SCÈNE I
ADÈLE et GERMAIN. (Adèle époussète, Germain achève de ranger les meubles.)
ADÈLE
Allons, monsieur Germain, vous tenez à donner une bonne opinion de vous à madame : voilà tout prêt et mis
m LES SUITES D'UN MÉNAGE DE GABÇON
en ordre, à l'heure où d'ordinaire on dort encore dans la maison!
GERMA IX
Que voulez-vous, mademoiselle? Les maîtres sont de retour. Il faut bien l'aire un peu de zèle. Madame est cependant la bonté même; eh bien, j'aurais plus peur de lui déplaire que de mécontenter mademoiselle Théodorine, qui fait ici la pluie et le beau temps!
ADÈLE
En voilà une qui n'est pas trop bonne ! Aime-t-elle à se faire servir !
GERMAIN
Dame ! elle doit s'y connaître ! quand on a servi soimême..,
ADÈLE
Comment ?
GERMAIN
Ah ! oui, au fait ! vous êtes trop nouvelle ici, et vous avez trouvé, en arrivant, mademoiselle Théodorine installée comme femme de charge, une manière d'intendant femelle ; mais, avant le mariage de monsieur, c'était bien une autre chanson !
ADÈLE
Vraiment?
germain [mystérieusement).
La gouvernante d'un vieux garçon... vous comprenez!
adèle [de même).
Je l'avais bien entendu dire !
GERMAIN
Eh bien , c'est la pure vérité! Elle taillait, elle coupait, elle rognait! il fallait voir! Mais le mariage, le vrai, le bon mariage a tout changé : elle était montée de la loge du portier à l'alcôve de monsieur; de l'alcôve elle est redescendue à l'antichambre! Ce n'est plus qu'une domestique comme nous; elle est la première, voilà tout!
i ADÈLE.
Elle ne doit guère aimer madame !
GERMAIN
C'est ce qui vous trompe : elle lui paraît fort attachée; elle a mille petits soins pour elle... C'est drôle, mais c'est comme ça... Allez! mademoiselle Adèle, si vous aimez à observer, vous en verrez de toutes les couleurs ici.
ADÈLE
Tant mieux! cela m'amusera.
(Coup de sonnette.
GERMAIN
On sonne, je vais ouvrir !