LOUP
Le loup est un animal terrible. Sa morsure est venimeuse, parce qu'il se nourrit volontiers de crapauds. Il est, comme le chien, sujet à la rage. L'herbe ne repousse plus là où il a passé. Les paysans disent que l'homme vu par un loup devient muet, mais si c'est l'homme qui voit d'abord le loup, celui-ci perd sa force et sa hardiesse.
vSes yeux « reluysent par nuict comme chandelles. » Il marche toujours dans le sens du vent, afin de faire perdre sa trace aux chiens. Quand il hurle, il met son pied devant sa bouche, « pour monstrer que ce soit de plusors loups. î> Il aiguise ses dents au moyen d'une
herbe appelée origan ^ Faute de mieux il se nourrit de vent et de terre ; mais ce sont là pour lui des jours de jeûne bien pénibles à supporter, car sa gourmandise est telle qu'il va jusqu'à disputer à ses petits la nourriture que leur apporte la mère. Écoutez le comte de Foix :
Quant ung loup et une louve se sont acompaignés *, ilz demourront tousjours voulentiers ensemble. Et pour quant que ilz aillent quérir leur proye loing, l'ung de ça et l'autre de là, il ne sera que la nuit ne soient ensemble s'ils peuvent, et se non, au mains ' au bout de trois jours.
Et telz loups ainsi acompaignés portent à mengier à leurs enfans, aussi bien le père comme la mère, fort tant * que le loup menge premièrement son saoul, et le remenant ^ porte à ses cheaulx •. La louve ne fait pas ainsi, car elle porte, ainsois que elle mengeue, tout à ses cheaulx et mengeue avec eulx. Et si le loup est avec les cheaulx quant la louve vient, il oste la proye à elle et à ses cheaulx, et mengeue son saoul premier; et puis laisse le
' On croit que l'origan était le célèbre dictante des anciens.
* Associés.
' Au moins.
* A cela près.
* Le reste.
* On nomme ainsi les petits du loup, du renard et du ekien.
LES ANIMAX]X. 121
remenant s'il en y a, et sî non si meurent de faîn ' se ilz veullent.
Et quant la louve voit ce, elle est si faulce et si malicieuse que elle laisse la viande qu'elle porte loinç de là où les louveteaulx sont, et vient voir si le loup y est. Et se le loup y est, elle attendra jusques à tant qu'il s'en soit aie, et puis aportera la viande à ses louveteaulx. Mais le loup, qui est aussi malicieux, quant il voit venir la louve sans nulle proye, il la fleure * à sa bouche. Et se il sent qu'elle ait riens ' aporté, il la prent aux dens et la bat tant que il convient que elle luy monstre où elle alaissié sa proye... Aucuns dient que elle se baig^ne et corps et teste quant elle revient, afin que le loup n'y sente rien que elle ait aporté. Mais je ne l'affirme mie.