SCÈNE X
LES MÊMES. — HEEMAXX. — L'APPEEXTE
hermann [rangeant les parures sur le comptoir). Pardon, seigneur chevalier, si j'ai tant tardé... mais un accident... Eh bien!... où est-il donc?
l'apprenti.
Il est parti !.. . Ils ne sont pas patients les grands seigneurs.
I IL: KM A NX.
Diable ! si j'avais su...
JEANNE
11 s'agit bien de cela!... Ah! maître Hermânn, si vous
saviez !...
HERMANN
Eh bien ! qu'est-ce que signifie cette mine effarée l
JEANNE
Il y a de quoi ! Quel honneur pour vous !
HERMANN
Comment! quel honneur pour moi?
JEANNE
Mais parlez donc !
MARGUERITE
Moii père, en votre absence...
JEANNE
Oui, en votre absence, la sorcière, le comte, Brahma... et ia bouché qui est un ruisseau... quelhonneurpourvous!
HERMANN
La sorcière... le comte... la bouche qui a dit... Bra... Brahma, qui est un ruisseau... quel amphigouri !
MARGUERITE
Lisez, mon père, car Jeanne ne me laissera pas parler.
HERMANN
Lisons! — Ciel! une chaise!... Le comte Sigismond... Quel honneur... Ma fille, embrasse-moi.;. L'apprenti à part).
Comment! lui aussi?... C'est une maison d'aliénés.
jeanne (pleurant).
Oui, maître Hermann, le comte Sigismond... et je serai dame d'atours. .. quelle gloire! — (.1 Vappreiiti.) Mais soyez donc heureux!
l'apprenti.
Heureux! et pourquoi? Je ne sais rien.
hermann [gravement).
Le comte Sigismond me fait l'honneur de me demander ma fille en mariage.
l'apprenti.
Mon Dieu! est-il vrai?
HERMANN
Oui, mon ami. Tu penses bien que ton projet doit s'anéantir devant l'ordre du comte Sigismond... [Se promenant à grands pas.) Le comte Sigismond!!! Je serai le beau-père du comte Sigismond... Qu'en dis-tu? l'apprenti (bas).
Mais vous m'avez promis.
HERMANN
Silence ! je ne me souviens de rien.
l'apprenti.
Et parce qu'il plaît à un noble de vous écrire quatre lignes, vous sacrifiez votre fille ?
HERMANN
Sacrifier ma fille ! mais au contraire, elle l'aime.
Non, mon père, je n'aime pas le comte.
l'apprenti [à part).
Qu'ai-je entendu?... ô bonheur!
HEEMANN.
Fort Lien ! tu l'aimeras.
MAÉGUEEITE.
Jamais, mon père; il ne faut plus penser à ce mariage.
HEEMANN.
Que dis-tu?... N'y plus penser!... Allons donc! Tu seras la femme du comte. . . je le veux.
JEANNE
A la bonne heure, maître... Vous êtes le père de votre fille, vous devez la forcer à faire son bonheur.
l'apprenti.
Vieille folle! Il me prend des envies de l'étrangler!
HEEMANN.
En voilà assez... Je n'irai pas, pour un caprice de petite fille, manquer l'occasion d'agrandir ma maison. Mes petitsenfants seront gentilshommes.
l'apprenti.
Et votre père était ouvrier : ne l'estimez-vous pas?
HEEMANN.
Tais-toi... Je ne te demande pas ton avis. Écoute-moi, Marguerite ! Qu'as-tu à dire de sérieux contre la proposition du comte qui met le comble à notre félicité ?
Mon père! je vous en supplie, n'ordonnez pas ce mariage.
HEEMANN.
Mais songe donc dans quel monde enchanteur cette union te fera entrer!
MARGUERITE
J'aime mieux l'obscurité auprès de vous, mon père !
JEANNE
0 Marguerite!
l'apprenti (à Jeanne).
Taisez-vous ! On ne vous demande pas votre avis.
HERMANN
Je suis réellement trop bon de discuter à ce sujet... Je n'ai plus qu'un mot à dire : — Ce mariage se fera... je le veux.
MARGUERITE
Au nom du ciel!...
HERMANN
Assez... assez!... Je le veux... c'est terminé... je vais écrire au comte.
MARGUERITE
Rien ne peut-il vous faire changer d'avis?
HERMANN
Rien. Jeanne... une plume, du papier.
l'apprenti.
Courage, Marguerite !
marguerite [pendant que son père écrit). 0 ma mère! vous qui, en mourant, m'avez léguée à celui qui vous aima tant, pardonnez à votre époux de faire le malheur de sa fille !
(Elle pleure.)
hermann (jetant la plume).
Marguerite ! quel nom as-tu prononcé?... Ta mère ! ah! oui, je l'aimais... Tu es le trésor qu'elle m'a donné... et
j'allais... Oh ! pardonne-moi. J'ai senti, au nom de ta mère, comme un remords me traverser l'âme... et il m'a semblé entendre cette voix jadis si douce me dire : « Tu fais mal, Hermann! »
(Il prend Marguerite dans ses bras.)
MARGUERITE
Merci... merci!... j "ai retrouvé mon père!...
JEANNE
Et moi, mademoiselle, j'ai eu tort aussi.
MARGUERITE
Ne pensons plus à cela.
HERMANN
Au contraire, Marguerite, j'ai à te parler... Oh! ne crains rien!... Tu l'as dit, tu as retrouvé ton père; tu ne feras que ta volonté... comme toujours du reste... car la reine de la boutique de l'orfèvre Hermann, toute la ville sait bien que c'est toi.
Bon père !...
HERMANN
Laissez-nous, mes amis! [A part, à V apprenti.) Je vais travailler pour toi.
l'apprenti.
Oli ! maître Hermann, dites-lui combien je l'aime.., dites-lui...
hermann.
Allons! je sais ce que j'ai à dire. Va-t'en ! va-t'en !
JEANNE
M'avez-vous pardonné ?
MARGUERITE
Oui, oui: laisse-moi! [A part.) Que me veut mon père ?
l'apprenti.
N'oubliez pas surtout de lui dire...
HERMANN
Veux-tu t'en aller !
l'apprenti.
Mais...
HERMANN
Si tu insistes, je ne dirai rien du tout.
l'apprenti.
Je me sauve.
(Il sort.)