SCÈNE IV
LUOILE. — OSWALD.
Je vous croyais au pav vous promenant, milord
OSWALD
Corinne, votre sœur, en ce palais habite : Je lui devais, je crois, ma première visite.
LUCILE
Hier, en l'embrassant, j'ai cru m'aperccvoir Qu'elle a très-froidemenl désiré de vous voir; Et même elle évitait, c'était assez visible...
CORINNE 149
OSWALD
Quoi donc ?
LUCILE
De me parler de vous..
OSWALD
Est-il possible?
LUCILE
Je m'en suis étonnée... avec quelque raison? Mais son esprit, je crois, manque de liaison..,
oswald [avec un peu d'impatience).
Ce n'est rien ; c'est l'effort de son âme oppressée, Ou l'incessant travail d'une ardente pensée. Elle est très-justement célèbre en ce pays.
Elle est ma soeur. Pour moi ce seul titre a du prix. Je ne fais aucun cas du talent qu'on acclame, Lorsque de ses devoirs il détourne une femme.
OSWALD
Vous niez le génie ?
LUCILE
On trouve bien assez D'actrices, de chanteurs, tous gens fort empressés, D'artistes, en un mot, pour amuser le monde. La seule ambition d'une femme se fonde A se consacrer tout entière à son époux, A ses enfants.
OSWALD
Eh quoi ! méconnaîtriez-vous Le talent, don du ciel, qui, charme salutaire,
150 CORINNE
Faille cœur plus aimant, grandit le caractère, Et donne à la vertu sa plus douce action?
LUCILE
Le vertu n'est, milord, que l'observation Delà règle établie
oswald.
Eh ! préjugé perfide !
Certainement le monde eût été trop aride, Si, par nature, enclin à la mobilité, Il eût pris du couvent l'âpre rigidité. Une chose réglée est plus que monotone !
LUCILE
Milord, croyez-le, bien que cela vous étonne,
La vie est arrangée et réglée ici-bas
Pour les petits esprits, ennemis des combats.
OSWALD
Voulez-vous en venir à condamner Corinne ?
LUCILE
Elle est ma sœur.
OSWALD
Du bruit dans la pièce voisine !
Cessons cet entretien.
LUCILE
Oh ! je l'aime beaucoup, Mais je n'approuve pas ses rêves, voilà tout.
OSWALD
Elle vient.
luc'ile [à part).
0 mon Dieu! faut-il que je l'oublie!
CORINNE 131
Il aima, me dit-on, quelqu'un en Italie.
Est-ce que ce serait... Son calme est si trompeur!
Et c'est moi qui voulus venir ici ! . . . J'ai peur. . .