SCÈNE XII
TIlÉODORINE [seule).
A ce soir! Ah ! M. Georges, vous aviez cru que les choses se passeraient ainsi! Vous étiez jeune encore! indépendant! riche! Vous m'avez trouvée à votre goût, vous
m'avez installée chez vous, clame et maîtresse"; à part le sacrement, il ne me manquait plus rien; mon avenir était assuré, mon ambition satisfaite. Je mets de l'ordre dans la maison, j'ai de l'économie pour deux, j'épargne mon bien en ménageant le vôtre. Vous m'aimez, vous me le dites, vous me le prouvez, et voila qu'un beau jour vous vous entichez d'une petite fille qui n'a pas le sou vaillant ! On vous fait accroire que vous l'avez compromise, vous l'épousez ; elle me vole ma place, et il faut que je me taise ! que je la serve, que je la respecte ! Quitter la place ! je l'aurais peutêtre dû; j'y ai pensé d'abord; mais où aller? Comment vivre? On ne refait pas son existence brisée en un jour, en une heure... J'ai dévoré ma rage, et je suis restée, en sousordre, à la seconde place! mais j'ai toujours gardé ici un pouvoir secret, une influence occulte, et, grâce à la confidence de cette petite sotte, je vais pouvoir enfin me venger; je prouverai à Georges, à cet épouseur d'héroïnes malheureuses, ce que valent les vertus désolées et larmoyantes, et la reconnaissance dont on paye ses bienfaits. . . Que gagnerai-je à le désillusionner? je l'ignore! mais en attendant je veux que celle qui m'a supplantée, que ma rivale paraisse coupable; je veux plus encore, je veux qu'elle le devienne réellement. Cela ne doit pas être bien difficile... Et d'abord, frappons le premier coup en portant cette lettre... (On entend du Inàt.) Qu'est-ce encore?