AMÉLIE A SUZANNE
Qu'est-ce que je viens d'apprendre ? Tu souffres, tu es malheureuse !... Ne le nie pas ; on m'a montré tes lettres.
(Je m'aperçois que je vous tutoie comme en pension ; tant pis, c'est fait ; les gens heureux sont hardis ; il faut leur passer quelque chose.)
J'ai compris tout ce que ta correspondance ne dit pas. — Tu as sacrifié à ton frère, à ta mère, un mariage qui eût comblé tous tes souhaits. Je t'ai reconnue Vx ; mais es-tu certaine que ton sacrifice soit définitif ? Moi je n'ai pas voulu m'y résigner pour toi et j'ai écrit.., devine où? Au village dont M. Georges Burel est pasteur ! Oh 1 oh I voilà que tu rougis et que tu trembles !
Rassure-toi, chère petite, M. Georges n'a pas oublié les leçons de botanique données au château ; il est triste ; il a repoussé plusieurs ouvertures de mariage.
Il dépend donc de toi de reprendre l'affaire avec Fonde au point où elle en était avant la lettre. Au nom du ciel, n'y mets pas de lenteur ! Vous autres, cœurs dévoués , vous n'avez d'activité et de courage que pour le prochain ; vous êtes toujours prêts à vous abandonner vous-mêmes. — Sache que cela ne doit pas être. Aide-toi, le ciel f aidera ^ est une parole divine comme celle qui dit : Soyez tous à chacun et chacim à tous.
J'attends sans retard une lettre qui m'apprendra le résultat de ton explication avec le docteur.
Mon mari te serre les mains et te supplie de ne pas refuser à M. Georges les joies intimes qu'il ne connaît, dit-il, que depuis quelques mois. — Ceci est une pure flatterie à mon adresse ; n'en crois pas un mot. Mon mari est de cette espèce rare qui croit devoir aux autres tout ce qu'elle trouve en elle-même.
COURESPONDANCE D'UNE INSTITUTRICE. 99