MARIE, GEORGES
GEORGES
Ma chère Marie , j'avais dit tantôt à Théoclorine de vous servir chez vous : j'avais l'intention de faire quelques courses; mais j'ai réfléchi. Pour le premier jour de notre arrivée, je ne veux pas vous laisser seule à la maison, et, ma foi ! si vous voulez bien me donner l'hospitalité, je vous tiendrai compagnie ce soir!
MARIE
Que vous êtes bon ! Je ne voudrais cependant pas déranger vos projets. Après une absence de deux mois, pendant lesquels vous m'avez consacré tous vos instants, il est bien naturel que vous donniez cette soirée à vos amis, à vos relations interrompues Je ne veux pas accepter votre
sacrifice !
GEORGES
Un sacrifice ! dites donc un plaisir ! une bonne soirée passée avec vous, auprès de vous! car, en voyage, on est rarement en tête-à-tête, tandis qu'ici, chez nous, chez vous...
MARIE
Mon bon Georges !
GEORGES
Moi, bon! pas du tout, je ne suis qu'un égoïste; j'ai fait un calcul personnel en m'assurant l'affection d'une enfant charmante et douce : j'ai la main, peut-être un jour mériterai-je le cœur; c'est tout simplement de la personnalité
bien entendue : je ne suis plus jeune, je ne suis pas trèsamusatft. Votre printemps sera le sourire de mes vieux jours. Vous voyez bien que c'est vous qui êtes bonne; c'est moi qui suis votre obligé, et c'est bien le moins que ce soir...
MARIE
Eh bien, non. décidément : je ne veux pas que vous changiez rien à vos projets; vous deviez sortir, sortez! Je dinerai seule. D'ailleurs, je ne suis pas bien gaie aujourd'hui, et je craindrais que ma maussaderie nevousattri.-tàt ! J'aime mieux que mes chagrins imaginaires se dissipent dans la solitude !
GEORGES
Vous le voulez ! soit : je n'insiste pas. [A part.) Singulier caprice !
MARIE
Mon Dieu ! c'est une fantaisie d'enfant ! Je vous remercie d'y céder. Allons, allez vous amuser! Je vous donne congé jusqu'à ce soir.
GEORGES
A ce soir!
(.Varie présente son front à Georges, qui >/ dépose un baiser, puis elle sort en lui adressant un dernier sourire.)