DRAGON
Le dragon personnifie l'esprit tentateur, le diable, Satan, Téternel séducteur des âmes.
Aussi est-il le roi des monstres comme le lion est le roi des quadrupèdes et l'aigle le roi des oiseaux.
Le moyen âge l'a peint de couleurs si variées, a accumulé sur lui tant de dons parfois contradictoires, qu'il est bien difficile de se le représenter. Suivant l'opinion la plus répandue, il est d'une taille prodigieuse, il a la tète et la queue du serpent, les griffes du lion et les ailes de l'aigle. Il habite indistinctement la terre, qu'il dépeuple sur son passage; la mer, où son souffle déchaîne des tempêtes ; l'air même, où il donne la chasse aux plus terribles oiseaux de proie. Lorsqu'il quitte sa caverne, il sillonne l'espace avec une telle violence que l'air « reluist après luy comme feu ardant. » Ses yeux étincelants illuminent l'espace. Sa bouche est petite, c'est un étroit pertuis, duquel sort sa langue « tousjours levée
QUATRE DRàGOI^S.
D'après J. Jonston.
par la force de son venin. » En outre, cette bouche vomit des flammes, « jette une fumée dont l'aer est corrompu et d'où viennent moult de maladies. »
Sa force réside surtout dans sa queue formidable. Rien ne résiste à son choc; tout ce qu'elle étreint est réduit en poussière, même l'éléphant , le seul adversaire sérieux qu'il rencontre. Ce sont entre eux de terribles luttes : « Quand l'élépljant voit le dragon sur un arbre, il veult briser l'arbre pour tuer le dragon. Et adonc le dragon fault ^ sur le dos de l'éléphant, le mord entre les nages ^, luy crève les yeux et luy suce le sang, tant que l'éléphant en affoiblist et si se laisse cheoir à terre sur le dragon : et en mourant tue celuy qui le tue. »
En Ethiopie, les dragons ont vingt coudées de long. Us s'entrelacent quatre ou cinq par les queues, et s'en vont ainsi, la tète levée, détruisant tout sur leur route.
Cet animal, que l'univers entier redoute, ne craint au monde qu'une chose, la foudre, et il en est souvent frappé. Albert le Grand l'afflrme après bien d'autres : « Dracones dicunt
' Tombe.
^ Les cuisses.
timere tonitrua et hoc animal sœpius fulmi*nari. »
Deux dragons, d'aspect terrible, sont représentés sur la mappemonde d'Hereford.
Le dragon actuel des zoologistes est un lézard fort inoffensif, qui ne s'attaque plus qu'aux insectes. « A ce nom de dragon, l'on conçoit toujours une idée extraordinaire. La mémoire rappelle avec promptitude tout ce qu'on a lu, tout ce qu'on a ouï dire sur ce monstre fameux; l'imagination s'enflamme par le souvenir des grandes images qu'il a présentées au génie poétique ; une sorte de frayeur saisit les cœurs timides, et la curiosité s'empare de tous les esprits... Mais à la place de cet être fantastique, que trouvons-nous dans la réalité ? Un animal aussi petit que foible, un lézard innocent et tranquille, un des moins armés de tous les quadrupèdes ovipares, et qui, par une compensation particulière, a la facilité de se transporter avec agilité de branche en branche dans les forêts qu'il habite. Les espèces d'ailes dont il a été pourvu ont fait trouver quelque sorte de ressemblance entre ce petit animal et le monstre imaginaire dont nous avons parlé, et lui ont fait donner le nom de dragon par les naturalistes, w (Lacépède.)