SCÈNE XIX
GEORGES, THÉODORDŒ.
THÉODORINE.
Monsieur n'aime pas la lecture ?
GEORGES
Tiens, c'est toi! Pourquoi cette question?
THÉODOEINE.
Répondez toujours.
GEORGES
Mais si ! j'aime beaucoup la lecture, tu le sais bien !
théodorine [d'un ton amer).
Oh ! il y a si longtemps ! .. .. Et la musique ?
GEORGES
Beaucoup aussi.... Mais pourquoi?
THÉODORINE.
Si monsieur n'avait aimé ni la lecture, ni la musique, je me serais expliqué pourquoi madame, voulant se livrer à ses plaisirs favoris, éloigne monsieur afin de ne pas l'ennuyer. Mais si monsieur aime aussi ces distractions, je ne comprends plus
GEORGES
Voyons, Théodorine, quelle mouche te pique? D'abord, pourquoi m'appelles-tu monsieur l 'Tu sais bien que, lorsque nous sommes seuls, je t'ai permis d'user de moins de cérémonies....
THÉODORINE.
C'est une dernière insulte pour moi.
GEORGES
Une insulte?
THÉODORINE.
Oui, une insulte ! Je pouvais autrefois vous parler sur un autre ton, me servir avec vous des mots qu'emploient l'affection et la tendresse.. . mais aujourd'hui...
GEORGES
Eh bien ?
THÉODOEINE.
Je dois respecter le mari de ma maîtresse !
GEORGES
Bon! toujours tes éternelles récriminations ï Mon Dieu ! est-ce ma faute, après tout? Que t'avais-je promis? rien. Je ne suis donc pas un ingrat.... J'ai oublié, voilà tout! Oublie à ton tour; que diable ! on n'est pas lié pour la vie ; tous les jours....
THÉODOEINE.
Les amants oublieux font les maris dupés!
GEORGES
Ah! tu changes de batterie : tu attaques ma femme, n'ayant pas de prise sur moi. Pauvre Marie! si bonne, si douce, si indulgente!
THÉODOEINE.
Et qui aime tant à rester seule, le soir, pour lire et faire de la musique !
GEORGES
Que veux-tu dire ?
TIIÉODORINE.
Moi! rien; mais il y a des hasards si singuliers! Votre
femme, elle-même, serait peut-être bien étonnée de recevoir des visites à l'heure qu'elle a choisie pour être seule...
GEORGES
Que supposes-tu?
THÉODORINE.
Rien, je vous le répète ; d'ailleurs, est-ce que cela me regarde? Je suis la femme de charge de madame, je gouverne et je dirige les domestiques, je les engage et je les
renvoie; j'ai la clef des armoires Quant au reste, je
n'ai rien à y voir : mon domaine s'arrête à l'antichambre. La chambre à coucher n'est plus dans mes attributions.
GEORGES
Folle! toujours des reproches!
THÉODORINE.
Pas du tout. Oh! je n'ai pas le droit d'en faire, et je serais bien mal venue à lancer le trait le plus innocent contre madame !
GEORGE
Théodorine!
THÉODORINE.
Vous voyez bien; vous voilà déjà furieux! et cependant qu'ai-je dit?... Calmez-vous! je me tais. Un dernier avis, pourtant : Vous devez sortir, sortez ! mais ne tardez pas à rentrer. S'il y a quelqu'un au salon, vous pourrez au moins recevoir, vous ! puisque madame désire rester seule!
Georges (grave).
Je te pardonne, Théodorine, je te pardonne, mais je ne te crois pas.
{Il sort.)