‹ Les soirées de MeudonChapitre 10 sur 19 · LA LEÇON D'UNE SŒUH · texte numérisé non relu

LA LEÇON D'UNE SŒUH

Aussi courageuse et aussi sincère, miss Elisabeth était moins implacable. Ce n'était point un de ces cœurs romains qui ne savent ni fléchir, ni attendre ; si sa main se trompait, elle ne songeait point à la brûler, mais à la mieux instruire. Plus âgée que Clara de quelques années, elle avait appris que Texistence terrestre n'est qu'un échange d'indulgences, de bienfaits, de pardon, et que le rôle de Rhadamanthe n'appartenait point à des natures mortelles. Bien des fois, elle avait arrêté Clara dans ses résolutions extrêmes ; mais la jeune sœur se révoltait contre les temporisations indulgentes de son atnée et évitait de la consulter afin d'éviter les objections.

Depuis la mort de leur oncle, surtout, miss Elisabeth était devenue le véritable chef de la famille et exerçait, à ce titre, une autorité que Clara n'eût point voulu contester, mais à laquelle, dans certaines circonstances, elle s'efforçait d'échapper.

Elle venait d'en avoir une récente et douloureuse occasion à propos de son cousin John Bowring.

Protégé par l'oncle qui avait élevé tes deux sœurs, John était souvent venu à Lanark pour le voir et avait pu connaître dans Tintimité Elisabeth et Clara. Le caractère de cette dernière le surprit d*abord, puis Fintéressa. Doux et timide, il trouva dans la fermeté un peu absolue de la jeune fille ce qui manquait à sa propre nature, et d'autant plus attiré par une qualité dont il regrettait Fabsence en lui-môme, il s'attacha à sa jeune cousine dont il finit par demander la main.

Les mêmes raisons de contraste qui lui avaient fait préférer Clara attiraient celle-ci vers lui, et sa demande fut favorablement accueillie. Le mariage devait avoir lieu prochainement. En attendant le jour fixé, une ^4/rrespondance régulière s'était établie entre les deux fiancés. Les lettres de John étaient affectueuses, mais généralement assez courtes, ce dont miss Clara lui fit de sérieux reproches. Le jeune homme en rejeta la faute sur les nombreuses affaires de la maison d'Edimbourg à laquelle on venait de l'associer, et sur sa vue un peu fatiguée. Cette dernière excuse inquiéta d'au*

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