‹ Les soirées d'Aix-les-BainsChapitre 23 sur 131 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

HORTENSE. - HENRI, puis JULIE.

HENRI

Ah! madame, c'est vous!... Je suis aise...

hortense [bas a Henri avec un signe).

Elle est là...

henri [bas.) J'entends.

HOBTENSB.

Bonjour, monsieur, et puisque vous voilà, Asseyez-vous... Il faut que non- causions ensemble, [Bas.) Vous comprenez...

(Henri fait signe que oui.)

[Haut.) Monsieur de Beauval... Il me semble

Que vous vous écartez de vos devoirs.

henri [gravement, avec m sourire .

Qui ? moi !...

HORTEXSE.

Vous... Je vais droit au but, monsieur. Voyons! pourquoi

Ai-je trouvé Julie ainsi triste, abattue.

Comme atteinte d'un mal, d'un ennui qui la tue?...

Répondez...

Henri feignant rembarras".

Mais, vraiment...

IIORTENSE.

\e tergiversez point.

Je pense avoir le droit d'insister sur oe point. Vous êtes son (''poux... Moi... sa meilleure amie... Expliquez-moi, monsieur, pourquoi pleure Julie?... Car je veux le savoir, je l'exige, parlez...

Il EN Kl.

Eh bien! madame, eh bien! puisque vous le voulez, Je vous dirai non pas la cause, que j'ignore, Do ce chagrin secret qu'avec vous je déplore, Mais je confesserai franchement devanl vous Ma conduite, depuis que je fus son époux.

(Julie entr' ouvre la porte et écoute^ en st montrant ri demi. Henri, qui lui fourni le i/m.v, ne la voit pas.)

Quand Dieu me la fit voir douce, candide, belle, Je sentis que j'aimais, et je ne vis plus qu'elle. Lui consacrer mes jours, lui donner tout mon cœur, La servir!... l'adorer'... quel rêve! quel. bonheur !.,. Ce rêve s'accomplit ; j'appartins à Julie... Oh ! combien j'ai béni le destin qui nous lie ! Comme j'étais heureux!... Comme c'était charmant! Quel orgueil chez l'époux! quelle ardeur chez l'amant ! Je devinais ses vœux pour les combler d'avance... Un sourire enivrant était ma récompense.

(Julie essuie une larme.)

Mais à ces jours si beaux, quel triste lendemain !

Je sentis que sa main s'éloignait de ma main...

Ces baisers qu'on donnait d'abord, je dus les prendre...

Un signe impatient accueillait un mot tendre.

En un mot, je lisais l'ennui dans ses regards...

Je redoublai de soins, de tendresse, d'égards...

Mais, hélas ! c'était prendre une route opposée...

Alors, madame, alors, vaincu, l'âme brisée,

Dans un sombre, silence étouffant ma douleur,

Cachant mon désespoir sous ma feinte froideur,

Jusque dans ses rigueurs à ses désirs docile,

Je m'éloignai, semblable au proscrit qu'on exile,

Et depuis lors j'attends, tout prêt à revenir,

Un regret que j'espère, un touchant souvenir,

Un mot qui me rappelle, un mot qui me console !

julie [accourant près d'Henri).

Jeté le dis ce mot... Pardonne... J'étais folle! Henri ! mon cher Henri... Mon amant, mon époux, 0 prends pitié de moi. . . [Elle veut se jeter à genoux.)

henbi la relevant .

Julie... a m. -s genoux !

Non... dans mes bras... enfant !...

Julie avec effm Ah!

Henri Vcmhrassant .

Sur ce cœur qui t'aime Viens, mon ange adoré, viens, mon bonheur suprême !

JULIE

Dis!... Me pardonnes-tu de t'avoir affligé ?.

Tu pus croire vraiment que mon cœur eut changé?

HENRI

Moi, jamais.

JULIE

Cependant, ce que je viens d'apprendre... henrt [montrant Hurleuse .

Va, l'on t'expliquera ce qui peut te surprendre. Elle a tout dirigé.

JULIE

Qu'entends-je ?

HORTENSE

Eh ! oui. c'est moi!!

N'avais-je pas promis de m'employer pour toi \

JULIE

A ton retour.

BORTENSE.

C'est vrai, mais si j'ai pris l'avance, Pardonne, chère amie, à mou impatience.

J'avais hâte de voir s'achever ton ennui...

Ce n'était donc qu'un jeu ?

HORTEXSE.

Qui finit aujourd'hui Au lieu de commencer... T'en plains-tu?

JULIE

Non, sans doute...

Oui, vous avez bien fait de me punir... Écoute, Cher Henri ! Désormais tu ne te plaindras plus ! Retrouvons ces beaux jours que nous avons perdus! Que mes yeux enivrés voient encor reparaître L'ineffable bonheur que j'ai pu méconnaître!...

' HOKTENSE.

Tu sais donc le proverbe?

JULIE

Oh! oui, oui, je le sais...

Quand on n'aime plus trop, l'on n'aime plus assez.

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