‹ Les soirées d'Aix-les-BainsChapitre 111 sur 131 · SCÈNE XXVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XXVI

ATHAXASE, JULES,

JULES

Quelle obscurité! Je comprends, elle aura craint d'attirer l'attention; et puis la rougeur, l'émotion... ah! cette émotion, je la partage. Marie! la revoir ainsi, mariée à un autre ! la revoir pour lui dire un dernier et éternel adieu! Un adieu! mais non; pourquoi renoncer au bonheur delà voir et de l'aimer? N'est-ce pas elle qui m'a dit de venir? elle qui m'attend ! . . . Ma lettre a dû la toucher ; oh ! oui, elle s'est souvenue des serments échangés, des fraîches amours de nos jeunes années! Elle m'aime encore, elle va me le dire tout à l'heure...

athanase (réveillé en sursaut).

On ne peut donc plus dormir tranquille, ici?

JULES

Une voix d'homme ! Le mari peut-être !

AÏHANASE.

Qui est là? [Comme Georges tout à V heure, il prend là lampe , la hausse , et cherche à reconnaître Jules.) Que faites-vous ici, jeune homme?

JULES

Monsieur, je comprends que ma présence ici vous semble étrange; mais quand vous saurez...

ATHANASE

Naturellement! Je voudrais savoir.,.

JULES

Monsieur, je comptais rencontrer ici une personne...

ATHANASE

Eh bien, et moi, qu'est-ce que je suis donc?

JULES

Croyez, monsieur, que si j'avais su... Vous n'ignorez peut-être pas que votre femme...

ATHANASE

Ma femme! En voilà bien d'une autre! Mais si, mais si, j'ignore absolument...

JULES

Et je craindrais de laisser pénétrer dans votre esprit d'injustes soupçons...

athaxase {magistral).

En effet, monsieur, votre présence!... mes soupçons !... Car enfin, comment se fait-il ?. ..

JULES

Oh! elle est innocente, monsieur! je vous le jure. Jamais un mot, une action coupable; mais enfin... c'était la première fois après une séparation aussi longue, aussi cruelle; quand j'avais droit d'espérer...

ATHANASE

Espérez toujours, mon cher monsieur; ça n'est pas défendu! L'espérance c'est le pain de munition de l'amour : d'ailleurs ma tante est bonne enfant; je vous arrangerai cela...

JULES

Votre tante! [A part.) Ce n'est donc pas Je mari !

ATHANASE

Sans doute, ma tante! Où vous croyez-vous donc?

JULES

Chez madame Dubreuil !

ATHANASE

Vous y êtes : eli bien , madame Dubreuil, puisque vous voulez l'appeler comme ça, est ma tante, ma vraie tante, la sœur de ma mère, et moi je suis son neveu, étant le fils de sa sœur'; vous comprenez. Quant à M. Dubreuil... Ali ! mais j'y songe : c'est peut-être vous que je deA^ais lui annoncer, à ma tante ! elle me l'avait si bien recommandé... tandis que l'autre de tout à l'heure... Je cours...

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