VI
La poésie et l'art ! Voyez quelle phalange : Arioste, Tasso, Dante, Machiavel, Les Carrache, Titien, Giotto, Michel-Ange, Léonard, Raphaël !... Chacun naît et se range, Poussé par le souffle éternel.
Philosophes, savants, innombrable légende^ Enfants de ce soleil dont le foyer si pur Enflamme le génie et toujours le commande, Près des autres pays que vous la faites grande, Cette Italie au ciel d'azur !
Mais le vent a tourné : duchés et républiques Disparaissent encor dans les noirs tourbillons., Et l'on voit déchirer sur les places publiques L'acte fondamental de nos droits politiques Par la force des bataillons.
0 torre d'Italie! on t'a mise au niait vie Toute baignée encore et de sang et de pleurs,
CORINNE 177
Et pourtant, sous ce joug qui t'opprime et déchire, Tu ne cessas jamais un seul jour de produire
Pour l'homme des fruits et des fleurs.
Moi, je suis ici-bas de tout ordre exceptée : Je vois partout la vie et du bonheur pour tous ! Seule dans mon chemin et presque rejetée, Je n'ai, pour me guider, ni mère inquiétée, Ni le bras aimé d'un époux !
Mon Dieu, pourquoi m'avoir infligé ce supplice? Quel crime ai-je commis? Quelle fut mon erreur? Ah ! ne puis-je donc pas demander qu'il finisse, Et qu'une main amie éloigne ce calice,
Comme fit Jésus, mon Sauveur !
La douleur dans ce monde est, seule, sans limite... J'ai soif de retrouver enfin l'éternité ! Il est temps que mon âme auprès de vous s'abrite, Mon Dieu, lorsque mon coeur qui battait vite, vite, Faute d'amour s'est arrêté...
(Elle laisse tomber sa lyre, qui se brise.)