la heurte nullement.
Ce n?est que plus tard, lorsqu'elle sera mûre pour les révélations, qu'on lui apprendra ce que parler veut dire, en Maçonnerie. Ce que la secte considère que l'on doit à la religion, c'est la haine ; et l'amour que la Sœur Maçonne doit avoir pour l'humanité, c'est l'amour bestial, tout devant être envisagé au matériel.
On lui dit que la pudeur est la première des vertus, pour la femme; mais on a soin d'ajouter: « du moins il en est ainsi sous l'empire des préjugés. » Et d'autre part, on lui déclare que la Maçonne vraiment digne de ce titre est celle qui fait litière de tous les préjugés.
Les mœurs, lui a-t-on affirmé encore, ne sont qu'une affaire de convention, elles sont bonnes ou mauvaises, suivant le point de vue auquel on se place. Et, dans la définition qu'on lui donne des mœurs, on mélange adroitement ce qui a rapport à la moralité et ce qui concerne les usages des peuples. « Autre temps, autres mœurs, » conclut-on, après avoir jeté la confusion dans son esprit; comme si la morale n'était pas immuable!
Un jour viendra ou l'on expliquera à la malheureuse en quoi consiste « ce vœu de la nature » que la Maçonnerie déclare « être en opposition directe avec la chas-
teté absolue et systématique ; » on lui raconte qu'il y a des nuances dans la chasteté, et on la renseignera sur ces diverses nuances, telles que la secte les comprend. « La modestie est la science du mouvement décent. » Que de sous-entendus libertins dans cette définition éminemment maçonnique!... Sera-t-elle honnête, cette femme, cette jeune fille, — on peut être reçue Maçonne à dix-huit ans. — sera-t-elle honnête, quand la modestie, au lieu d'être chez elle instinctive, sera devenue pour elle une science, une étude de pose et de mouvement?
« La femme sans pudeur n'est jamais belle; la femme qui ne rougit pas n'a aucun charme. » Comprenez-vous dans quel sens la Maçonnerie entend la pudeur? Serat-elle honnête, cette jeune fille, quand elle connaîtra l'art de charmer en rougissant à propos ?
Tout cela est artificieux. A quelles abominations sont réservées les infortunées, dont on demande le nom, les prénoms, et le surnom, le cas échéant, et dont la secte fait sa proie!
Et songez qu'à d'aussi coupables manœuvres ces hypocrites mêlent sans cesse le nom de Dieu, trompant avec un sacrilège leurs ignorantes recrues; car, par Dieu, ils entendent, non l'Eternel qu'adorent les chrétiens, mais l'ange déchu dont ils font son rival révéré. On connaît la légende du lion dévoré vivant par les rats: la gent trotte-menu s'introduit de nuit dans l'antre du terrible roi du désert; les rongeurs, grattant et léchant tout ensemble, grignottent lentement les pattes du lion; celui-ci, à demi endormi, n'éprouve qu'un chatouillement agréable; nulle douleur, attendu que les malfaisantes bêtes étanchent au fur et à mesure le sang des plaies qu'elles creusent, liment les griffes av. une douceur extrême; finalement, le robuste animal, se trouve, par cette œuvre de destruction progressive,
privé, à un moment donné, de ses moyens de défense, et, quand il n'est plus qu'une masse informe, les rats le dévorent sans pitié.
Telle la pudeur, ce sentiment de vertu innée que Dieu a mis chez la femme, est détruite peu à peu par la Maçonnerie.Avecunartsatanique, la sectedéchire et caresse tout à la fois ; ses flatteries endorment sa victime ; graduellement, patiemment, insensiblement, elle ronge tout, en commençant par les croyances pieuses ; aussi, quand il ne reste à la Maçonne ni foi ni pudeur, son corps n'est plus qu'une proie à la merci de tous les libertinages, et son âme est à jamais perdue.