‹ Les soirées de MeudonChapitre 9 sur 19 · LEÇON D'UNE SŒUR · texte numérisé non relu

LEÇON D'UNE SŒUR

Miss Elisabeth et miss Clara Jackson étaient restées orphelines de bonne heure. Élevées par un oncle qui ne s'était imposé d'autre devoir^ que de les aimer, chacune d'elles avait grandi livrée à ses propres inclinations et n'ayant d'éducation que celle des circonstances; mais le monde est un livre dangereux pour qui doit l'épeler ^.ans maître, avec son inexpérience et ses passions ; au lieu de lire ce qui s'y trouve, nous

lOA LES SOIRÉES DE MEUDON.

y lisons le plus souvent ce que nou& voulons y voir, et, faute de guide qui nous reprenne, nos préventions deviennent des jugements et nos erreurs des principes.

Ainsi en était-il arrivé pour miss Clara. D'un esprit prompt, d'une volonté ferme, mais d'un caractère absolu, elle s'était accoutumée à ne jamais hésiter dans ses résolutions et à se montrer inflexible pour les autres comme pour elle-même. L'intolérance de la jeunesse, qui n'est que l'ignorance de la vie, s'était transformée chez elle en une sorte de règle de conduite ; elle sentait vivement, jugeait d'après la sensation et agissait sans remettre. Il en résultait quelque chose de logique et de loyal, mais en même temps une rigueur et une promptitude dont les résultats se résolvaient souvent en chagrins. La pratique de la vie ne lui avait point encore appris que les vertus elles-mêmes pour rester humaines, ont besoin d'être tempérées par la tendresse et la patience.

Heureusement que Dieu avait mis près d'elle le plus doux des avertissements, l'exemple de sa sœur.

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