LICORNE
L'animal préféré du blason. Il a été l'objet de descriptions si variées que Ton ne peut guère songer à les unifier. La plus répandue parait être celle que nous a laissée le sage Albert de Bollstadt, en ces termes : le monocéros a la taille et le corps du cheval, les pieds de Féléphant et la tète du cerf; au milieu de son front s'avance une corne très brillante et longue de quatre pieds, a longitudinis quatuor pedum. »
Cette corne était si dure qu'aucune armure ne pouvait lui résister. Celle que l'on conservait dans le trésor de l'abbaye de Saint-Denis mesurait, dit-on, six pieds et demi de longueur. II est vrai qu'elle fut reconnue, en 1 793, pour être une vulgaire défense de narval.
La licorne avait voué une haine implacable à l'éléphant. Quand elle le rencontrait, elle s'empressait d'aiguiser sa corne contre une pierre, et frappait au ventre son ennemi qui tombait à terre, mortellement atteint par cette arme terrible.
La licorne ne supportait pas la captivité.
Elle est si fière, que, « prinse, elle se laisse mourir de deuil. » Il existe un seul moyen de s'emparer d'elle :
Mais ele ne puet astre prise • Fors par femme pucele et virgene,
dit Gautier de Metz. II faut se rappeler que l'indomptable animal fut pour le moyen âge le symbole de la pureté. L'on croyait même que sa corne suait du sang dès qu'elle était mise en contact avec un objet souillé ou empoisonné. Les chasseurs de licorne le savaient bien, et voici le coupable stratagème qu'ils employaient contre elles. Dans la forêt fréquentée par la licorne qu'ils convoitent, ils amènent une jeune vierge ^ L'animal, aussitôt qu'il l'aperçoit, va se coucher à ses pieds, étend la tête sur ses genoux et s'endort, a dépose toutes fiertez et s'en dort el giron à la pucelé. » Les chasseurs s'approchent alors et la tuent sans danger. Mais si la jeune fille a connu déjà la séduction des sens, l'animal évente bien vite le piège qui lui est tendu, et il tue sans pitié la trompeuse.
On connaissait aussi une licorne de mer^
* Voy. Tarticle éléphant.
qui avait la tête d'un cheval et le corps d'un poisson.
Guvier affirme qu'il n'existe dans la nature aucun autre unicome que le rhinocéros, et que la licorne des anciens est Toryx, variété du cerf, dont les cornes droites, pointues, rondes et annelées ont de deux à trois pieds de long. Mais il ne faut pas oublier que des naturalistes soucieux d'être complets, Barthélémy l'Anglais par exemple, signalent jusqu'à trois espèces de licornes.
La première, le monocéros, la licorne classique, pourrait bien être un rhinocéros à l'appendice embelli par l'imagination du moyen âge.
La seconde, appelée « egliceron, qui est à dire chèvre cornue, est une petite beste semblable à un chevreau. »
La troisième ressemblait à un bœuf dont le corps serait marbré de taches blanches.
On trouvait encore aux Indes des ânes ayant une corne plantée au milieu du front, « mais ils ne sont pas si fors ne si fiers comme sont les licornes. »
Quanta la licorne de mer, ce serait le narval. « Sa défense, sillonnée en spirale, quelquefois longue de dix pieds, a été longtemps appelée
corne de licorne. L'animal a bien le germe de deux défenses, mais il est très rare qu'elles croissent toutes deux également. » (Cuvier.) Pierre Pomet, le savant apothicaire du dixseptième siècle, avoue qu'il vendait, pour corne de licorne, des défenses de narval ^