SALAMANDRE
La salamandre est une « grande lézarde »
dont le venin est terrible. Si elle tombe dans un puits, elle en empoisonne l'eau; si elle monte sur un arbre, elle en corrompt les fruits ; elle flétrit et envenime tout ce qu'elle touche.
Elle est ovipare et pond comme les poules, a ovafacit modo gallinarum. »
Elle est de si froide complexion qu'elle se nourrit de feu et qu' « ellel'estainctpar le toucher ainsi que fait la glace. ») On confectionne avec sa dépouille des draps, des courroies, des ceintures qu'il suffit de présenter au feu pour les nettoyer. Gautier de Metz nous le dit ;
Une beste i a, salemandre.
Qui en feu vit et si s'en paist.
De celé une laine si naist Dont on fait ceintures et draps Qu'au feu durent et n'ardent pas.
Albert le Grand a voulu vérifier cet étrange privilège de la salamandre. Il raconte que, ne pouvant s'en procurer une, il expérimenta
sur de grosses araignées. L'une d'elles, placée sur un fer rouge, resta longtemps sans bouger et sans paraître souffrir de la chaleur ^ ; une autre, approchée d'une lumière, Téteignit comme si Ton eût soufflé dessus ^.
Si une humble araignée se conduit ainsi, que n'eût-on obtenu d'une salamandre? Aussi ne saurait-on douter que cet animal, qui ne craint point l'ardeur des brasiers et passe dans les flammes sans en être brûlé, nous enseigne à éteindre en nous le feu de la luxure.
La salamandre actuelle appartient à l'ordre des batraciens, a Lorsqu'on l'irrite, il suinte de sa peau une humeur laiteuse qui, pendant quelque temps, peut la préserver de l'influence de la chaleur. » (Milne-Edwards.) Cuvier écrit de son côté : u Une faculté singulière, que lui a reconnue Dufay, est de pouvoir être prise dans la glace et d'y passer assez longtemps sans périr. » Voilà, en vérité, un animal heureusement doué.